27/01/2008

Arrêt d'Urgence !

 

Stop.

On arrête tout.

On prend deux heures.

Un grand verre bien rempli (on en aura besoin).

On s'installe confortablement (l'inconfort sera mental)

et On regarde d'URGENCE "Zeitgiest"

http://www.zeitgeistmovie.com/


Revenez me dire ce que vous en avez pensé.

 

 

17:13 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : zeitgeist |  Facebook |

22/01/2008

L'Irrésistible Appel de la Nature (Profonde)

Si j’en crois ce qu’on ne cesse de me répéter, lors de mes belles grandes phases de déprime, rater sa vie, c’est d’abord et avant tout rater sa propre rencontre. On pourrait donc se permettre d’être en rupture complète avec les schèmes et les standards balisés de la « Réussite » à condition d’avoir trouvé, en soi, sa nature profonde, et d’agir en respectant ce guide interne.

Ca me plait bien. C’est relativement facile à dire. C’est sobre, à mi chemin entre le New Age qu’on nous promet depuis des décennies et une logique de renfermement sur soi, masturbatoire et consumériste, de plus en plus à la mode. C’est presque un slogan : « Sois toi-même, juste fais le » ou une sorte de lafontainade moderne : « Le pot de faire contre le pot d’être ». C’est même vendable (pardonnez ma déformation professionnelle). Pour me promener un peu dans les mondes vitrifiés, luxueux et éminemment solitaires du management, je peux vous assurer que bon nombre de gourous ont troqués leur djellabas et leurs pendentifs mystiques contre un complet Armani, un Blackberry et un programme grand voyageur sur quelques compagnies aériennes pour aller dispenser la bonne parole dans le petit monde dispersé des Elites et les amener en douceur sur la voie du « développement personnel » contre monnaie sonnante et trébuchante. Ces apôtres nouveaux de la maïeutique répandent autour d’eux l’illusion que le paradis terrestre est « en soi » et qu’en creusant (avec les bons outils, justement vendus à la boutique) on finit forcément par tomber sur son petit Yoda intérieur qui vous réconciliera avec la Vie et la Force de l’Univers, tatataataaaaam. We are so uniiiique.

Je recommande pour ma part, à toute personne désireuse d’éprouver du bonheur intérieur, de commencer par se stimuler la prostate, le point Gé ou le col de l’utérus. Ca ne coute rien et ca marche à tous les coups. Et on vivra tous vieux et heureux avec un doigt profondément carré dans le fion. Vive la nature. Pardonnez mon Ironie.

Et puis après ? Existe-t-il vraiment une nature profonde humaine ? Est-elle relativement commune ou totalement individuelle ? N’est ce pas simplement un autre leurre qu’on s’agite devant l’esprit pour oublier notre condition de mammifère supérieur mortel et décrépissant ? Pas moins idiote mais bien plus présentable, tendance, hype même, que les mono ou polythéismes qui pullulent depuis que l’homme nouveau ne se contente plus simplement de satisfaire ses petits besoins primaires ? Desproges me disait encore hier soir que l’intelligence était le seul outil qui permette à l’homme de mesurer l’étendue de son propre malheur. N’est-il  pas fondamentalement plus rassurant de se persuader de l’existence d’un chemin, d’une identité profonde à rencontrer ? Ego Sum Deus ?

Si l’un ou l’autre d’entre vous arrive à m’affirmer que la Nature Profonde existe, je me ferais un plaisir d’entamer avec lui un dialogue plein de questions. Je promets en outre d’être gentil, poli et bien élevé.

Et si ma nature profonde était en fait pleinement déjà réalisée ? Si je découvrais en creusant quelques galeries entre ma conscience nauséabonde et mon inconscient pestilentiel qu’en fait, j’ai la nature profonde du bon vivant jouisseur ? De l’égoïste onaniste ? Du dépressif mondain ? De Monsieur Loyal au pays des grands cyniques désabusés ? Et si j’étais, en fin de compte, exactement ce que je souhaite être ?

Je me rappelle d’une de mes rares séances de psy. J’avais fait la liste des 15.000 raisons qui faisaient de moi un Imposteur au quotidien, dans ma vie professionnelle. Elle m’avait répondu, en souriant, qu’après 10 ans de ce régime, je pouvais au moins avoir une certitude ; celle d’être un bon imposteur.

De même, je lis ou j’entends souvent des invitations qui me sont faites a « laisser tomber le masque », cesser de jouer les « animateurs » pour les autres, afin d’être enfin vraiment « moi ». Et si c’était «moi », justement ? Pourquoi voir des masques alors que je me sens toujours à vif, à visage découvert ? Pourquoi me demander de moins solliciter le devant de la scénette, alors que la majeure partie de ceux qui me le conseillent se bidonnent dans la salle et me poussent au rappel ?

Lorsque je regarde froidement ma vie, je me dis qu’en fait, j’ai exactement tout ce que j’ai souhaité. Une existence de grand gamin attardé, la capacité de me faire plaisir sans trop me limiter, une tendance assumée à me polir ou me démolir l’égo en fonction de l’humeur du jour. J’ai voulu des filles, je les ai eues. Je voulais des amis fidèles et passionnants, je les ai eus. Je voulais un peu de blé, un grand appart, un cabrio, un écran géant, une playstation, de la déco rouge seventies, je les ai eu. J’ai voulu aimer, j’ai aimé. J’ai voulu rire, pleurer, jouir, avoir peur, et … je me le suis offert. Ais-je été jusqu'à désirer mes petites tumeurs dans la vessie ? Probablement. Je ne sais pas encore bien pourquoi ni comment, mais quelque part, même si je me suis retrouvé profondément bouleversé, ébranlé et dérouté, je n’ai pas été surpris pour autant. Les détenus isolés en QHS s’automutilent pour éprouver des sensations qui leur prouvent leur existence. Aurais-je fait de même ?  

La nature profonde de l’homme est d’être biodégradable. Avant cette issue, il n’a aucune autre mission que de satisfaire les exigences du vivant ; boire, manger, éliminer, dormir, se reproduire. Le reste est, selon moi, un vaste catalogue de fioritures qui permettent d’enjoliver cette dynamique de base. Il se donne un rôle. Il passe le temps qui le tue plus qu’il ne tue le temps qui passe. Il se rassure. Il s’offre des sensations. Mais l’inéluctable rideau finit toujours par tomber au bout de l’un ou de l’autre acte, et ensuite, on vide les « planches » pour laisser la place, plus ou moins nette.

A moins que ?

Y’a-t-il un Dieu dans la salle ?

11:59 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

17/01/2008

Délectable Election

 

Il y a chez moi comme une odeur nouvelle. Un parfum qui flotte. Quelque chose d’étrangement familier. Une empreinte de femme. Discrète. Légère. Des notes de Bach tranchent l’air de mes habitudes Jazz et s’invitent a danser, joyeuses, dans la solitude de mon salon éclairé aux bougies. Je l’attends. Elle va bientôt rentrer. Rentrer. Dans ce chez moi qui l’épanouit de jour en jour. Délectable élection de domicile.

Depuis quelques matins, je mange. Vous dire combien serait idiot. J’en perds le fil, et je ne les compte pas. Non pas que j’aime. Pas encore. Pas officiellement.  Il est trop tôt. C’est trop dangereux. Mais ils sont encore trop peu nombreux pour flirter avec l’habitude, la lassitude ou l’ennui.

Il traine, des souvenirs de ce matin, un fumet de café corsé, frais moulu et des envies de pain grillé. Puis, patient, je perçois enfin consciemment les arômes délicieux qui me taraudent. J’hume  les volutes d’un  bonheur nouveau, un bonheur frais comme une surprise en plein hiver, un bonheur auquel j’assiste plus que je n’y participe, enfin spectateur patient et heureux, séduit, sans maquillage, sans artifice. Etat de grâce au creux du moment le plus inattendu. Elle est le perce-neige de mon hiver. J’ai presque l’impression de vivre un morceau de bonheur volé, comme un temps précieux qui ne m’était pas destiné.

En quelques jours, elle s’est installée. Tout est temporaire, bien sur. Une affaire de circonstances, suspendue entre un déménagement obligé et un emménagement reporté. Mais elle est là, dans ma vie, à ma table, dans mon lit. Des objets inconnus me rappellent à elle quand elle s’absente. Je suis toujours chez moi. Mais plus tout seul.

Sommes-nous déjà un couple ? Peut-être. Nous aimons a dire en riant que nous partageons le même célibat. Mais l’évidence s’impose, peu à peu. Nous nous entendons beaucoup trop bien, de façon beaucoup trop naturelle, pour ne pas, doucement, glisser dans une réalité de plus en plus douce, de plus en plus tendre, ou nous troquerons nos noms, bientôt, pour d’affreux petits sobriquets qui écorchent toujours autant les oreilles de ceux qui n’aiment pas.

Mon quotidien  se modifie de lui-même, sans le moindre heurt. Me voila en train de me lever plus tot qu’a l’habitude, pour partager avec elle ses expressos brulants. Me voila désireux de me coucher près d’elle plutôt que de trainer encore et toujours jusqu'à mes deux heures du mat coutumières.  Me voila plus frais, plus éveillé, plus fringuant au boulot. Me voila même en train de m’y investir, de reprendre en main la gestion de notre unité, en attendant de pouvoir, au soir tombé, retrouver celle qui commence déjà à me manquer.

Se pourrait-il que ce soit vraiment aussi simple ? Je me refuse a laisser mon esprit vagabonder, analyser, se promener dans les lignes trompeuse d’un avenir, si court soit-il. Je suis présent. Je goute à pleine bouche ce que ma vie a décidé de m’offrir en cet instant. Je ne me pose pas de question. Je ne me vautre dans aucun espoir, je ne nourris aucune attente. Je suis simplement détendu dans un présent continu qui me donne a chaque instant une superbe envie d’encore.

A suivre.

 

13:20 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

19/12/2007

Je craque

 

Je craque pour de bon. Ca s’est passé chez ma mère, lors du diner de famille bimensuel. Mon frère était là. Il parlait de son questionnement sur la réelle autonomie de la volonté de l’être humain, mise en regard des conditionnements, des hasards de la vie, de nos instincts animaux, de l’éducation, du milieu. Il parlait si bien, de Husserl, de Kant, du « JE pense » qui devrait etre rendu en terme de  « CA pense », puisque le « je » induit l’idée d’une prise volontaire sur le déroulement de la pensée… Bref.

J’ai essayé d’ajouter quelque chose.

Essayé, oui.

 Ceux qui me connaissent savent quelle place je peux prendre lorsque j’ai envie de dire quelque chose, qu’importe si il s’agit d’un bon mot, d’une vraie participation à la réflexion, ou de la pire des stupidités, qu’importe aussi le nombre de participants, leurs qualités, leurs verves. En général, j’impose.

Mais là, à ce malheureux moment où je rassemblais mes mots pour essayer de dire quelque chose, Ka était en train de débarrasser la table et ma mère ne m’écoutait plus, tout affairée qu’elle était à l’aider dans sa tache ingrate. J’aurais pu marquer une pose. Prendre un souffle, attendre quelques misérables secondes et reprendre.

Non. J’ai craqué. J’ai senti les larmes et les sanglots se libérer d’un endroit immense et terriblement douloureux planqué loin très profond au-dedans. J’ai à peine eu le temps de me lever, de retenir cet attentat, en serrant les dents, comme on s’empêche de vomir, quelques instants de plus, avant de trouver le salut d’un sanitaire libre. J’ai fui. Embrassé tout le monde. Juré en quelques mots a la voix brisée que j’étais fatigué, pas très en forme, que j’étais désolé… Ma mère a essayé de me barrer la route sans pouvoir me retenir. Je me suis retrouvé dans la rue, puis dans ma voiture, que j’ai démarrée, au plus vite, alors qu’enfin jaillissaient des larmes et des plaintes retenues depuis trop longtemps.

J’ai roulé en pleurant horriblement fort. Comme depuis longtemps je n’avais plus pleuré. J’ai gouté dans mes vagissements toute la douleur, toute la peur, toute la solitude qui sont enfermées depuis toujours au creux de mon être. Ma honte me sortait par la gorge, ma souffrance s’écoulait sur mes joues, ma trouille me secouait les épaules, en cadence.

Pour ne pas laisser les miens dans l’embarras, J’ai composé d’une main un long SMS  :

«je suis absolument désolé. Ca n’a rien a voir avec ce soir. Je ne vais pas bien. Je crois que je suis gravement déprimé depuis déjà un bon moment. Je ne trouve ni la force de l’admettre vraiment ni le courage d’en parler et encore moins avec vous que j’aime. J’ai de plus en plus de mal et de honte a assumer ce que je suis et tout ce que je ne serai jamais. Pardonnez-moi cette sortie mais je ne voulais pas craquer devant vous. Bonne nuit. »

A peine avais-je reçu les premières réponses pleines d’amour que les larmes me revinrent de plus belle. J’étais déchiré. Brisé. Abattu par tant de tristesse.

Oh bon sang, que ca fait mal. Je me regarde en face et j’ose pourtant à peine toucher a ca tellement c’est pénible. Mais il faut que j’y aille, il faut que j’empoigne ce truc une bonne fois pour toute et lui faire face.

Mon problème est simple : Je me hais.

Je me hais depuis si longtemps. Chaque jour que Dieu fait, je le commence dans la haine de ce que je suis. Dans le mépris le plus complet. Chaque matin, mes premiers mots conscients sont des insultes a mon encontre. Je me maudis d’être encore en retard, aussi paresseux, aussi gras. Je me hais d’avoir accepté ma vie sans jamais chercher à la changer, d’exercer un métier que je dégueule, qui ne me rapporte aucune autre satisfaction que de l’argent a dépenser connement et une minuscule respectabilité uniquement liée à mon pouvoir d’achat. Je me hais d’avoir gaspillé et laissé mourir mes talents et mon intelligence par paresse, par manque d’ambition, d’envie. Je maudis ma laideur comme j’exècre les artifices qui me servent à la rendre digeste, du moins a mes yeux. Je me déteste de n’avoir rien à apporter à quiconque, d’être si superficiel, si creux, si lâche, si vite satisfait. Je me hais d’avoir fait de ma vie une salle de jeu puérile, dans laquelle je me distrais, je me prélasse et  je m’aconnis chaque jour d’avantage.

Je me déteste avec mes costumes d’imposteur, mes cravates de faux cadre, mon cabrio de pseudo golden boy alors que mes comptes passent leur vie dans le rouge. Si au moins j’étais un vrai requin, je pourrais avec satisfaction voir s’accumuler des paquets de fric en compensation d’une quelconque vraie vocation. Mais non. Je vivote grand train, sans rien mettre de coté. Je préserve juste l’image. Ma motivation est totalement feinte. Mon engagement n’est que le corolaire immédiat de la taille du paquet de fric et de la gonflette d’égo que la boite qui m’emploie est prête à me concéder. De la prostitution. Ca m’endort. Ca me rassure. Ca me permet de me trouver chic et beau dans la glace quelques instants. Ca me permet de mépriser dans un sourire faux cul tous ceux qui se fringuent mal, qui rament, qui galèrent dans une épave bancale mal chauffée. C’est monstrueux.

Je vomis mon absence de culture, mon ignorance crasse, comme cette espèce de prétention de pouvoir parler de tout avec n’importe qui. Oui, mon imposture s’étend bien au delà de mon cadre professionnel. Je suis le passager clandestin de vos vies. J’en sais juste assez pour vous faire croire que je sais tout, pour vous laisser me désirer. Je ne vous permettrai jamais de creuser. La couche de vernis est bien trop mince. Et lorsque je ris ou que je hoche la tête alors qu’on fait une allocution brillante, c’est que je suis déjà perdu et en train de me maudire d’être aussi stupide. J’envie votre classe, vos aptitudes, vos passions, vos talents. J’aimerais comme vous être convaincu, artiste, brillant. Je ne suis qu’une réplique de tout cela. Avec un intérieur en toc.

 Je me hais d’être malade, de couvrir en mon sein des tumeurs qui doivent croitre et progresser chaque jour un peu plus, bien couvertes par l’ombre imbécile de mon déni, de ma couardise. Je ne fais rien. On va tous crever. Moi le premier. J’ai tellement peur de mourir, ou d’être mutilé, par une ablation, par une chimio. J’ai tellement peur de crever amaigri, a moitié conscient, dans le creux morbide d’un lit d’hôpital.

 Je conchie surtout mon inertie. Le poids immense de ma paresse et de ma bêtise qui m’empêche d’agir, qui m’écrase, qui m’étouffe.  Je n’arrive plus a soulever ma vie, a faire ce que je DOIS absolument faire. Je suis en retard sur tous les plans. Chaque jour qui passe dans l’immobilité accroit ma précarité financière, professionnelle, administrative, physique, mentale. Je ne fais rien. Je me regarde me délabrer, incapable d’agir, incapable de me venir en aide, en me haïssant. J’attends le confort de l’irréversibilité. Le moment de soulagement ou je saurai que tout m’échappe définitivement.  Je me gâche. Je me gaspille. Je me noie dans les eaux noires de mon oubli, de ma lâcheté. Je n’ai pas la force nécessaire à faire autre chose que de pleurer en me dissolvant.

Je hais ma dépendance à l’amour des autres. Cette drogue vicieuse. Ce miroir indispensable. Bien sur, ma famille m’aime. Mais c’est ma famille. Que je sois prix Nobel ou pédophile multirécidiviste, ma famille m’aimera toujours.  Cet amour m’étouffe. Il est utérin. Organique. Chimique. Biologique. Il ne repose en rien sur ma capacité de séduction. Je ne peux pas séduire ma famille. Elle me connait trop bien. Elle connait aussi par cœur la liste sans fin de mes défauts, ma vacuité, mon imbécilité, mon absence totale d’ambition. Et elle m’aime malgré tout. C’est insupportable. Elle m’aime alors qu’elle devrait me détester. Et je me rends détestable. Et ca ne fonctionne pas. Et je m’en déteste d’avantage.

Pour le reste du monde, j’aiguise mes armes, je perfectionne mes masques, pour recueillir ce précieux amour que je me refuse a moi-même. Pour pouvoir enfin  séduire et être aimé. Allumer moi-même le feu du désir. Etre aimé pour moi, même si je ne suis qu’un simulacre. En dehors de tout lien. Etre aimé pour ce que je suis, ou ce que je parais, ou ce que je prétends être. Cet amour là me satisfait un temps. Puis je déteste l’autre de se laisser berner par un tel mensonge, d’aimer aussi fort un être aussi minable. L’autre finit lui aussi par me renvoyer sans le vouloir le reflet de mon propre mépris.

J’atteins le fond. Je n’ai plus rien a quoi me raccrocher dans cette longue chute. Il ne me reste plus rien d’autre que des jouets inertes. Ces temps derniers je demande souvent aux gens que je croise si ils viendront a mon enterrement. Pour voir. J’aimerais tellement que ce soit noir de monde. Qu’on joue de la gratte et qu’on chante en 5 langues.

Parfois je me dis qu’avoir une femme et un enfant me permettrait de récupérer mon humanité. D’avoir au moins une raison de vivre, de me battre, ou même de me lever le matin. Mais j’aurai bientôt 35 ans. Depuis ma jeune vingtaine, je m’étais toujours fixé cet âge comme limite ultime a la construction d’une famille. Et voila que je la touche presque du bout des doigts. Seul.

Voila ce qui ne va pas. Voila a quoi vous vous exposeriez si vous me posiez franchement la question et que j’osais pour une fois vous donner franchement la réponse. Soyez heureux que je continue encore a faire semblant, c’est beaucoup plus confortable comme ça.

Hier, j’ai pleuré toute la nuit.

J’ai essayé de me lever ce matin, sans y parvenir. J’ai dormi. Dormi. Dormi encore. Sans m’arrêter. A croire que je pourrais dormir des jours. Des vies entières. C’est tout ce qu’il me reste encore d’agréable. Dormir. Et manger. Je n’ai plus envie de quoi que ce soit d’autre. Le reste, tout le reste, du plus futile au plus utile, me donne envie de pleurer, encore. J’arrive à me donner la force de mentir, de travestir, de cacher la plaie immonde qui infecte toute ma vie. Mais pour combien de temps… Je vais casser. Je vais me briser bientôt.

Mes larmes sont sèches a présent. Je suis lucide. Même si à l’intérieur, mes organes pèsent des tonnes. En réfléchissant, je me rends compte de ce qui a déclenché cette déchirure, hier. Une somme d’éléments. J’assume mal le succès (oh combien mérité) de mon petit frère  qui vient récompenser son talent comme sa vraie capacité de travail et de focalisation. Il n’y a qu’avec lui que ma famille discute politique ou réseau, plein de fierté dans les yeux. Moi, j’attends de pouvoir placer ma bouffonnerie. Pour qu’on me trouve encore un instant follement drôle. Mais je suis un clown triste, jaloux des acrobates. Les enfants m’adorent mais je suis grotesque.

Tout a coup, ca m’a pris a la gorge. Je me suis retrouvé cerné. Par tous ces gens si brillants. Ma mère, professeur émérite, dont le souvenir puissant reste gravé dans la mémoire de toutes ses étudiantes, écrivain brillant a ses heures, redoutablement intelligente et créative. Mon père, chirurgien de haut vol, au long palmarès, aux 13 années d’études, mon frère, Philosophe, juriste, édité, médaillé, réalisateur de documentaires à ses moments perdus, même mes oncles et mes cousins m’en foutent plein la vue, un artiste, l’autre ultra dandy mondain, Public Relation d’un des plus gros clubs de Bruxelles a moins de 19 ans. Et que dire de mes amis, Alfa, comédien accompli, Cugel, boss de PME ambitieux et créatif, Stella, déjà en train de faire sa place dans les sphères feutrées d’un grand parti… Je suis encerclé par tant de gens brillants, par tant de talent. Ca m’a éclaté au visage. Une putain de gifle.

Je rassemblais mes mots… et plus personne ne m’écoutait. Par ce qu’en vérité, je n’avais rien a dire. Par ce qu’en vérité, m’écouter est une forme de charité. Je n’ai rien à vous apprendre, rien a vous apporter. Je suis le bouffon en sursis. En dehors d’un regard tendre et d’un peu de compassion, je ne peux plus rien espérer de vous. Par ce que je ne le mérite pas. Par ce que je ne puis rien vous rendre. Par ce que je me hais si fort, que même tout l’amour du monde ne pourra pas compenser cet immense désespoir que je cache depuis si longtemps.

J’ai honte par ce que j’ai raté ma vie. C’est statistique. Au milieu de tant de gens brillants, il en fallait bien  un qui se plante. Je suis désolé, mais c’est moi. J’ai honte et je m’en hais d’avantage.

17:18 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

10/12/2007

Liquéfaction

Et tombe la pluie. Dans la pénombre jaune et luisante des nuits Bruxelloises. J'ai un chapeau. Larges bords. Feutre noir. Je peux me tenir la tête droite. Protégé.

Je sors du SuperMercado, un peu parti. Deux heures du mat. Mon sang charrie du bonheur brut, teinté de vins et de fumées. J'ai deux cent mètres à faire, seul, dans la nuit. Sous la pluie. La rue est vide. Je respire l'air frais, un vif parfum d'embruns.

L’univers sonore a basculé à l'instant où j'ai fermé la porte du bar. Le flamenco en sourdine, le tintement des verres, les voix chaudes des amis ont brusquement fait place a la solitude parfaite du silence humide. Le silence de la pluie.

Mes oreilles sont immédiatement prises en otage de cette cacophonie discrète. Elles décomposent ; Tendu dans le fond, un rideau, le bruit grave et régulier de la pluie lointaine, dense, ininterrompue. Un roulement grave, puissant, permanent. Sur ce velours, court l'aigu du ruissellement, dans les gouttières, le long des trottoirs. Une cascade joyeuse de rires de fifrelin. Petits gloussements amusés répétés en rythme, sans discontinuer. Puis les « gloulous » des égouts qui dégorgent, des corniches bouchées, rond et épais, soudain, rare et long, un son de fin de saturation, comme on libère enfin un bruit trop longtemps coincé. Il y a aussi le clapotis irrégulier des lampées qui chutent dans les flaques improvisées un peu partout. Et les solos de grosses gouttes molles, tombées sur l'acier sec d'une buse de passage, le claquement chaud et costaud d'un impact métallique. Enfin, au milieu de l’orchestre, sur les bords de mon chapeau de feutre, je savoure le bruit mat des larmes qui s'écrasent et scandent ma marche, m’invitant a l'abandon, dans ce monde liquide, du ciel aux enfers.

Noire, jaune et luisante, la rue détrempée brille comme un veux whisky. Je n'ai plus envie de rentrer. Je voudrais que la pluie me lave de tout. Me lave d'être moi, me dissolve pour de bon dans l’oubli sans retour du fluide, de l'écoulement rectiligne et naturel. Je n'ai plus envie de rentrer. J'ai envie de fondre,  là, avec tous mes moments de bonheur plein la cale, mes souvenirs à ras bord, glisser, à même le sol, suivre la course fraiche et folle de l'eau éternelle pour m'oublier dans la plus parfaite liquéfaction.

15:08 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/12/2007

The Little Ugly Duck Strikes Back

 

"Tu n’es pas beau mais tu as énormément de charme !"

Je n’oublierai jamais cette petite phrase de ma mère, prononcée avec une vraie fierté dans la voix et un sourire plein d’amour. Je suis convaincu qu’a l’heure ou elle lâchait cette affirmation malheureuse, elle avait l’impression de me faire un compliment ou de partager une admiration sincère. Mais hélas, il s’agissait pour moi de la confirmation de l’irréfutabilité de cette laideur que j’ai toujours porté comme un fardeau. Je n’ai entendu que la première partie de la phrase, comme un écho de ma conscience. Non. Pas « Laid », le terme est trop fort. Pas beau. Ca c’est certain. En tout cas pas selon les canons traditionnels.

Complexe du vilain petit canard, depuis les toutes premières classes. Je ne sais pas si je préfère la cruauté des enfants ou la perfidie des adultes. Toujours est-il que, tout jeune, je n’ai jamais attiré a moi ceux ou celles que je désirais. Au mieux, j’étais absent, invisible, comme effacé de la petite société des récrés de maternelle ou de primaire. Au pire, j’étais raillé. Je marchais avec les pieds un peu en dedans, sans doute un peu trop réservé, un peu trop solitaire, rêveur, certainement pas assez « sportif » que pour être préféré dans les constitutions des équipes de foot. J’étais toujours le dernier choisi, une forme de handicap, une future excuse si l’équipe perdait, un mérite supplémentaire si elle gagnait. Etre le dernier qui reste. A chaque fois.

Sentiment de rejet général. Sauf au cours de Diction. Petit atelier hebdomadaire, lieu de naissance de mes premières capacités d’expression. Annick André, notre prof, qu’on pouvait tutoyer et appeler par son prénom, a ouvert devant nous des espaces ludiques précieux. Déclamations, scénettes, sketches, bouts de pièces, tout était bon pour rire. C’est au sein de ce petit groupe interclasse que j’ai tissé mes premières amitiés scolaires, dont certaines perdurent encore aujourd’hui.

Mais au dehors… moche, encore et toujours. Les filles me fuyaient. A « Bleu Blanc Rouge », j’avais droit a la main, rarement a la joue, jamais a la bouche. Et elles courraient les garces, tellement plus vite que moi… Enfin… Quand JE les poursuivais. Parfois je les regardais se faire volontairement rattraper par d’autres pour mieux se laisser embrasser. Et sans même attendre que Brel me le foute dans l’oreille, je rêvais déjà d’être une heure, une heure seulement, beau, beau et con à la fois. Même a ma propre Boum, la plus réussie d’entre toutes, qui restât légendaire encore deux bonnes années, je n’ai pas eu droit aux lèvres de mes partenaires de Slows.

A la veille de rentrer à la « grande école », j’étais bon acteur, excellent comique, parfait organisateur de « soirées », de gouters et  d’après-midis festifs. Mais les filles se débinaient toujours avec des gloussements idiots. Et je restais la, comme un con, avec des fringues que je détestais, mes pieds en dedans, a regarder mes petits camarades footeux essuyer d’un lointain sourire les soupirs des plus jolies de la classe. Seul sur un banc, passant des heures à observer de loin et à rêver qu’on fasse attention, ne fut ce qu’une seconde à mon existence, je souffrais en silence d’une plaie vive dans mon jeune égo.

Depuis je me suis vengé.  Ma mère avait raison.

Le charme, ce putain de charisme, oui, je l’avais, en gestation. Vers 13 ou 14 ans, j’ai pris de l’ampleur. J’étais sans doute encore plus laid qu’avant, dans mon corps allongé d’adolescent crétin, mais je ne laissais plus indifférent. Je me suis mis à ma mode, un brin « cheap new wave » a l’antithèse des « Chipe – Chevignon », du diktat absolu des marques. Je me suis mis à fumer (mauvaise idée), a fréquenter des gens plus âgés, a écouter de la musique différente… Je me suis délié, redressé. J’ai commencer a exister, puis, a attirer a moi des amis, un gang, une popularité… et des filles.

Je n’ai plus arrêté. Une boulimie. Une revanche. J’ai cessé de me détester dans la glace pour réussir enfin a m’aimer a travers les regards tendres de celles qui ont partagé mes jours et mes nuits. Je ne puis m’en passer désormais.  Et Jean Schulteris exulte dans un coin de ma tête à chaque nouvelle conquête. Il danse de mépris et chante en boucle « Confidence pour Confidence, c’est moi que j’aime à travers vous ».

Aujourd’hui plus que jamais, je reste affligé par ma laideur. Les années passant, mon visage prend des marques intéressantes. Mais j’ai toujours ce front immense, ces grands yeux un peu tristes et cernés, ce nez proéminent, caractériel, cette bouche trop pleine, trop féminine, qui reste scellée sur des dents imparfaites, ce menton fuyant. J’y ajoute des kilos, beaucoup de kilos. Rond et Rubicond, m’a-t-on dit il y a peu.

Non, je n’ai pas changé, je suis toujours aussi vilain. Mais je sais à présent que rien ne m’est impossible. Comme pour un handicap, j’ai compensé mon absence de beauté par le surdéveloppement de mon charme. Depuis longtemps déja la séduction est devenue une seconde nature. D’ailleurs,  n’en ais-je pas fait ma profession ?

15:29 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/12/2007

Le Pantin Menteur

 

 

Lorsque j’ai compris le pouvoir du mensonge, j’en ai évidemment abusé. Depuis tout petit.

Quelle magie, que celle de l’imagination et du langage, de l’attitude, du jeu. Le menteur est ivre de sa puissance. Elle peut distordre la réalité, la courber dans le sens de ses désirs, de ses impératifs. Un peu d’audace et plus rien n’est désormais impossible. Tout parait simple. Tout est à inventer !

Poussée à un certain degré, cette discipline devient une science. Le menteur évolue vite. Il commence a comprendre les mécanismes de la conviction, les systèmes complexes d’écoute et d’attente. il crée des mensonges sur mesure, qui ont la couleur et le parfum qui correspondent aux gouts de la personne a convaincre. il apprend la délicatesse, la finesse.  Il s’attache à rester vague et détendu, tout en conservant en réserve, en cas de besoin, une histoire bien ficelée, riche en détails, maintes fois répétée dans un petit coin de l’encéphale. Mieux encore, il use d’auto persuasion, pour que le mensonge devienne sincère. Enfin, stade ultime, ça devient un art, un art que le menteur s’approprie, en réutilisant les mêmes motifs, les techniques les plus éprouvées, quelques touches de génie… Et la vie devient un spectacle, avec un public vaste comme le monde et chaque jour un nouveau rôle a tenir.

Que ne me suis-je inventé et réinventé. Que n’ais-je point triché sur mon âge, mes notes, mon nom, mes gaffes, mes motivations, mes négligences. Rien ne me manquait. Je pouvais puiser à loisir dans l’immense réservoir de tous les mensonges possibles. Des fables, des histoires, a foison. Je me suis inventé des amis, des flirts, j’ai poussé, avec succès, mon âge aux limites du crédible, je me suis forgé des bagarres, des drames, des moments de gloire. J’ai réussi a éviter dans l’ensemble un nombre impressionnant de fâcheuses conséquences, de punitions, de mesures de coercition.  

D’autre part, j’ai aussi rencontré les revers du mensonge. Les bourbiers dans lesquels on s’enfonce inexorablement, à la surenchère. Les mensonges Boomerangs qui vous reviennent des mois plus tard en travers de la gueule. Les mensonges éventés, par excès de confiance ou de confidence, l’arroseur arrosé, le traitre trahi.

Etais-je vraiment devenu un manipulateur ? Pas vraiment, si ce n’est de moi-même. J’ai menti pour me valoriser, ou pour me défendre, jamais pour faire du mal à autrui. J’étais juste à la recherche d’un personnage, plus beau, plus fort, plus intelligent que moi. Je me sentais laid vide et creux. Il fallait que je m’invente. Et je l’ai fait, jusqu'à ce que la vie me remplisse.

Peu a peu, année après année, en empilant les expériences, les aventures, les amours fulgurantes, les déceptions, les voyages, les épisodes, je me suis rempli. Le mensonge a peu a peu disparu de mon arsenal. J’ai arrêté de me maquiller, la vie était en train de me gratifier de marques indélébiles qui prouvaient mon individualité, mon originalité. Plus besoin d’inventer une vie, la mienne devenait, au dela de mes espérances, une histoire captivante. Et puisque j’avais appris a raconter des fables avec une formidable intensité, j’arrivais a rendre ma propre histoire encore bien plus passionnante.

Cependant, on ne se défait pas aussi simplement du mensonge. Le réflexe reste. C’est si simple, au moindre retard, à la moindre incartade, pour n’importe quel foirage odieux d’avoir recours au mensonge a nouveau. C’est si gai de pouvoir inventer n’importe quoi plutôt que d’assumer simplement. Quel frisson même de pouvoir se sentir impuni et puissant. Quelle tristesse également, quand on y pense. Quel enfermement. De temps à autres aussi, j’ai la tentation d’user du mensonge pour faire le bien, pour éviter la douleur, la souffrance.  Comme on ment a un enfant.

J’ai décroché. Maintenant j’avoue. Cette franchise nouvelle me permet de me sentir enfin en adéquation avec mon entourage. J’y trouve aussi un formidable levier d’amélioration. J’essaye de ne plus poser d’actes contraires ou idiots qui m’amèneraient a mentir plutôt que de devoir les assumer. Parfois je me trompe moi-même.  Stupide autruche. Sans doute ne serais-je jammais capable d’affronter ma propre réalité en face.

Paradoxalement, je n’ai plus la faiblesse d’exiger des autres la vérité. J’admets également qu’on puisse me mentir. Je demande juste à ce qu’on le fasse bien, avec assez de talent que pour me berner complètement.  Car entre l’ignorance et la souffrance, je choisis bien sur … l’ignorance.

 

 

15:41 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/11/2007

World Wild Waste

 

Tandis que l’Afrique saigne, que l’Inde sue, que la Chine bout, que l’Amérique tremble, que l’Europe pue, que l’arctique fond, je vis mollement au fond de ma tanière d’où désormais plus rien ne m’est défendu ou inaccessible. D’un clic and zoom je visite n’importe quel coin du globe sur google earth. En trois mots clés je peux me rassasier d’infos sordides, de films stupides, ou de bien pire encore, si je consens a balancer sur le clavier les 12 chiffres sacrés d’une de mes cartes de crédit. Du bout du doigt je possède l’univers.

J’ai dans mon frigo et mes armoires toutes les saveurs du monde, de quoi tenir un siège, en conserve, iophylisé, surgelé.  Je n’ai plus le moindre besoin primaire. Tout est satisfait ou satisfaisable à peu de frais. Le Marketing-Roi s’est arrangé pour que je ne manque plus jamais de rien. Il a étudié le moindre de mes désirs, du tréfonds de l’enfance à aujourd’hui, pour y répondre de la façon la plus pertinente.

Je n’ai plus rien à conquérir. On à découvert l’Amérique pour moi, on a marché sur la Lune pour moi, on ira bientôt sonder Mars pour moi. Je n’ai plus rien à apprendre. En une seconde j’ai accès a toutes les définitions, toutes les explications, toutes les possibilités.

Je n’ai plus de mission, plus de responsabilité. Célib-conso. Je ne m’occupe que de mes fesses. Il est trop tard pour sauver le monde et trop tôt pour se foutre par la fenêtre. J’attends dans l’ivresse que tout s’effondre. Pour passer le temps je me livre a mon activité favorite. La dépense et l’absorbation.

Je suis au centre de la consommation. Je n’ai pas la faiblesse de penser que je suis une victime. Non. Je suis une toute petite parcelle du dictateur, du bourreau. Ce n’est pas ce que j’achète, ce que je jette, ce que je consomme, qui assassine le monde, c’est mon Envie Souveraine. Car ce monde est a mon image. Les marques ne font que répondre, en écho, à mes demandes égoïstes, aussi banales que la plupart des vôtres. Personne ne me fera bouffer de la merde, même avec le plus bel emballage du monde et la plus formidable des campagnes de com. Je ne prends que ce que j’aime. Et mon univers s’organise autour de mes désirs insatiables. Je suis aux commandes. Je le sais.

Parfois j’aimerais l’oublier. Un désir. Une réponse. On me déculpabilise. Des livres et des journaux me rassurent. Je ne suis pas si horrible que ca. Tri des déchets. Produits éthiques. Produits verts. Un peu de sous pour l’humanitaire. Je suis fier de moi.

Parfois, j’ai besoin de me sentir coupable aussi. Un désir. Une réponse. D’autres livres, d’autres magasines me montrent du doigt. Tri des déchets. Produits éthiques. Produits verts. Un peu de sous pour l’humanitaire. J’expie.

Le seul terrain vierge est à l’intérieur. Vierge. Et encore. Ma bibliothèque foisonne de milliers de pages sur le « Développement Personnel ». On m’y vend d’autres produits. Le bonheur, l’équilibre, le succès, la guérison, la paix. A quoi bon. Autant refaire les peintures d’un bateau qui coule.

Lorsque tout deviendra vraiment douloureux, il n’y aura pas assez de morphine pour tout le monde. J’aurais tout de même la basse satisfaction d’être de ceux qui pourront s’offrir une double dose.

11:11 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

21/11/2007

Au SuperMarché...

Sur mon futur cercueil, (que j’espère investir le plus tard possible) il y aura un clou tout simple que je préférerai d’entre tous les autres : celui du SuperMercado.

 

Au commencement, tout allait bien. Voila bientôt cinq ans que je vis dans ce quartier paisible. Petit pâté d’immeubles de 4 à 5 étages délimité par les rues de Livourne, de Florence, Veydt et Blanche. Un quartier résidentiel avec quelques cabinets d’avocats laborieux, aux fenêtres éclairées tôt avant mon départ et toujours bien tard après mon retour chez moi, un quartier parsemé d’édifices « Art Nouveau » devant lesquels des grappes de touristes hébétés viennent se pâmer tous les weekends de l’année et, bien sur, un quartier traversé par la longue route du « champagne à gogos » qui zigzague entre les trottoirs pairs et impairs de rue de Livourne, passant par chaque porte gardée des bars a « filles » (aussi vêtues que légales), ouverts de 22h a 6h du matin.

 

Quelques rues plus loin, c’est le « chic » quartier Bailly et la « smaaart » place du Châtelain, la rue américaine et ses nombreux restos et boites. Plus animé. Plus trendy aussi.

 

Jusque la, le quartier était calme, nos nuits tranquilles et notre sommeil long et profond. Les clients des clubs exotiques faisaient parfois un peu de raffut en sortant de leurs bouibouis, tamponnés de gloss et torchés comme des phares bretons, mais étaient vite calmés par les Gorilles de l’entrée avant d’être balancés dans l’un ou l’autre Taxi. Il y a même eu le « Milk », un essai authentique de bar boite branché qui a quelques fois agité nos nuits pendant deux ans… Mais le calme était revenu.

 

Puis il est arrivé.

 

Au coin de la rue de Florence et de la rue Veydt

 

Discret, sans prévenir.

 

Il à repris ce tout petit fragment de bloc, un juste un éclat dans le pâté, au 46.

 

Une sandwicherie, au départ. Minuscule. Un local triangulaire, aussi haut qu’étroit, flanqué de deux grandes vitrines, d’un carrelage tout bête au milieu duquel trône un long bar en bois, un comptoir plutôt… Un « espace » si minuscule que son exploitation à toujours été réputée improbable ou impossible…

 

David s’est installé là. Un coup de peinture sur les murs, une banquette laquée noire aménagée le long d’une des vitrines. Sur le mur du fond, au crayon, il a laissé Karim dessiner un horizon discret qui danse entre faîtes de palmiers et gratte-ciels en béton. Quelques tables de jardin en bois et en tôle, quelques chaises pliantes, quatre tabourets mal assortis, de quoi asseoir au total une quinzaine de sardines bien serrées. Quelques touches de déco, de partout, très légère, comme une carte postale punaisée sur un mur frais. Sans plus. Du bric a brac exotique, en quantité tout a fait discrète. Improvisé.

 

Derrière le comptoir, il a aligné des bouteilles colorées, du Rhum qu’on a envie d’appeler par son petit nom dès la première gorgée, Clément, des petits vins d’Italie, de France et d’Espagne, et puis, arrivés depuis je ne sais quel village de montagne jusque sur le bois du bar, par miracle, il a fait apparaître du fromage, du chorizo, des jambons fumés, quelques aubergines, tomates ou champignons farcis, à s’en faire claquer la langue d’envie.

 

Il n’a prévenu personne. Il a juste allumé la lumière, pas trop violement, et mis un peu de musique, espagnole ou gitane, pas trop fort. Il a sorti deux larges parasols verts, déplié une mini terrasse, puis, patient, Il nous a attendu en souriant. Sans prétention.

 

Et nous sommes tous venus.

 

Tous.

 

Seuls où à deux, en groupe, en couples, pour voir, pour essayer, pour boire, pour goûter. On s’est assis, timides, curieux, incrédules, cyniques même. C’était vers le milieu du printemps. On est revenus. Les mêmes têtes, pas toujours aux mêmes heures. On s’est installé dans des petites habitudes. D’abord un sourire, puis un signe de tête, le jour suivant une poignée de main, une semaine plus tard la bise et la claque dans le dos. Assis, les un contre les autres, on s’est rencontrés. Un vrai bazar. De tous les ages. De tous les coins. On s’est tous retrouvés là.

 

Dans le désordre ; Selim, le franco-tunisien qui tient un resto grec haut de gamme dans le coin, Philippa, la jolie graphiste portugaise aux airs parfois sombres, Romane la jeune française en Ong, Gustavo, le magnifique quinquagénaire séducteur italien, Elisabeth, marketeuse styliste anglaise déjantée, Titan, le poète-rappeur réfugié des banlieues parisiennes et son pote Chesko guitariste d’ici, les deux voix du groupe 16/9, Isabella la plus jolie latino-américaine du Casino de Bruxelles, Pretchel, le Bouddah-Rasta-Portos au timbre de miel, Virginie, l’anthropologue amatrice de trappistes, PolishPaul, notre compositeur polonais, et tous ces autres encore, Bruno, Carmelo, David, Nathalie, Seve, Annmarie, même mes voisins, Alex, Marie et Habib, même Rita, qui tient le Snack « Le Matin Sympa » un peu plus bas dans la rue, même Angelo, le patron du « Chou de Bruxelles », avec sa fine équipe, même Serge qui tient un bar a filles, un peu plus loin…

 

Tous, nous nous sommes retrouvés là. Tous, nous nous sommes enfin rencontrés. Au supermarché.

 

Nous avons arrêté. Arrêté de nous croiser, de nous dévisager fugacement, de nous oublier. Nous sommes devenus un village. Un groupe. Une communeauté mouvante et ouverte. Un Syndicat, selon l’expression consacrée… Nous nous sommes trouvés, sous le regard amusé et malicieux du maître des lieux, David. Avec ses faux airs de Pan, Son sourire toujours prêt à bondir. Ses petites « chupitas » de rhum, sa Samba, ses instruments dissimulés un peu partout : guitares, bongos, tambourins (tiens au fait, ça manque de maracas et de castagnettes).

C’est devenu notre bar, notre carrefour, la succursale de nos apparts. C’est un bout de Barcelone qui a atterri chez nous. Un piège à l’apéro. L’antichambre de nos confessions intimes ou de nos dernières aventures. On y rit, on s’y parle, on s’y détend, on se raconte sur le coin du comptoir… 

 

Et depuis, c’en est fini de mes nuits tranquilles.  Du mercredi au dimanche je suis défait. Combien de fois y suis-je rentré pour cinq minutes et sorti titubant sur le coup des 3 heures du mat. Rien de compliqué. Juste un enchaînement parfait. Oh, je passe juste dire bonjour. Oui, juste un verre de vin. Quelques olives arrivent sans crier gare, parfois accompagnées d’un peu de fromage. Un voisin arrive, puis un autre. On papote et un peu plus loin, la faim grandit.

 

Alors parfois on y mange… Tapas ? Parmigianna ? Petites crêpes a la ricotta ? Ou juste une soupe avec un peu de pain frais et d’huile d’olive ? On est quatre à table, bientôt 6.

 

Alors parfois on y joue, quelques cartes, quelques jetons, ou tout simplement un petit poker menteur. L’ambiance s’échauffe.

 

Alors parfois on y fait de la musique. Quelqu’un sort une guitare. On se met a chanter. A donner le rythme des mains, des pieds. On donne de la voix. On en reçoit. Des Vibes. Des bonnes. Des graves et des aigus. Ca slamme, ca rappe, ca s’envole en Français, en Arabe, en Anglais ou en Portugais.

 

Ou alors, parfois, ça se met a danser… Sur une impulsion. Les lumières se tamisent, les corps s’étirent, s’échauffent, tout le monde se lance, en transe, sans complexe, en famille presque. Le loup gigote avec l’agneau, toute l’Europe transpire, élimine dans les rythmes les plus fous, quelques excès de caipiriniahs ou de mojitos. Quelques tintements plus loin, on prépare une ligne de dés à coudre sur le bar, d’un geste rectiligne, on les remplit de tequila… La folie bonne enfant se perpétue jusqu'à l’épuisement. Ici, tout le monde habite a deux pas. Pas besoin de prendre le volant.

 

Rassasié de fête, on demande l’adition, toujours raisonnable… avec, pourquoi pas, un petit sandwich aubergine-tortilla, pour combler le petit creux de cette nuit presque blanche.

 

Dehors, deux générations souriantes partagent le même bedo. J’en prends une taffe au passage avant de leur souhaiter bonne nuit, pour ce qu’il en reste.

Je songe en titubant dans les escaliers, que ca fait bien longtemps que je n’ai plus mis un pied en boite, pour boire des redbull-vodkas et essuyer dans l’ennui le mépris d’usage des beautés plastiques inaccessibles qui s’y affichent et s’y dandinent sans conviction. Je ne sors plus depuis que le SuperMercado a piraté nos nuits. Et la fête a enfin le gout de l’authentique. Elle arrive sans crier gare, elle explose par sa propre envie, sans la moindre obligation, elle n’unit que des gens qui la désirent…

 

David n’avait rien prévu. Il a juste eu l’envie de se faire plaisir. Avec un petit bout de bar en coin. Quelques petites choses à boire et à grignoter. Pas de concept. Pas la moindre prétention. Aux innocents les mains pleines.

 

Depuis quelques semaines, le SuperMercado est ouvert a partir de 11h le dimanche matin. Un croissant. Un  peu d’huile d’olive. Fromage et jambon fumé. Un café corsé. Un journal qui traîne. J’ai même oublié que le « Pain Quotidien » était à 500 mètres de chez moi. J’ai, au coin de ma rue, retrouvé ma « Joie Quotidienne » qui m’attend du mercredi au dimanche assise sur un tabouret, sous le regard toujours amusé de Maître David.

 

Et merde.

 

On est mercredi.

 

12:23 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

16/11/2007

Vu des 80's

Il y avait ce matin un je ne sais quoi dans l'air des quatre-vingts

Un soleil radieux et glacé, très horizontal. De grands rais de lumière fraîche taillés de longues ombres entre les arbres ocres et décharnés. Un sol fauve, laissant s'échapper des fumerolles de vapeur blanche dans l'air vif.

Comme pour répondre à l'ambiance mon baladeur MP3 magique m'a balancé une succession de 3 titres parfaitement adaptés : Avalon - Roxy Music, Dont you (forget about me) - Simple Minds, This Corrosion - Sister of Mercy. Ma caisse s'est immergée dans cette ambiance si particulière.

Les quatre-vingts, un espace temps différent, charnière. Un univers ou les garons avaient finalement renoncé a ressembler a des filles aux cheveux longs ou à des primates barbus babas beatniks shootés a l’hydromel et au cannabis artisanal, pour s’identifier a des pop stars androgynes, a la peau blême, au regard souligné de charbon, aux cheveux courts, en pétard, zébrés de mèches peroxydées, aux tenues étriquées, droites, anguleuses, forcément synthétiques, hésitant entre skaï, vinyle et nylon, entre faux zebre, faux léopard, toujours plus de noir, des babioles en plastique luisant ou fluo. Une époque de chaussures pointues, des Slangs au Creeps en passant par les Tiags.

Une mode synthétisée a l’extrême, le plein boom de la musique électronique, de la cocaïne et du crack. Un univers glamour glacé, qui sentait bon le fric des golden boys, propres, carnassiers et sans état d’âme, eux-mêmes parfait antithèses des neo ruraux du « grand retour aux sources des 60-70’s ».

Un monde fascinant, a la fois net et morbide, froid et follement sexy, aiguisé, décadent, rythmé, dépressif, hype, fataliste, jouissif…

Je me prends a penser que, de l’extérieur, dans ces années là, je me serais plu. Cheveux courts, lunettes de soleil rectangulaires, long manteau noir, jeans, chemise noire dépassant de la ceinture, cravate a dominante grise, juste ce qu’il faut desserrée, veste noire cintrée, au volant d’une Mercedes cabrio SLK 230 grise argent, vieille de presque 10 ans, irrésistible empreinte vintage. Je me serais vu passer, du bout de mon adolescence, peut être aurais-je émis le souhait d’être conforme a mon image… Mais c’est juste une image… de papier glacé. L’emballage, fragile, ne correspond en rien au contenu. Vide de sens et d’ambition. Un corps malade. Une ame encore tourmentée. Une vie déserte. Sous le cliché rutilant se cache la vraie précarité, une existence si mal consolidée qu’a tout instant elle pourrait basculer dans le pire… n’importe quelle tuile, n’importe quelle grosse facture, n’importe quel imprévu un peu encombrant, et je sombre, corps et biens…L’image est toujours traîtresse.

De l’extérieur, on dirait que je file droit sur le Catwalk, sourire et confiance. Sous une autre perspective, j’avance sans oser regarder en bas sur un fil prêt à rompre en essayant désespérément de sauver les apparences.

Qui suis-je en définitive ? Suis-je le reflet vide de ce a quoi je voudrais ressembler ? Une série d’attributs ? Une collection d’images d’Epinal ? Un cliché mal abouti ? Ou suis-je vraiment un être humain, avec des ambitions, des envies, un but… et si oui… lesquels ?

Entre temps, je suis arrivé au bureau. Fin des questions personnelles. 

15:50 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

14/11/2007

Pêtage de plombs

 

Une sonnerie me réveille. Pas la même que d'habitude. Il fait clair. Déja. C'est louche. Quelle heure est-il ? Ecran du réveil n°1 : noir. Ecran du réveil n°2 : idem. Mon GSM cesse de sonner. Messagerie vocale. je ramasse ma montre sur la table de nuit. 10h15. Merde. Je ne panique pas. Je peste juste contre moi-même, comme d'habitude. Mes premiers mots le matin sont souvent des injures à mon encontre. Le petit radiateur d'appoint, au pied du lit, semble éteint. Plus d'électricité. Je me demande si mes copains d'Electrabel auraient eu la bonne idée de me coller un limitateur. Bref regard intérieur paniqué vers cette zone d'ombre, au coeur de ma culpabilité sourde et permanente ; Les factures impayées, les amendes, les tracas fiscaux, les documents administratifs oubliés, toutes ces casseroles, ces poisons du quotidien, toutes mes négligences, dont la plus grave, médicale, me glace le sang a vouloir m'enfouir encore plus profond ma grosse tête d'autruche dans un trou douillet, capitonné, bien à l'abri de la trouille...

Je me leve. Agir. Sortir de la brume. Arreter de penser a tout ce que je devrais faire, pour continuer d'oublier en revenant au présent externe ; Plus d'électricité. Depuis quand. Je descends dans la cuisine silencieuse. Le lave linge s'est arreté au tiers de son programme. Soit une heure apres etre monté me coucher. Minuit. A moins que Sibelgaz ait entrainé des commandos spécialisés dans les interventions de nuit chez les plus mauvais payeurs, il doit seulement s'agir d'un bon vieux sautage de fusible, lave linge + chauffage électrique. Un classique.

Niveau réfrigirateur, par contre, c'est la cata. Des choses informes, hors d'age, semblent vouloir reprendre vie apres leur hibernation forcée. Artistiquement c'est intéressant. Du pop-art mou gluant. Mais ca fouette. Une grande poubelle et au revoir la décadence.

Impossible de passer la porte de la cave ; les ritals du resto d'en bas ont laissé les clés a l'intérieur des serrures. Attendre qu'ils arrivent.

En attendant, a l'ancienne, dans un silence monacal, touver une chemise la moins froisée possible, se laver a l'eau froide, se raser au mécanique, faire son café avec une caserolle d'eau posée sur le gaz.

Voila sans doute le climax de ma journée. Ah oui, j'ai aussi déjeuné avec mes cousins. Mais bon. J'arrete ici de peur que vous soyez déja hors d'haleine et incapable de suivre le tempo trépidant et des rebondissement incessants de ma vie plate a l'infini.

A suivre.... Tataaaaaam....

19:18 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2007

Un post par jour...

Voisin de la fameuse technnique de "bébé fait un pas", je m'auto-inflige le "One Post a Day" dans l'espoir un peu flou de reprendre possession de mon écriture qui ne me sert aujourd'hui qu'a rédiger de la prose commerciale insipide et répondre à des tonnes de mails idiots par d'autres tonnes de mails encore plus cons.

Je profite d'une heure indolente entre midi et une, pour réexplorer une utilisation ludique et créative du saint clavier. J'ai décidé d'arrêter d'attendre les idées. Elles ne viennent plus. Ou alors elle débarquent, sournoises, dans des circonstances qui m'empêchent tout simplement de les saisir au vol et de les plaquer, quelque part, sur un bout de papier ou une messagerie vocale.

Je m'étais offert un nouveau Moleskine pour essayer d'en chopper quelques unes. Mais je n'ai réussi qu'a y noter un famélique "Synthétisation du Monde" (avec un tirait devant, tout de meme ! Devant une telle indigence, chaque caractère compte) en 2 mois de trimballage innintérompus.

Pourquoi ce vide, tout a coup ? A la croisée de différents facteurs (qui sont encore en grève aujourd'hui), je stagne dans l'inertie.

D'abord je vis moins, ou moins intensément. Ensuite le temps libre "connecté" que je possède est principalement réinvesti en Poker On Line ou en gestion chronophagique de mon beau profil sur FaceBook. En comparaison de ces deux passe-temps sans fond, une page blance déposée sur un traitement de texte n'a strictement rien de bandant, croyez moi. Et puis, depuis que j'ai installé un écran déroulant de 2,10m de diagonale en face du projo, je m'enquille des séries TV jusqu'a en vomir des rétines, par galettes de 4 avalées l'une après l'autre a grand renfort de verres de vin. Ainsi j'ai pu découvrir dans un demi comma douillet comment vivaient les Agents du CTU, les prisonniers les plus déjantés de Fox River, les survivants du vol Oceanic 815, les bouffeurs de pates du New Jersey ou les joyeux mutants du docteur Suresh. Comblé d'aventures à rallonges (parfois grossières), je finis pas trouver le quotidien bien trop réel et plat au gout de mes papilles anesthésiées.

Enfin je pense que ma déprime s'aggrave, a un point tel que je n'ai presque plus envie de rien si ce n'est de bouffer ou de dormir. Même le cul m'ennuie (celui des autres, hein, le mien il m'emmerde, c'est pas pareil). J'aimerais essayer de pioncer le plus longtemps possible, voir combien de jours d'affilée, je serais capable de ne pas lever une paupière. Quand a la nourriture, ca devient problématique. J'ai des envies de gavage. Je ne me sens enfin apaisé que l'estomac lesté. Oui, j'ai arreté de fumer. Pour de bon ce coup-ci, semble-t-il. 10 mois d'abstinence. Avec parfois quelques taffes prises sur des joints de passage, rien de plus. La cloppe ne me manque plus. Mais j'ai tout de meme une énorme sensation de vide depuis que j'ai réussi a m'en défaire.

Depuis tout ce temps, je n'écris plus, ou alors une page horrible et puis, c'est le vide pendant des semaines. Un exemple ? Voila le genre de loghorée pesante qui tombe de la plume les soirs de spleen :

Je suis le fruit pourri d’un monde à l’agonie. Je suis suspendu dans le vide, au bout de la chaîne alimentaire. Je suis le prédateur rongé par la vermine de sa paresse, dégradé par sa propre stérilité, par son inutilité grossière. Je n’ai envie de rien par ce que tous mes besoins sont satisfaits. Je suis fat, lâche et ingrat.

Je porte avec plaisir et réconfort les oeillères dorées qui cache a ma vue les horreurs de ce monde. Je fais semblant de ne pas savoir.  Je laisse ma matrice, la société de consommation, me déculpabiliser, contre quelques euros de plus. Je ne suis plus qu’une carcasse creuse qu’on a rempli de spots et de prospectus. Je loue mon âme aux diables, aux plus offrants. Je n’ai même pas l’amour de l’argent ou du pouvoir. Je n’ai pas d’amour. Ce sont des ersatz, des substituts, des choix par défaut, des conséquences de l’ennui et de la peur. Je voudrais un destin, mais je suis trop faible et trop insignifiant que pour m’en créer un. Alors je cultive mon égo misérable a renforts de masques et de frusques, de fêtes et d’alcools, de plaisir fugaces qui occultent les vraies nécessités.

J’ai perdu le goût du pain. J’overdose de brioches. Ma connerie est aussi obèse que moi. Je me dégoûte. Je me dégueule. Ici même. Je me vomis en noir sur blanc. Mon vrai miroir, ma vraie cuvette. Je pleure de honte alors que j’aperçois le vague reflet de ce que je suis devenu. Je pleure de honte sous le regard de l’enfant qui espérait devenir autre chose que ce refus d’humanité. Et je me vomis encore, mot après mot, essayant de me trouver un peu d’amour dans toute cette haine. Je vomis ma laideur sans pouvoir m’en détacher. Je vomis mon inépuisable lachêté, ma désespérante inconséquence, ma peur immense et toutes les poisons de ce monde. Je vomis ici tout ce que je devrais livrer calé dans le sofa d’un psy. C’est ma décharge sauvage, mon parc a immondices. J’exploserais, chacun de mes orifices suinterait des larmes de merde et de sang souillé, si je ne déversais pas ici toutes ces ordures… Et je repars ensuite me gaver de plaisirs idiots, de nourritures fades et grasses, d’alcools débilitants, de jouissances oblitérantes, encore plus de négation, d’excès, d’horreur. Car ce sont les seules preuves tangibles de mon existence. Me remplir comme une outre, a sentir mes flancs s’étirer, a en dépasser l’apaisement pour baigner dans la nausée, et me vider par la suite, malheureux, furieux, mais vivant, au moins par la douleur et le dégoût.

Bon appétit...

Voila pourquoi il est important que je me remette a écrire, n'importe quoi, plutot que d'attendre qu'une fleur naisse sur les tas de fumier qui s'accumulent dans mon réservoir a mots.

A demain peut etre. Qui sait. Peut etre arriverais-je à tenir une autre bonne résolution.

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08/11/2007

Que d'la meeerde

 

 Le bonimenteur n'a pourtant pas menti. Il a écrit. des lignes, des paragraphes, des pages entières même. Que de la merde ! Non pas que je sois fier de ce que mon cerveau malade et mes mains fébriles avaient réussi a tricoter auparavant ni même que je pensais pouvoir garantir la moindre qualité... Je ne juge pas ce que je déverse ici.

Mais ce que je ponds, ces dernirers temps, est noir, pesant, pueril, moche et triste. Une raculer du fond de mon bidet mental. C'est moche, affreux même. Ca ne vaut pas le coup de poster ici ce genre de détritus. Je reprendrai le clavier quand ca ira mieux.

biz

 

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14/09/2007

Quelques heures avant l'Amérique...

Par la fenêtre de mon bureau, qui donne, bien heureusement, sur un beau jardin touffu piqué de grands arbres, je regarde les feuilles roussir et tomber doucement, dans la lumière oblique d’un été qui décline sans avoir connu son apogée… Ciel bleu pale, trop timide pour être beau. Il fait frais. Mais pas suffisamment pour étouffer mes envies d’ouvrir le cabrio et de rouler cheveux au vent… Sur mon bureau, une pile de factures attend en silence que je daigne la contrôler. Mais impossible de me concentrer sur mon taff aujourd’hui. Pas juste « difficile », comme tous les autres jours, mais définitivement impossible. Je suis déjà ailleurs. Je suis déjà dans cet avion de lundi, je suis déjà en train de survoler les nuages lourds, qui minent l’Europe du nord pour découvrir émerveillé l’atlantique miroitant a l’infini les éclats d’un soleil enfin libre. Je suis déjà en train de scruter la cote est du nouveau monde, avant de m’apprêter a le traverser, en plein ciel. Go West ! J’amorce déjà la descente en survolant la Baie et ses ponts vertigineux. Déjà je me pose a Frisco pour serrer dans mes bras PaulE et Luna, qui m’ont convié a leur mariage, et embrasser pour la deuxième fois, la Californie toute entière, cette terre magique qui manque a mes rêves depuis deux ans… Je suis déjà en vacances.  Je suis déjà à Oakland pour les préparatifs de ce jour d’amour et d’union, je suis déjà en promenade dans les rues en pentes, dans Chinatown, Union Square, les Piers… Je suis déjà en route pour Vegas. Je suis déjà assis à une table de Poker, à discuter le bout de gras avec des Ricains de tous les états. Je suis déjà en train de me faire dorer la pilule sur le bords des piscines délirantes des hôtels qui bordent le Strip, je suis déjà en train de traverser le désert pour rejoindre mon bout de famille en exil, entre Victorville et Bradstow, la ou la Route 66 croise Bagdad Café, au milieu de nulle part. Je suis déjà en train de prendre des notes sur la vie folle de ma tante, de jouer avec mon tout petit cousin Dakota, je suis déjà en train de songer a passer encore une nuit ou deux à Los Angeles pour revoir Venice Beach et le Pier de Santa Monica, avant de remonter dans l’avion, le cœur en berne, lourd d’avoir emmagasiné toutes ces émotions, avec l’amer espoir qu’un automne indien soit au rendez vous pour m’accueillir a Bruxelles. Cette fois ci, je pars avec mon portable. Pour écrire. C’est une promesse. Faite à moi-même. Je vous emporte avec moi.  

17:48 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

20/08/2007

Autre anniversaire

Voila aussi dix ans que j’ai Aimé.

Ca m’a pris à la gorge, dans la voiture, en rentrant chez moi, jeudi dernier, jeudi 9 aout 2007. Deux mille sept moins mille neuf cents nonante sept égale dix.

Une addiction complète et totale, immédiate et définitive. Un shoot d’une puissance inouïe. Un trip absolu, sans retour possible. Une explosion formidable qui aura tout consumé, tout balayé, tout renversé. Le 9 aout 1997, dans un jardin baigné de soleil, a quelques centaines de mètres de cette voiture, j’étais heurté de plein fouet, cloué au cœur, épris à jamais, d’une paire de yeux bleus azurs, d’une voix fraiche et claire, d’un sourire parfait, d’une grâce impossible, d’une douceur inouïe.

Il y a dix ans, jour pour jour, heure pour heure, je percutais de plein front, avec toute la puissance de la certitude, celle que j’attendais depuis toujours, celle pour laquelle j’étais né, celle qui par sa seule présence justifiait plus que n’importe quel dogme, quelle croyance, quel Dieu, l’absolue nécessité de mon existence.  Enfin, en une seconde, un « Je » douloureux d’isolement venait de se muer en un « Nous » majuscule, majeur. Enfin, je n’étais plus seul.

Qu’importe la suite de l’histoire, qu’importe ses rebondissements, ses conclusions, ses épilogues et ses séquelles, a la française comme a l’anglophone. J’ai crié, pleuré, vomi, renié, ri et murmuré son fil sur tant de pages, en tant de mots, qu’il m’apparait dérisoire d’en brosser un énième résumé.  Il ne s’agit d’ailleurs plus vraiment d’Elle… Juste de cette blessure qui n’en finira jamais de saigner, de ce boitement, de cette patte folle a l’affect qui m’empêchera d’aimer encore jusqu'à la fin de mes jours.

 J’ai pourtant tout essayé. Au début, j’ai pensé qu’en l’oubliant, Elle, je survirai. Je n’ai pas pu l’oublier. J’ai cru ensuite qu’en acceptant, je pourrais m’en sortir. J’ai accepté, je me suis résigné. Mais rien n’y a fait. Ensuite, j’ai laissé le temps agir, ce temps qui a lentement détaché deux personnes d’une seule, ce temps qui a séparé celle que j’aimais de celle qui vit, maintenant, heureuse, je l’espère, une autre histoire. Le temps de la véritable prise de conscience. Le moment ou l’on laisse les fantômes du passé en paix. J’ai cru être enfin arrivé au bout de ma quête, de ma peine…

Mais c’était sans compter sur les conjonctions. Cette date. Cette heure. Ce ciel bleu et rose. Ces rues désertes en ce début de soirée. Et Joe Cocker qui me prend en traitre, qui entamé, la voix brisée par tout l’amour du monde, ces quelques mots : « You are so beautifull… to me ». C’était sans compter sur cette addiction, cette putain de mémoire du corps et de l’âme, au delà de la raison, du calcul, de l’effort. Hémorragie. Des tonnes d’eau salée se déversent sur mes joues. Je me liquéfie. Je m’effondre, instantanément. Comme jadis,  je supplie presque pour qu’on m’achève. Ce manque est insoutenable. Ce n’est plus une personne, un visage, un nom, ce n’est plus même une histoire, des souvenirs…  Mais bien un trou béant que plus rien ne comble, depuis tout ce temps. A l’intérieur. Tout ce vide. Tout cet espace immense qui fut jadis plein a en déborder de joie. A sec. Des années. Pétrifiées. Dévastées. Tout ce Mort, à l’intérieur de Moi. Ce tombeau. Calciné. Rongé. Le sanctuaire glacé et douloureux de l’amour disparu.

Combien n’ais je pas prié pour être libéré, lavé de cette tare. Combien n’ais-je pas espéré revivre encore une fois, ne serait-ce qu’une journée, ou qu’une heure même, l’épanouissement total, au delà de tout ce que mes pauvres mots peuvent espérer décrire. J’aurais voulu garder cet amour pour toujours ou ne jamais l’avoir connu.  Mais me voila forcé, depuis 10 ans, de vivre avec ce handicap, cette dépendance définitive à une substance qui ne semble n’avoir eu qu’une seule source, tarie depuis.  Que ne l’ais-je pourtant cherché partout, dans tous les bras, dans tous les lits, dans toutes les voix… mais je n’ai rien pu trouver de semblable.

Je garde encore l’espoir, en dépit de tout. L’espoir, presque mythique, qu’un jour quelqu’un viendra faire renaitre en moi cette puissance irrésistible et réveiller un appétit de vie éteint depuis si longtemps. L’espoir, une petite chose bien cruelle, quand on y pense.

13:44 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

05/07/2007

Joyeux Anniver - Sales

 

Vendre. Bon qu’à ça. Dix Ans que ça dure. Dix Ans de tchatche, de baratins, de léchage de rondelles en tout genre, de la plus serrée à la plus puante. Dix Ans à essayer de convaincre mon orgueil idiot et ma morale vérolée que j’améliore la vie de mes « partenaires », que je donne du travail a mon entreprise du moment, qu’entre client et maquereau, la pute que je suis a une réelle utilité sociale. Dix Ans à serrer des pognes, à répéter des « bonjours » à la chaîne, à chercher des adresses, à maudire des plans, à s’excuser d’être en retard, à lire des revues dans des halls, des lobbys, des salles d’attente avant que ma proie daigne me recevoir, Dix Ans à supporter des musiques débiles de transit entre postes de téléphone, de l’électro minimale deux bits aux messages corporatistes affligeants (avec, palme d’or, une reprise « entreprise » de « Belle Belle Belle » de Cloclo, en passant par des heures et des heures de Bach, Mozart, quelques centaines de bouts de saisons de Vivaldi, des gynécées de pétasses synthétiques qui me promettent en boucle qu’on recherche mon correspondant ou que quelqu’un va bientôt s’occuper de mon appel, et puis, finalement, oh bonheur, quelques bonnes plaques de Jazz, rarissimes, heureuses, éparses dans ce flot de vomi auditif qui se déverse chaque jour dans le creux de mes oreilles. Dix Ans à passer tous les barrages, à démonter tous les prétextes, à poursuivre, à harceler même ceux qui osent résister, ceux qui tentent de me refuser le sacro saint rendez vous, dix ans a embobiner au téléphone l’assistante de machin ou la secrétaire de truc pour pouvoir enfin l’avoir en direct. Dix années de ramassage d’objections, des monceaux, des tonnes, des quantités incommensurables d’objections, de « Non » sous toutes ses formes, dans toutes les couleurs possibles et imaginables que permettent le langage humain…  Et dix ans sur la route, Dix Ans de sandwiches dégueus dans la bagnole, de clopes dans la bagnole, de boissons dans la bagnole, de coups de fils dans la bagnole, de prise de notes et de rendez vous dans la bagnole, à un point tel que je peux à présent becqueter un big mac avec la boite autour sans faire la moindre tache sur ma chemise, en même temps que je téléphone a un prospect pour lui caser un argumentaire et que j’encode une adresse sur mon gps alors que je dépasse de 40kmh les 120 autorisés et que je double un poids lourd en tournant mon volant du genoux. Et j’ai heureusement arrêté de fumer. Dix Ans de portes poussées, de promesses faites, et pas forcément tenues, d’offres signées, de sourires à la con. Dix ans a mater de la réceptionniste, de la secrétaire de direction, de la bonne Manageuse aux dents longues, Dix Ans a fantasmer sur des jupes tailleurs et des ascenseurs en panne, Dix Ans, a faire semblant d’y croire pour deux, ou plus si affinités, a faire le guignol, a jouer les hyper motivés de la grosse commission, à croire et faire croire, Dix Ans à vendre, Dix Ans déjà vendus.

 

Et tout ça pourquoi ? Par ce que je ne sais rien faire d’autre ! Par ce que la tchatche, le rapport social, la décontraction et surtout l’imposture, c’est mon truc. Par ce que le verbe m’a toujours permis de me tirer de toutes les situations ; examens oraux, drague, obtention de faveurs ou, au contraire, évitement de sanctions, par ce que le verbe m’a permis de me reposer pendant des années la ou les autres peinaient. Je paye a présent. J’ai la vie facile, mais mon ego est creux, sec, friable. Je n’ai pas de conviction. Je sers une entreprise contre de l’argent. Je n’ai pas d’honneur. Je l’ai vendu. Son espace est a présent occupé par les valeurs des entreprises pour lesquelles je travaille.

 

Un métier facile en vérité. Une bonne tête et un peu de tchatche, pas un physique de vainqueur, non, l’Apollonisme est plutôt une tare chez les hommes dans la vente. On se méfie des trop beaux, des trop intelligents. Mon gentil faciès un peu niais, mais pas trop, mes petites rondeurs perceptibles sans être insultantes d’inesthétisme, ma voix grave et rassurante, toujours emprunte de douceur et d’un soupçon d’humilité (en clientèle j’entends) me permettent de passer facilement en dessous des barrières, non pas par angélisme mais bien par inoffensivité. Et voila le parasite logé dans son biotope idéal. Apres, c’est juste une question d’entretien. Un peu de discipline et on devient indélogeable.

 

C’est un job facile que personne ne veut faire. Le tapin. Les profession techniques par défaut, handicapés de la relation sociale, ne peuvent pas en assumer la dimension humaine. Les Elites Managériales refusent obstinément (sauf pour le TOP 5 des meilleurs clients) de s’abaisser au point de cirer des pompes, les Universitaires, mus par une passion certaine et l’illusion générale d’une destinée exceptionnelle évitent de s’y mouiller, quand aux administratifs, leur aspiration a la sédentarité n’y résisterait pas. Alors on nous regarde passer, en costumes griffés, jolie montre, accessoires nomades chics et chocs, voitures payées… Comme une pute de luxe, tour a tour, je dégoûte, je suis décrié, je fascine ou je suis plaint…

 

J’essaye de me rappeler d’un temps ou j’avais des désirs positifs, des envies de projection, quelque chose qui aurait pu ressembler a de l’ambition… Mais après Dix Ans de cette vie, je n’aspire plus qu’a pouvoir enfin tirer la gueule tous les jours, sans être obligé d’être faussement gentil, serviable, attentionné, positif, enthousiaste, motivé, super extra nicely over compétant. Etre aimé pour ce que je suis, et plus jamais pour ce que je représente. Ne plus jamais être obligé de tricher, d’influencer, de faire la belle ou le beau, cesser, bon sang, l’imposture.

 

Malheureusement, je n’ai pas d’autre talent valorisable à hauteur de mon salaire actuel. Si je veux vivre la vie que j’aime, patachon, dépensier, consomaniaque, inconscient, entrée-plat-dessert dans des restau ou la carte n’est pas plastifiée, mojito-champagne plutôt que bière pression, bar lounge plutôt que disco club de province, plutôt trop de chemises italiennes que trop peu de tshirts mélange coton-polyester, plutôt célibataire charmeur que bobonne labrador, bref, plutôt trop que peu, il faut bien que je continue a user de mes charmes de péripatéticienne pour cadre…

 

Je me plais à penser que j’ai encore une morale par ce que je refuserais sans doute de bosser pour des fabricants d’armes ou des distributeurs de tabac, mais après tout je sais très bien, a force de vendre, que c’est juste une question de prix. Mes années à venir, celles qui sont encore à vendre, sont à qui les voudra, pour quelques zéro de plus. J’irai au tapin pour vous, je vous ramènerai vos clients, ils payeront leurs factures sur le coin de la table de nuit. Je suis vendeur, donc forcément vendu.

17:18 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

18/06/2007

Contraction d'univers et effondrement de masse

 

Quelque chose a radicalement changé. Moins qu’une question, c’est une prise de conscience soudaine qui s’opere alors que je regarde d’un œil torve la pub « Meetic 3 jours gratuits pour essayer les nouvelles règles du jeu » avant de la baquer sans meme souscrire a cette alléchante promo. Et quoi ? Je suis célibataire depuis 3 semaines ! Une victime multi-récidiviste de toutes les bonnes campagnes de marketing direct ! Un gogo de premier choix pour ce type de sites que j’ai d’ailleurs allégrement écumé lors de mes précédente villégiatures du couple ! Et j’ai toujours été motivé par mon besoin quasi obsessionnel de séduire de nouvelles têtes, blondes ou brunes, qu’importe ! Et quoi ? Je ne clique pas ? Je « delete » même ? Je m’en fous ? C’est bien ça ? Non mais dites moi que je rêve ! C’est moi ce type ?

Et oui, c’est bien lui, moi, et inversement… Mon ermitage douillet continue.

 

Ermite de luxe. Reclus du dimanche. Limite autiste. Voila ma vie. Et elle s’achève un peu plus a chaque minute*. Je vis enfermé chez moi depuis mon déménagement. Il faut, pour me faire sortir de ma taniere-duplex, la puissance d’un odieux chantage affectif, au nom sacré de la famille ou d’une amitié vieille de plus de dix ans. Le reste ? Basta ! Point de cafés, point de bars, de restaus, de boites, d’afterclubs, rien, néant, nada, niente, quedalle, zero. La paix.

 

Je n’ai besoin de rien merci, j’ai tout ce qu’il me faut ; Les 120m² du 21Flostreet*, réaménagés avec mon très rouge mobilier parisien de la Georges & Georges Gallery*, pour un confort douillet total vintage, ball-chair et flokattis, l’écran déroulant de 2x2 mètres, livré a domicile et installé avec l’aide astucieuse de Cugel et Nauscaa, le projo au plafond, a portée de télécommande, branché en double sur le lecteur DVD et la Playstation, tous deux bien fournis en titres dans ma dvd/ludothèque, et tout récemment le super PC brutal de la rage monté et installé par un de mes collègues ingénieur informaticien*** avec écran 21 pouces et carte graphique dernière génération. Voila. Rajoutez un peu d’électroménager et complétez le tout avec la transformation miraculeuse de la brasserie serbo-macédonienne d’en bas en faboulosa pizzeria et vous aurez le cadre total de mon plat quotidien, la scène entière de mon inaction absolue.

 

Je rentre, en général avec une pizza toute chaude sortie du four, toujours la même, une Barino, et hop… Musique, bouteille de vin, puis au choix, séance de Cinéma, minimum 2 films ou une flanquée d’épisodes de séries ou de vieux dessins animés (si si, j’assume parfaitement l’achat des intégrales de Cobra et Les Fabuleuses Cités d’Or), Playstation 2, toujours en 2,30 mètres de diag, avec une nette préférence pour l’interminaaaable Final Fantasy XIII ou alors poker a Gogo sur le PC en haut ou, pire encore, partie sans fin de Lotro****. J’ai tellement tout, que j’ai passé deux heures entières chez Médiamarkt sans rien acheter, paniqué a l’idée de sortir de ce temple de la conso masturbatoire sans son sac contenant son pesant d’euros en dvds, jeux vidéos ou gadgets dernier cri.

 

Quand a « Sortir » ? Mais pour quoi faire bon dieu… Voir du monde ? Quel intérêt ? La houle de la foule me donne la nausée, le bruit, les jacassements, les rires aigus, inattendus, me font grincer des dents… Me mouvoir pour me retrouver au milieu d’autres être humains m’apparaît de plus en plus dérisoire, inutile. Je n’ai pas envie ni besoin de société. Même ma libido est prise dans les glaces du zéro absolu. Plus besoin de chasser. Plus besoin de rien.

 

Je suis bien là, vautré, me déplaçant à mon rythme, de canapé en fauteuil, d’écran en écran, de bd en bouquins. Qu’il est doux le soupir exhalé vers le plafond alors que je végète dans ma bienheureuse solitude toute neuve, le « roots » de Stan Getz dans la platine. Le téléphone ne sonne presque pas et c’est plutôt confortable. Certains renoncent déjà a me faire bouger. D’autres ignorent même que je suis de retour au pays. Mes amis les plus intimes me visitent encore avec plaisir et passent une soirée agréable en ma compagnie, sans que je sois contraint de sortir de mes murs… Mais pour combien de temps ? Bientôt, je n’aurai pratiquement plus rien a raconter qui me relie avec la société des hommes. Je serai l’unique interlocuteur de mon univers, de ma bulle.

 

Seul chez moi. Ne rien partager avec personne. Ne devoir rendre de compte de rien a qui que ce soit. Manger, dormir, jouer, boire ou me baigner, à toute heure. N’être empêché de rien par quiconque, ne pas avoir a expliquer, justifier, argumenter, négocier. Jouir en plein d’un cocon d’égoïsme, de solitude. Si je pouvais ne plus travailler, en prime, végéter totalement, sans plus aucune contrainte, sans même que l’aube ou le coucher ne puissent me dicter leur rythme, échapper à tout et a tous, jusqu'à m’oublier moi-même.

 

Oui, cette fois ci j’avoue, c’est bel et bien une dépression. Depuis quand couve-t-elle ? des années sans doute. Certains ont essayé de me prévenir il y a bien longtemps déjà…

 

Il n’y a plus rien a lire, par ce qu’il ne se passe plus rien, tout simplement. Il est parti le roi des dancefloors, il s’est barré, le don-juan de pacotille, il est mort, l’insatiable égotique érotomane d’il y a quelques années… Vidé de toutes ces identités, de tous ces prétextes, il ne reste plus que moi, cette masse informe de désirs faibles et confus, sans grandes ambitions, sans rien a vouloir ni rien a prouver, pataugeant dans le confort gluant d’une vie qui s’enlise, satisfait, repu, digérant, s’endormant sans doute pour un sommeil sans rêve et sans retour. Il ne me reste plus que moi, qui enfin, n’aspire plus a être quelqu’un autre. On aurait pu croire que ce serait un progrès immense. En fait, c’est le début de la vraie décadence. Mes motivations futiles me faisaient encore tenir debout. Mais voila qu’a présent, je m’effondre sous le poids de ma propre réalité purgée de toute ambition.

 

Bonne nuit les petits.

 

 

* et ** : relire ce blog depuis le début, bon courage

 

*** tous en chœur, « Niiignéniuurinnfoooormaticiiieeeen, je suis Niiignéniuurinnfoooormaticiiieeeen…. J’aimelézordinateuuuur…. Windowsquatrevigntdizhuiiiit »

 

**** Lord of the Ring Online

15:15 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

04/06/2007

Moi...

Moi, je suis "Hype" et on me propose des lofts et des duplex a Bruxelles...

 

Et

vous ?

 

Le test : http://www.monchezmoi.be

 

14:19 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/04/2007

Aimer si mal

Bruxelles le 29 Avril 2007

 

 

Ca s’est passé dans la voiture. Apres avoir tenté d’obtenir de moi autre chose qu’un soupir agacé ou qu’un « oui » automatique, avec toute la prudence d’une démineuse habituée a ce que mes humeurs lui explosent au visage, elle a dressé un constat, sous la forme d’une longue phrase qui résumait a elle seule l’épuisante relation merdique que je lui faisais subir depuis de longs mois. Elle vous dirait qu’elle choisissait certainement de la subir elle-même, et c’est une de ses qualités les plus absolues, une déformation professionnelle de psy, que de toujours se remettre en cause plutôt que de vouloir absolument faire peser la responsabilité des torts sur les épaules d’autrui. Mais là, en l’occurrence, il faut l’avouer, je lui faisais vivre par inertie un étouffement affectif lent et cruel depuis trop longtemps.

 

« De toute façon a quoi bon tu n’es plus amoureux » a-t-elle conclu, en regardant le plus loin possible en avant dans cet interminable tunnel. J’aurais pu lui prendre la main, ou protester encore une fois en lui caressant la joue, j’aurais pu lui répliquer, sans vraiment mentir, que je l’aimais sincèrement. Mais je n’en ai plus trouvé la force. J’ai laissé le silence de l’habitacle glissant sous la ville répondre à cette ultime question déguisée en fausse déclaration. Combien de fois n’ais-je pas moi-même tenté d’affirmer mes pires craintes dans l’attente angoissée qu’on les démente… Mon silence voulait dire « non, je ne suis plus amoureux de toi et tu sais que je suis beaucoup trop lâche pour te l’avouer en face ».

 

Je n’ai pas eu besoin de quitter les yeux de la route pour voir ses larmes rouler sur ses joues douces, parsemées de jolies taches de rousseur. Je connais d’un tendre par cœur les pleurs de cette femme que j’aime si mal. J’ai senti en moi l’urgent besoin de réparer immédiatement le tort que je venais de lui faire. Dans ces instants là, mon cœur se remet brutalement a fonctionner. Des émotions me submergent. L’envie de l’embrasser, de la serrer contre moi, d’étouffer ses pleurs dans une tonne de câlins. Oui, je me sens coupable de la blesser si fort, je me sens coupable de ne pas avoir su terminer moi-même cette histoire condamnée depuis longtemps, d’avoir laissé, comme toujours, l’érosion s’occuper de nous séparer.

 

Confusément, je sais que je ne désire pas moi-même que nous nous quittions. Mais je ne puis rien lui offrir d’autre. Je lui refuse d’hypothétiques enfants ou même le moindre espoir de cohabitation depuis si longtemps, je la touche si rarement, elle, au corps et au cœur faits pour l’amour. Je l’aime, merde, mais je l’aime si mal.

 

Pourtant, je voudrais qu’elle soit toujours la, avec ses yeux clairs et ses cheveux dorés, a m’aimer sans rien dire, a effleurer de ses doigts la peau de mes épaules quand je dors, a rire d’elle-même quand elle lâche une bêtise, a exercer en permanence pour moi cette vigilance inquiète qui m’agace tant, a m’aimer sans condition, avec toute son immense générosité, sa patience infinie, sa gentillesse sans borne… Mais je la tue, je la laisse mourir à petit feu. Il faut que je la laisse partir, que je lui ouvre la porte de cette cage dans laquelle je devrais moisir seul.

Je réprime un sanglot puissant. Nous sortons du tunnel. La lumière féroce de cette fin avril revient mettre le feu à ses cheveux. Et je la trouve toujours aussi jolie.

 

J’ouvre enfin la bouche pour lâcher d’une voix douce et grave « Alors il faut qu’on arrête ». « Oui » me répond-elle, « il faut qu’on arrête ». Merde ! merde, merde, merde. Je n’en ai pas envie. Merde. J’oublie tout à coup tout ce qui m’insupporte pour ne plus voir qu’un fait horrible : ca y est, c’est vraiment fini. Les « mon n’ours » murmurés dans mon cou, le poids de sa tête sur ma poitrine quand elle s’endort a la moitié du film, ses mains baladeuses que je réprimais trop, son rire de gosse, ses fringues hippie bohème, sa douceur, sa tendresse, son amour, mon amour, c’est vraiment fini, ça se passe là, en vrai, dans cette putain de bagnole, arrêtée maintenant à quelques pas de chez elle.

 

Sa main, sa main si avide de moi il y a encore quelques heures, sa main fuit désormais la mienne, ses yeux délavés sont remplis de larmes, les miens s’embrument subitement. J’aimerais qu’elle me pardonne de ne pas pouvoir lui donner ce qu’elle désire, un avenir, un toit, des gosses… Mais je sais qu’elle me rétorquera qu’il s’agit de mon choix, de ma décision d’enfant égoïste, conforme au personnage de « vilain petit canard » que je me suis constitué depuis si longtemps, que je pourrais la rendre heureuse si je le voulais… Et elle aurait raison… Comme souvent.

 

Je ne veux pas qu’elle parte. Je veux que le ciel me rende éperdument amoureux d’elle, me permettre de lui offrir ma vie sur un plateau, pour faire lui donner cette vie belle qu’elle mérite plus que moi, plus que la plupart d’entre nous. Mais non, j’ai juste permis a l’histoire de se répéter et c’est une autre page que je viens de tourner… Ou plutôt non, de déchirer et de froisser, comme toujours. Un peu moins peut-être, puisque j’ai respecté cette relation au point de ne commettre aucun impair, pour une fois, pas même de mensonge, ni de flirts absurdes. Pas de violence non plus, quelques rares disputes monocordes toujours vite réglées…

 

Mes larmes coulent en silence a présent, alors que se bousculent en moi toutes ces absurdités. Elle a disparu, s’est engouffrée chez elle. Je n’ai pas encore démarré. Je me hais d’essayer d’atténuer ma monstruosité avec cette conscience faussement propre. Je ne l’ai pas trompé physiquement, certes, mais je nous ai leurré tout le long, en parfaite connaissance de cause. Comme toujours, j’ai refusé de voir les conséquences possibles, en coupant net toute volonté de projection dans l’avenir. Négligeant et fier, j’ai, comme d’habitude, affirmé avec candeur que je voulais vivre au jour le jour… Je me rends compte a présent qu’il ne s’agit pas d’un mode de vie honorable, juste d’un déguisement de luxe pour une lâcheté sans bornes.

 

Je repars enfin, le cœur brisé et débordant de haine a mon égard. C’est alors que Dépêche Mode m’achève sur Question of Lust et que je me mets a chialer a gros bouillons.

 

 

 

Fragile
Like a baby in your arms
Be gentle with me
I'd never willingly
Do you harm

Apologies
Are all you seem to get from me
But just like a child
You make me smile
When you care for me
And you know......

It's a question of lust
It's a question of trust
It's a question of not letting
What we've built up
Crumble to dust
It is all of these things and more
That keep us together

Independence
Is still important for us though (we realise)
It's easy to make
The stupid mistake
Of letting go (do you know what I mean)

My weaknesses
You know each and every one (it frightens me)
But I need to drink
More than you seem to think
Before I'm anyone's
And you know......

It's a question of lust
It's a question of trust
It's a question of not letting
What we've built up
Crumble to dust
It is all of these things and more
That keep us together

Kiss me goodbye
When I'm on my own
But you know that I'd
Rather be home

It's a question of lust...

21:13 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Extinction des feux de détresse

Sur le papier, ça a l'air d'une simplicité biblique, aligner des mots au sujet de son propre plat quotidien... Mais ma plume est aride, asséchée. Et pour cause, le réservoir dans lequel j'allais puiser de quoi m'étaler et me répandre est lui même totalement a sec.

Imaginez plutôt ; Il fait 30° dehors, un soleil inouï baigne le béton et le bitume de mon village capitale. Les rues pullulent de sourires ravageurs, de gambettes à nu et de nombrils impudiques. Bières et cocktails rafraîchissants se dégustent sur toutes les terrasses. Les fêtes se multiplient, les barbecues se succèdent et moi, je reste enfermé ici, dans mon duplex rouge, a jouer au poker en ligne, m'éclater a la Playstation projetée en 2m de diagonale, ou plus simplement occupé a lire, à roupiller, picoler, zoner...

J'ai plus mis un pied sur un dancefloor ou dans un bar branchouille depuis des mois. J'évite comme la peste les soirées pour  privilégier, de temps à autres, un petit dîner en comité restreint. Mon propre anniversaire cette année s'est limité a une douzaine de convives alors que l'année dernière, l'appart débordait de monde jusqu'a l'aube. Je ne drague plus. Je ne flirte plus. Je n'ai même plus le goût, l'idée ou l'envie, même lointaine, de tromper ma légitime. Ma libido, en dépit du printemps brûlant que nous traversons, reste prisonnière des glaces solides du zéro le plus absolu.

Ne me plaignez pas, je ne suis absolument pas malheureux, que du contraire. La paix. La liberté. L'expression parfaite de mon égoïsme médiocre me satisfait. je suis le mollusque jouissant de sa coquille. Je suis la vache dans le train absorbant de ses yeux mornes des kilomètres de prairies sans vie qui défilent en parallaxes a 300km/h. Ca ne va pas. Mais ca me va bien. Ou pas trop mal. Qu'en sais-je après tout ? Avec quoi puis-je comparer, puisque tout a depuis si longtemps le même goût fade ? Ais-je oublie le parfum du vivant, la saveur de l'amour, l'ivresse de la joie ? Qu'est ce que signifie cette pesanteur, cette insensibilité, ce "no feelings land", ce calme plein, silencieux, boueux, dans lequel je m'enlise ?

Je ne picole plus, j'ai arrêté de fumer, je ne baise pas, je ne sors pas, je bouffe, oui, je me remplis de cette satisfaction rassurante, quelques fois par jour. Je suis une lampe en mode veilleuse. Doucement, je m'éteins. Ou suis-je ?

21:08 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/04/2007

Ou Pas ?

Je suis là... Depuis un bail, je flirte avec l'idée d'y replonger. J'en refais le tour. J'ouvre parfois une fenêtre de texte pour y taper quelques mots... et je la referme aussi sec, sans sauvegarder...

 

Postera ? Postera pas ?

 

J'ai réussi, à grand peine, a supprimer quelques addictions... Pourquoi me réplonger les doigts dans celle là ? Ais-je encore besoin de trifouiller mon nombril à renforts de paragraphes ? Retour à l'amour fécal, tout ce qui sort de moi est beau et bon, objet de vénération comme extension de mon identité ?

 

Besoin d'un miroir, encore, a mon age ? Et pour y voir qui ? Me reséduire ? Me refaire la cour ou le jardin ? Me refaire l'amour ou la guerre ? Exhibition de mes inhibitions ?

 

Revenir jouer le guignol, la carricature personelle sur cette minuscule avant-scène froide, coupée des projecteurs, endormie dans le noir, perdue dans l'oubli de ses anciens spectateurs ?

 

Ca me tente, je me tate.

12:09 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

21/09/2006

Envie de moi ?

Recommencer à écrire. Et pourquoi pas ? Taper sans relire. « Poster » sans revenir sur la moindre ligne. Retourner à nouveau se fouiller les tripes et le mou. Plonger en soi, s’y prélasser, s’immerger dans le spectacle total de l’égocentrisme, bien calé dans son fauteuil. Tapisser les murs de ma claustration mentale d’images de moi, de photos de moi, de souvenirs de moi, d’odeurs de moi, de traces de moi, d’émois de moi.

 

Envie de moi, a défaut d’autre chose. Un manque cruel d’ambition, d’imagination, d’appétit pour autre chose que ce gros bout de rien. Envie de moi. Par pure paresse. Envie de moi, de mon grand inconnu intérieur. Mon océan d’incertitudes, inépuisable de surprises. Retrouver le confort douillet de l’obscurité permanente. Salon première classe d’un paquebot qui prend la flotte, hublots grands ouverts sur un horizon de plus en plus penché.  

 

Je me suis laissé partir à la dérive pendant six longs mois. 180 jours, évaporés en quelques instants de conscience. Tout le temps pour moi. Presque aucune trace. Plus qu’une pause, une vraie parenthèse d’oubli. Mes cheveux ont copieusement poussé au point d’en devenir incoiffables. Mes panoplies de cadre cintrés prennent des plis parfumés à la lavande dans une garde robe quelque part a Paris. Ma vie est enfin devenue ce bordel permanent qu’aucune obligation particulière ne vient plus structurer. J’ai erré dans mes deux capitales en jeans, baskets, chemises froissées et vieux cuir râpé pendant une demie année. J’ai réappris la marche du vulgus pecum. J’ai ré apprivoisé les transports en commun, au milieu de cette foule que je croyais détester. J’y ai même fait des rencontres sympathiques qui m’auraient été impossibles, vissé en col cravate sur les sièges en cuir d’une voiture de fonction. J’ai bouffé mon capital licenciement, comme prévu. Je ne me suis privé de rien, sans pour autant commettre de folies irréparables. 

 

Je ne me souviens de rien, ou si peu. Des vacances en couple a Nice. Une nouvelle opération à Cochin. L’apprentissage lent et douloureux du poker. L’arrivée d’un nouveau Georges à l’appart, Sven, élu meilleur colocataire de l’année. Un anniversaire fêté sur deux villes. Que me reste t’il d’autre ?

 

Je relis quelques textes d’avant. Vingt minutes de vies pouvaient alimenter 4 pages entières. Et voila que six mois ont disparus dans un vide brumeux duquel émergent, épars, quelques évènements majeurs, flous, lointains, affadis. L’impressionnante puissance de l’oubli pèse de tout son poids dans l’équation finale : vaut il mieux se souvenir ou pas ?

 

Quand on traverse, sans destination précise, une vie banale d’un pas lent, pétri de paresse, qu’est ce qui mérite d’être retenu ? Quand on a pas connu les bas fond d’Hanoi, les plaines immenses de l’Australie, les forets millénaires de l’Amérique du nord, la vie fauve et musquée des marchés de Bamako, quand les seuls espaces grandioses ne sont perçus que par l’intermédiaire glacé d’un écran ou d’une photo de magazine, quand on est plus que le spectateur passif qui boit le monde, le petit doigt levé, dans les colonnes de la presse ou des milliers de journalistes sont payés pour encourir les risques que leurs millions de lecteurs ne sont pas prêts a prendre eux même, que dire, de quoi se rappeler, que graver dans les sillons gras et humides d’un encéphale bourré jusqu'à la gueules d’anecdotes puériles et de messages publicitaires débilitants ?

 

Qu’est ce qui pourrait bien avoir suffisamment d’importance pour ne pas être effacé, oublié ? Qu’est ce qui marque une vie au point de devenir inoubliable ? De combien de dates et d’événements vous souvenez vous avez une précision photographique ? Le 11 septembre 2001 ? Oui, et après ? le 9 novembre 81 ? Pas mal, quoi d’autre ? Votre naissance ? Ca se précise… Votre mariage ? L’anniversaire de votre femme ou de vos parents, la venue au monde de vos gosses ? De moins en moins facile, n’est ce pas ? 1515 Marignan ? L’appel du 18 juin ? Le débarquement en Normandie ? Quelques autres dates obligées, enfoncées a coups de règles jusqu'à en devenir indélogeables dans votre jeune cerveau de jadis ? Oui, et puis ? Et puis rien… Entre ces sommets, des abîmes de rien, de flou, d’oubli. Jusqu'à avant-hier, impossible de se rappeler sans effort ce qu’on a mangé, ce dont on a discuté, ce qu’on a ressenti.

Alors a quoi bon, tous ces moments uniques, merveilleux, ces petites perles de vies dissoutes en quelques heures dans l’océan sans fond de l’oubli perpétuel ? Rien n’est important, rien n’est suffisement capital pour pouvoir résister a la digestion sans retour du néant qui nous engloutit tous et toutes, qui finira par avaler Jesus, Hugo, Shakespeare, Abraham, Hitler, Kennedy, Ben Laden, Nobel, Bill Gates et consorts, qui viendra a bout des mers et des montagnes, du monde lui-même. Ainsi soit il. Burps.

 

Tels des Cyclopes, nous connaissons parfaitement l’issue. Privilège du vivant conscient : réaliser sa parfaite insignifiance face a l’oubli du monde, pour ensuite tenter de l’oublier elle-même et enfin croire à son importance propre.  

 

Pour des milliers d’entre nous, ça s’appelle un blog.

11:50 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

20/08/2006

Poker Family

 

Je ne suis pas un fana de la pub sur le net. Celles qui vous sautent à la gueule en pop up ne sont pas de mon fait et j'en suis le premier navré, puisque je les subis comme vous (d'ailleurs, je propose de faire moitié moitié sur le payement de mes royalties avec la personne qui m'indiquera comment remonter jusqu'a la boite qui m'a collé ces pubs sauvages).

Mais pour une fois, je vais vous balancer un lien. Il s'agit du site de Poker en ligne que je fréquente le plus souvent ; Titan. Je suis en général aux tables de Texas Hold'hem No Limit sur les petites mises. Si vous aimez jouer ou si vous avez envie de perfectionner votre jeu, allez y, c'est absolument sans danger ni obligation ...et... c'est gratos... en tout cas vous pouvez (comme je l'ai fait pendant longtemps) jouer pour du "play money" et meme participer pour kedalle a des tournois qui gratifient les 50 permiers de quelques billets verts.

Si vous vous inscrivez a travers ce lien, vous serez officiellement un de mes filleuls et vous recevrez des bonus :

 

http://www.titanpoker.com/fr/friend/Jorael

 

Il y a un plugin a télécharger. Encore une fois je vous assure, c'est safe. J'avais moi meme les boules avant de m'y lancer mais c'est un site pro, bien géré et honnête.  Si vous vous y perdez, écrivez moi.

Pour l'instant le poker ne m'a pas couté un franc et m'a rapporté une petite 50aine d'euros. Ca parait ridicule, mais a coup de mises de 1 centime, il faut un certain temps pour amasser tout ca. C'est le seul loisir lucratif que j'aie jamais pratiqué et... c'est drolement fun.

Pour les amateurs éclairés, j'organise aussi des parties privées chez moi (a bruxelles et a paris) avec jetons, tapis vert, et tout le tremblement... Ecrire bureau journal :)

A bientot autour d'une table.

Si le sujet vous passionne comme moi, voici deux blogs francophones incontournables sur le poker :

www.clubpoker.net : le club de tous les passionnés français des plus obscurs aux plus célèbres.

www.over-pair.com : ou Poker Gagnant, le site officiel de François Montmirel, joueur pro, traducteur, editeur et écrivain de nombreux ouvrages sur le poker.

19:07 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : poker, texas holdem, holdem, poker online |  Facebook |

16/08/2006

Is this the end ?

Le temps passe, les cheveux poussent, les jours rallongent puis racourcissent et rien ne se précise. Voila trois mois que je n'ai pas "posté" une ligne, pas même un mot. Trois mois, la plume en berne, l'encre seche. Rien ne sort, tout s'évapore. Grace a l'abandon de ce journal j'ai suspendu l'angoisse du temps filant. Et la voila qui décore, immobile, flottante, le plafond de mon présent à rallonge, indéfini. Vautré dans une paresse moletonnée, je ne m'inquiète presque plus de rien. La seule mesure de ma tranquilité, c'est le pogon qui fout le camp, doucement... le Zéro approche petit à petit. Lorsque j'entrerai dans sa zone d'influence, il faudra que je me bouge à nouveau pour realimenter la cashmachine dont dépend ma survie de pacha. Toujours coincé entre deux villes, je rythme mes semaines aux passages des thalys. Je suis une vache de luxe qui regarde passer la vie depuis l'intérieur du train. Coté santé, un passage supplémentaire sur le billard a achevé de me convaicre qu'il fallait divorcer d'avec miss nicotine. Me voila abstinent depuis plus d'un mois maintenant. Apres 20 ans d'une fidélité nocive, dévorante. Je ne dirais pas que je me sens mieux, ni même que la tentation s'évanouit doucement au fil des litres d'air pur que je respire depuis. Je ne suis pas un non fumeur, a peine un fumeur abstinent, repenti, qui doit s'aguérrir d'une vigilance de tous les instants pour ne pas retomber dans le vice. La médecine française vaut bien la belge, mais les hopitaux parisiens sont d'un glauque consommé qui m'ont valu un haut le coeur et un sanglot réprimé le soir de mon admission. Soit, c'est le passé, déja. Le coeur lui se porte bien. Aux soins exclusifs de Catwoman, comme tout le reste de mon anatomie, quand l'envie la traverse. Quelques jours de repos a Nice, avec vue sur mer en direct de la promenade des anglais, m'ont permis de prendre bon teint. Pour le reste, je suis tombé amoureux du poker que j'étudie sans relache depuis deux mois. Texas Holdem no limit. Parties entre amis, cash games et tournois sur internet, tout est bon. Je joue des microsommes et ... je gagne. Ceci dit, il y a un vrai travail d'éducation derrierre ces résultats, et je possède une bibliothèque de plus en plus conséquente sur le sujet. Si jamais je me remets régulièrement au clavier, les posts sur le poker ne manqueront pas. Et non, plus de sorties délirantes, de soirées aux frontières de l'aube, de délires toxiques, de cocktails foireux, de rateaux en soldes, de spleen au quintal. juste des cheveux qui poussent et le temps amorti. Je ne sais meme pas pourquoi j'écris ces quelques lignes, peut être pour le plaisir de me rendre compte que je n'ai enfin rien à raconter... Mais c'était déja le cas depuis le début de cette expérience. Peut etre plus pour rassurer et remercier du fond du coeur les quelques afficionados qui passent encore régulièrement ici et qui me le font savoir ailleurs. Est-ce la fin ? Seul l'avenir nous le dira.

18:08 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

19/05/2006

Du vernis sur la détente

« Les mecs, quand même, vous êtes incroyables »Elle me lache ca dans un sourire honnête. A l’autre bout de la ville, sa meilleure amie vient de raccrocher après lui avoir lancé son appel a l’aide. Je l’imagine les yeux bouffis de larmes, le nez rouge a force de morver et une nouvelle attaque de sanglots spasmodiques, puissants, irrésistibles, secouant sa poitrine jusqu'à en jaillir par sa bouche lasse de questions. Son couple vient de mourir, apres 10 ans de bons et loyaux sévices. L’amitié prend le relais, tente d’amortir la chute, de limiter la casse. Féline s’apprête a rejoindre Laurence, a tenir du mieux qu’elle pourra sa main aux ongles rongés, ses doigts blanchis par trop de tortions. Féline prend le temps de me regarder, tout de meme, avec ce sourire honnête, un sourire clos, qui me laisse comprendre qu’en cet instant, elle me voit comme un « mec », pas encore fautif, mais forcément comme les autres, sur la durée. Elle me regarde avec l’inquietude tendre qu’on adopte en jouant avec un bébé lion, adorable, encore innofensif, mais pour combien de temps.Dehors un midi printanier illumine la rue. Il fait enfin bon. Le printemps s’installe après s’être fait trop désirer. Je trempe mes babines mal rasées dans mon café. Petit déj synthétisé a l’extrème : une tasse d’eau microondée ou fondent, se dissolvent et se mélangent deux cuillèrées de mélase yophillisée, un sucre et un nuage de lait demi écrèmé. J’avale doucement. C’est bon, pateux, chaud, rassurant. J’attends qu’elle continue.« Incroyables… oui » reprend-t-elle… « Vous êtes capables de foutre en l’air une relation stable et enrichissante juste pour une partie de jambe en l’air… »Je regarde au dehors, les arbres fleurissent. Le sexe est partout. Quoi de plus obscène qu’une fleur, apres tout, un organe sexuel criard, affamé, encore vierge, nauséabond. Et ces demoiselles qui plongent le nez dedans...« qui ? » lache-je, le regard perdu sur les pétales roses et blancs« qui quoi ? » répond elle, un peu perdue. « qui fout tout en l’air ? »« Ben vous, les mecs, juste pour une histoire de cul !»« Est ce nous qui foutons tout en l’air ? C’est vrai qu’il arrive qu’on tire des coups en douce… Mais est ce nous pour autant qui bousillons le couple ? »« Mais enfin oui, par la tromperie vous… »« Féline, honnêtement, est ce que ce sont les mecs qui prennent la décision de la rupture, apres un coup de canif dans le contrat ? »Elle ne répond pas. Un silence ovale se fige entre ses levres entrouvertes. J’y mettrais bien ma langue, jolie fleur. Je n’ai pas besoin de dire a voix haute le reste de ma pensée. Elle ne voudra pas l’entendre, même si déjà elle évalue les contours de la partie immergée de cette vérité masculine ; un homme heureux, c’est un type qui aime tendrement sa femme et ses gosses, qui baise des gamines, des salopes et peut etre meme bien des putes des qu’une envie de se purger les couilles lui tenaille le ventre. Un homme heureux c’est un type marié avec une épouse aimante, fidèle et jolie, et dans la poche, un blanc seing tacite pour des galipettes a gogo. Je parie mon bras gauche, qu’un mec dans cette configuration là fêtera dignement ses noces de Diamant dans les bras de son unique épouse. Tous les mecs de la terre passeraient leur temps a baiser des filles différentes, 5 ou 10 fois par jour, si le monde était un immense bordel gratuit. Non, ce n’est pas « nous » qui prenons en général la décision de faire voler en éclat un couple suite a un coup de bite en dehors du terrain de jeu. Ce sont Elles. Elle le font, rageuses et meurtries, par ce que, pour la majorité d’entre elles, ouvrir les cuisses est un acte d’amour. Elles ne comprendront jamais qu’il n’y a strictement aucun lien entre nos cœurs et nos queues, qu’on peut en aimer une en baisant deux autres.Je la regarde. Elle est jolie. Je crois que je l’aime vraiment cette fois ci. Ca fait quatre mois. Je ne l’ai pas encore trompée. Un record précieux que je respecte.Le couple est l’otage de la morale bien pensante qui s’assure, en lui mettant le flingue sur la tempe, que notre généreuse libido ne s’exprimera qu’a l’intérieur des limites fixées. Un pied en dehors, et c’est l’exécution sommaire. En général, le doigt sur la détente porte du vernis à ongles.Elle rigole, secoue la tete et me dit « non non non, je ne veux pas entendre ca, je ne veux meme pas savoir que mon amoureux pense comme ca… je suis encore endormie, j’oublie, je file »… Et elle m’embrasse puis prend son élan pour dévaller l’escalier et partir a la rescousse de son amie blessée au couple. Oui, décidément, je crois que je l’aime.

18:45 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

Un jour viendra...

Un jour viendra, un jour où je tiendrai mes promesses. Un de ces quatres jeudis, lors de cette fameuse semaine où les paons auront les boules. Depuis toujours je sais qu'il ne faut jamais me laisser proposer un délai, me faire confiance à date fixe, m'emprisonner dans un engagement quantifiable. Ma patrie, c'est le flou, pas même artistique, juste complèt. Une vie aqueuse et confortable, douillette meme, avec des couleurs qui bavent bien en dehors des traits fixes et précis qui délimitent les existances bien nettes. Une vie de myope qui refuserait de porter des lunettes de peur de se blesser les yeux sur les contours aigus de la réalité. Je ne vis pas, je flotte plus que je nage, comme d'hab, sans rien décider. Je me laisse porter par un courant doux qui me berce fidèlement depuis ma petite enfance.Je n'ai jamais eu le courage d'être vraiment vivant. Rien ne fait mon bonnheur, ou si peu, juste un gout de joie fugace qui s'évanouit au cours de l'instant. Ni une femme, ni une bagnole ni un salaire a quatre zéros ne me feront jamais me sentir complet. Je ne suis pas complet. Je suis une sorte de débris qui s'échoue de plage en plage, une putain de noix de coco stérile rongée par le sel, tannée par le soleil, fatiguée d'errer. Je n'ai rien vu du monde et j'ai pourtant déja l'impression d'être revenu de tout. Cocktail solitaire sur la place rouppe en attendant ma blonde. Un soleil exceptionellement généreux pour cette mi-mai pourrave, tire discrètement sa lumineuse révérence et laisse se glisser derrièrre lui une bienheureuse pénombre, douce, parfumée. Planent dans l'air les fumets des restaurants enterrassés, les effluves des filles courtes-vêtues, un relent de béton chaud, un esprit de ville, qui respire enfin, qui résucite au printemps. Je sirote un Mafioso. Bourbon, Amaretto et cirtron vert, délicieux.Et le temps passe… et je n’écris rien.Pas la moindre ligne, pas le plus petit mot. Je croyais que le temps enfin en ma seule possession, j’allais me tailler à la pointe de la plume un vaste unviers créatif sans contrainte. Au lieu de cela j’alterne des périodes de cavale et de longues plages végétatives. Sorti du monde du travail, de ses frustrantes réalités, de sa contingeance, je me retrouve bienheureux et détendu. Dès lors, en quelle source puiser l’énergie d’écrire, mon encre d’amertume seche et épuisée, sur quel sujet lacher les boucles et les jambages. A quoi bon ?Je ne me sers de l’écrit que comme exutoire. A présent je flotte, c’est une sensation agréable. Je suis financierement autonome pour encore 3 ou 4 mois. Je me levre a l’heure de mon choix, je me promène a Paris dans mon quartier adoré qui respire enfin le lilas et l’herbe fraiche, ou a Bruxelles, profitant des noctures, de l'amour, des petites choses qui rendent cette cité si parfaite. Entre les deux, le Thalys, comme toujours, avec cette fois-ci une vraie sensation de tourisme.Quand je travaillais j’avais toujours envie de faire autre chose.Aujourd’hui je me rends compte que cet « autre chose », c’est « rien ». Envie de continuer a flotter, quitte a bronzer idiot. Des vacances a perpete, allongé confortablement sur le merdier de la vie. Quand je vois des types jeunes en col cravate courrir apres les trains et les taxis, le gsm scotché sur l'oreille, je me dis que je n'arriverai peut etre jamais plus a retravailler normalement. Ni meme à le désirer. Je flotte et je fonds. Je me dilue dans le temps présent. Que restera-t-il de moi dans quelques semaines ? Bonne question.

18:22 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

06/04/2006

Errance

Et puis, arrive un jour ou l'on a plus rien à faire...

Le pied non ? Trainer au pieu, j'usqu'a plus soif, jusqu'a sentir ses propres muscles se dissoudre d'incactivité, jusqu'a regarder passer les heures du jour sous la faible lueur qui filtre d'en dessous du volet... Le lacher prise complet, la parfaite déchéance. Au planning ? Il n'y a rien. Soudainement, c'est le vide le plus absolu. "Je" deviens mon seul et unique sujet de préoccupation. Et pour ce que je m'en préoccupe, ca ne pèse pas grand chose. Quoi de plus normal apèrs tout, qui m'as appris a me faire vraiment passer en premier dans mes aspirations quotidiennes ? Personne. Il y avait toujours quelque chose de plus urgent, de plus important, de plus fondamental a faire passer avant. Je me rends compte avec une certaine amertume que ce "moi" que j'aspirais à retrouver, à vivre pleinement, n'était qu'un fantasme, qu'une évastion, une sorte d'échappatoire pour mes heures de cadres trop remplies. Ce moi n'existe pas vraiment. Il n'est qu'un insctint animal qui souhaite se nourrir et dormir autant que possible. Ce "je " que je croyais si important n'existe que par la force de la contrainte. Laissé a lui même, il devient une flaque dissolue de désirs primaires sans autre fondement que leurs satisfaction immédiate.

Alors oui, j'ai laché la cravate. Pendant une bonne longue semaine je me suis goinfré de grasses matinées et de promenades inutiles, je me suis gratté les couilles dans le canapé en jouant a la playstation sur l'écran démesuré du vidéoprojecteuir, loin, très loin de tout ce que je m'étais promis. J'ai passé mes journées a trainer de cafés en boutiques. Montmartre, c'est le bonheur de la boheme. Oui, j'ai glandé, jusqu'au dégout de moi meme. Pas comme des vacances, non, ces choses là ont une fin, mais plutot comme une fin de soi aux allures de fin du monde. Juste vivre avec un objectif zéro. Rien à prouver. A personne. Regarder les heures défiler au reveil, se renfrogner la tronche dans l'oreiller et s'accorder une heure de plus sur un temps que plus personne ne compte. Sans contrainte je n'existe plus. Je suis. Et je ne suis pas habitué à être.

La tronche décalquée, les cheveux en bataille, la barbe naissante, je me suis retrouvé face a moi meme. Je n'ai vu qu'un animal avide de sensations.

Dans mes boites mails s'accumulent les invectives. On voudrait que j'écrive, on voudrait que je me manifeste. Des lecteurs, des amis, des parents memes, quel que soit le degré, me tancent et m'exhortent a sortir de ma lethargie. Tout ces mots me font exister en dehors de cette sphere de chair et de m'enfoutisme que je trimballe depuis quelques jours. Mais sachez néanmoins que je découvre le vrai vice de l'écriture. Car tout ce que j'ai écrit, je l'ai puisé sur du temps volé, comme un congé clandestin, une libération clandestine sur des heures payées, un exutoire, un défouloir de première classe. J'écrivais sous la puissante contrainte de la vraie vie. Et la, face a moi meme, je dois bien avouer que je bulle. La véritable écriture est affaire de discipline. J'en manque gravement. A l'image de tous ces gens qui ne prennent la plume qu'au plus mal d'eux meme, j'ai besoin d'être contrit, mutilé, atteint, blessé, martyrisé, défait, floué, baisé ou torturé pour laisser couler les mots en dehors de moi.

Comme ce soir, par exemple, j'ai du attendre l'ivresse, pour qu'au bord de la nausée, je vienne coucher ces mots en résistant a l'envie pressante d'aller retourner le contenu aqueux de ma panse aux abysses de mes chiottes. Je me suis promis d'écrire deux heures par jour a partir de la semaine prochaine, la fin de mes vacances. Je vous expliquerai un peu mieux la fin d'une existance et le début hasardeux de celle-ci.

Mais, en dépit de ce préambule foireux, je voulais surtout laisser un "MERCI" capital a tous ceux qui m'ont appelé, écrit ou visité, y compris à ceux qui m'ont a proprement parlé "engueulé" pour que j'écrive. Ce que je fais est merdique, jusqu'au bout de l'étron. Mais vous n'avez pas idée a quel point chaque commentaire, chaque mail, chaque appel, chaque mot laché autour d'un verre m'est d'un profond réconfort. Chacune de ces phrases me lie au monde des vivants. Et Dieu sait si, dans mon errance, j'hésite a vouloir y retourner.

 

I'll Be Back.

 

 

 

03:47 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (23) |  Facebook |

15/03/2006

Hypersomnie

 

A l'intérieur, c'est le ralentissement. Perte de gout. Perte d'envie. Sensation de pesanteur. Envie de dormir. De dormir pendant des jours, pendant des mois.

Inutile d'infliger ma prose à qui que ce soit, pour l'instant. Ce que je balance sur la page est d'une noirceur angoissante. Rien de "bloggable". Aucune envie de faire grincer les cordes des violons de mes plaintes. Vous avez tous vos soucis.

Le calme avant la tempête. Comme on se recroqueville en priant avant l'impact. La peur tétanise toute la machine. Immobilité. Inertie. Absence. Pourtant le décor défile à toute vitesse. Je me prépare à mon apocalypse personnelle. Balayer mes chateaux de sables. Anéantir des années d'effort. Revenir au point de départ, pour mieux repartir.

Envie de pleurer. Pour rien. Pour n'importe quoi. Désir de noyade douce. J'aimerais couler a pic au fond de mon propre sommeil, rejoindre un monde de songes plus réels que ma non-vie actuelle. M'y oublier. Y devenir Dieu. De l'autre coté. M'y désintégrer. Cesser d'être. Apnée éternelle.

 

Coté scène, l'attente se perpétue. A l'extérieur de moi, il y aura quelques luttes de principe avant de prendre sur mes épaules le fardeau énorme de cette nouvelle liberté. Ne croyez pas que ce soit simple. Ne croyez pas qu'un beau chèque règlera tout. C'est l'usure de soi. On y laisse sa peau et ses plumes. On jette ses valeurs aux orties. En affaire comme en amour, une rupture n'est jamais une réussite. Il n'y a pas de manuel, pas de notice. Deux entitès essayent de s'en tirer avec le moins de dégats possible. C'est en cours. On y travaille.

 

Merci de passer encore par ici.

Des nouvelles pour bientôt.

 

16:19 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

03/03/2006

A 14 heures

 

A 14 heures, je serai convoqué dans un petit bureau. Ils me diront enfin de quoi il en retourne. Une semaine et demie de stress permanent, de consultation effrenée de toute les références disponibles sur le licenciement, le droit du salarié, les méthodes de défense, et ainsi de suite. 10 jours a répéter la scène, à affuter mes arguments, à imaginer les questions, les réponses.  

 

C'est une belle histoire d'amour qui se termine. Oui, j'amais cette boite. Oui, j'y aurais bien passé encore quelques années. Des divergences de point de vue, d'opinion, de caractère en auront décidé autrement.

 

A 14 heures, je saurai enfin a quelle sauce je vais etre mangé. J'aurai besoin de force et de courage pour en sortir la tete haute, avec suffisement dans les mains pour ne pas trembler de peur a la simple évocation de mon futur proche.

 

A 14 heures, si vous pouvez, pensez à moi.

 

Les Chroniques reprendront bientot. Désolé d'écrire si peu pour l'instant. Bien à vous tous.

 

 

01:46 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

22/02/2006

Y a t'il un avocat dans la salle ?

 

Lettre remise en main propre contre décharge :

 

Monsieur,

 

Nous envisageons de procéder à votre licenciement.

 

(...)

 

Quand je vous disais que le point d'inflexion arrivait à grands pas. Ca fait un choc. Pas celui que je pensais. Un peu attendu. Un peu redouté. Comme quand on allume un pétard en se bouchant les oreilles. 

Il y a un mieux derrière, j'en suis certain. Il parait que l'idéogramme chinois qui désigne le mot "Crise" désigne aussi le mot "Opportunité".

Tous les conseils sont les bienvenus. Si quelqu'un a un bon avocat, qu'il n'hésite pas...

La suite pour bientôt.

 

18:34 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |