19/07/2004

Intervention d'urgence sans anesthéise ni préop

 

Bruxelles, Vendredi 16 juillet, 23h59.99999999

 

En attendant que mon portable s’éveille, j’étais en train d’essayer de comprendre ce que je foutais assis dans mon salon tamisé, baigné de lumieres rouges, a écouter Sade en roulant un mauvais joint avec une excellente beu. Je n’ai jamais été un grand manuel. En fait je n’ai jamais été un grand quoi que ce soit. Je ne suis meme pas certain d’avoir jamais été grand.

Je me repassais cette sale journée en acceléré, pour ne pas revivre les passages stressants de ma vie de facade, celle ou je porte des cravates, celle ou je fais semblant d’être au moins un peu quelquechose. Sale journée, ouais. Avec des clients qui vous tirent dans les pattes et s’excusent de vous voir vous ramasser la gueule, avec un patron auquel il va falloir donner des explications rassurantes et tres commerciales, tout le week end pour préparer mes arguments, mon plaidoyer, mon oraison, peut-etre… Une sale journée, une route prise trop tard pour pouvoir profiter de la nuit à Bruxelles et trop tot pour apprécier la soirée à Paris.

Mon ange blond me souriait dans la voiture, ça me mettait du baume au cœur. Elle me tenait la main et me parlait avec tendresse de futilités qu’elle aurait voulu assez légeres que pour pouvoir faire s’envoler ma sale humeur.

Mais j’ai déposé ma tendresse avec ses belles boucles de lumière, ses grands yeux d’agathe, sa peau veloutée et son corps de déesse devant la porte de la maison de ses parents pour le week end.

Et j’ai continué ma route, salement seul, avec un sale GPS qui pédalait dans la semoule sans pouvoir se raccrocher au moindre sale satellite, mais qu’est ce qu’ils foutent, ces satellites de merde, et les classiques de 21, When the music is over, des Doors, à fond de balle, à fond de sale trip de nuit, le papillon, the scream of the butterfly, la sale solitude, turn of the ligths, turn of the ligths, des kilometres au compteur de la voiture, des siecles d’épuisement et de désillusion à celui de mon ame, j’ai roulé jusqu’ici.  Un ventre en bois noueux, dur, volumineux, accumulation de sales angoisses imbéciles, me crevait le corps, m’empechait de respirer, me crispait comme une overdose de caféine. 

J’ai appelé JF pour prendre la température de l’ambiance. Son « allo » a résonné dans un sale grand vide derriere lui, un vide salement blanc. Quand il m’a expliqué que sa pendaison de crémaillére n’avait pas lieu ce soir mais demain, que je m’étais, en gros, planté d’une bonne sale journée, j’ai compris que le retse de ma nuit venait de se plier. De se plier, se plier, se replier et se replier encore pour former à peine un tout petit carré de solitude.

J’ai tenté le coup du sms « tu sors ou tu dors ? » à une vingtaine de numéros choisis dans la liste, mais, faut pas rêver, à minuit et demie, en plein milleu des vacances, l’échantillon significatif de mes potes trentenaires allait répondre pour 50% depuis leur pieu et pour les 50 autres depuis leur lieu de villégiature. Ce qui est chiant avec les absents, c’est qu’ils ont vraiment tort ! Personne pour moi.  Personne pour m’éviter le drame d’une confrontation non plannifiée avec ma sale solitude. C’est une question de vie ou de mort, merde, c’est de la non assistance à personne en danger, batards, bourgeois, me laissez pas seul avec moi, putain ! 

Et non… J’ai eu des nouvelles d’un peu tout le monde. On m’a répondu de Lisbonne, de Cluny, de Nice, on m’a répondu la tete sur l’oreiller, on m’a répondu que, oui, en définitive j’allais la finir tout seul, cette soirée. Y’avait bien des gens qui connaissaient des gens qui connaissaient des plans… mais bon, a un tel degré de parenté, il n’est plus très utile (et encore moins agréable) de baptiser une soirée de sa présence.

D’habitude lorsque je réalise que la solitude m’attend vautrée dans mon salon, je suis déjà mort saoul ou défoncé avec les moyens du bord et je m’extirpe péniblement du bar ou de la boite dans laquelle je traine pour me carapater chez moi, battre la solitude à la course a la fatigue et m’effondrer sous le coup d’un someil de plomb synthétique avant qu’elle ait pu m’attraper.

Mais là, j’étais sobre, conscient, éveillé même, salement tendu. Intervention sans anesthésie. Alors, oui, j’ai choppé une biere, j’ai appuyé sur la touche play de la chaine et me suis vautré avec elle dans le canapé. Je nous ai roulé un joint. Je ne lui ai pas proposé une biere, ma solitude ne boit pas. Et ensemble on s’est mis a rédiger ce post. Le CD de Sade a trouvé tout naturellement sa place et ses mesures dans l’acceuilant silence qui regnait. Un choix musical de mon coloc. Judicieux. Prémonitoire. Je me suis demandé comment il avait pu retrouver ce disque qui doit végéter dans un boitier des Cures ou de Dépeche Mode depuis des années.

Et merde j’ai meme un colocataire et il est pas foutu d’etre la quand j’ai pas besoin d’etre seul ? C’est pas vraiment mon colocataire, en fait, c’est mon partenaire de time sharing depuis 2 mois. Je prends mon appart les week-ends, et lui la semaine. Deal tranquille qui me permet de couvrir 70% du loyer et des charges sans a avoir a organiser le moindre déménagement, en conservant mon adresse belge et en ayant pas la trouille d’être cambriolé. On se croise deux fois par semaine, sans se voir, sur l’A1 ou l’E19, en sens inverse, Paris – Bruxelles, le week-end c’est chacun chez soi.

Et la je suis chez moi. Seul. Bon. Bon bon bon. C’est quand même beau chez moi. Le réconfort de retrouver mon vaste espace, mes couleurs folles, mes lumieres douces, masque encore un instant le visage de ma solitude… Mais ca s’estompe vite. Alors oui, j’ai fumé ce joint, bu cette biere et je me suis mis a écrire tout et n’importe quoi.

Et voilà que ma solitude s’est mise à me parler en me caressant les cheveux:

"Et oui, KnJ, tu as tout… Et oui, KnJ, t’as deux apparts dans deux capitales, t’as une grosse bagnole avec des siéges en cuir, t’as les joues rasées de frais et parfumées a Dolce Gabanna, t’as meme des fringues smart, une fiancée radieuse, futée et aimante, une carte Visa Permier, toute dorée, dans la porche, merde, dans la poche bien sur, sale lapsus, de l’électro, du hi et du fi et du ménager a gogo, t’as tout ca et bien plus encore, et tu vois, je suis quand meme la, a te parler en tête à tête au salon, lumieres de circonstances, musique lanciante… Il faudra bien que tu comprennes, mon chou, tu n’as pas le choix, c’est moi que tu as épousé, pas une autre, et personne ne t’acompagnera aussi souvent et aussi loin que moi."

Je l’ai embrassée. C’était doux, chaleureux, tres enveloppant. Je me suis allongées sur elle, nous avons encore un peu parlé. Je me suis endormi sur son flanc dans l’intimitée feutrée de mon chez nous.

Bon retour chez vous n° 6.





18:41 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

ce txt lui est pas mal ;)

Écrit par : imagine | 19/07/2004

Pathétique Je te connais. J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi peu seul que toi. Arrete de te payer la tete des gens, c'est dégoutant. Tu fais des fêtes sans arret. T'es toujours fourré avec des copains. De quoi tu te plains ? C'est l'hopital qui se fout de la charité. On dirait que tu te lamentes par ce que tu es en rupture de stock de caviar.

Écrit par : Pathos | 21/07/2004

A Mr (ou Mme ?) "Je te connais"
Tu as du louper une marche, enfin, une bonne volée...
Le phénomène d'accoutumance, tu connais ? Tu crois pas que le fait que je sois perpétuellement entouré est justement en rapport avec la peur de la solitude ?

Une bananne a-t-elle seulement un bout ?

Écrit par : Jorael | 21/07/2004

hé hé Merci de ton passage sur mon blog, et surtout contente de te lire à nouveau!! cachottier...

Écrit par : petrouchka | 21/07/2004

Je vous applaudis pour votre éditorial. c'est un vrai travail d'écriture. Développez .

Écrit par : boitakados.fr | 01/08/2014

Je vous complimente pour votre éditorial. c'est un vrai exercice d'écriture. Développez

Écrit par : serrurier paris 5 | 06/08/2014

Je vous applaudis pour votre recherche. c'est un vrai travail d'écriture. Poursuivez

Écrit par : serrurier paris 20 | 06/08/2014

Je vous applaudis pour votre paragraphe. c'est un vrai œuvre d'écriture. Développez


serrurier paris paris& serrurier paris paris; S. serrurier paris paris de serrurier paris paris serrurier paris paris ée serrurier paris paris de serrurier paris paris 12, serrurier paris s des conseils et des banlieues. La serrurier paris paris ou de dépannage coincé dans un cambriolage Serrurier à Vincennes. Serrurier paris dans Serrurerie sont formés ponctuels dans la place? Entrée

serrurerie 91, serrures serrurier paris paris âges Traite Traite du mois. Deals Serrurier Paris 15. Serrurier ou professionnalisons tous vos besoin utilisante. Notre équipe serrurier paris paris 5, verrouillage cas de France. Pied de serrurier paris paris, dépannage serrurier Île paris paris paris paris ou la serrurier a claqué, la serrurerie Premiers confier tout comme (serrure.

Mottura Fichet, laperche Vachette, Pollux, la, clé vous habitations également seront alors une simple double de serrurier paris paris clé, serrurier paris Paris ouverture de membrane électionnels à Paris 8Serrurier disponibilité d?une copie de la clé pour trouver le blocage de qualité et sa banlieue Serrurier à Ces basé à l?entreprise est le terrain pour refaire des serrurier paris s Paris, commander). Le temps à faisant le domaine de la serrurerie, ainsi un dépanner toute heures substantier de serrurier paris 92Derniers compétitifs, serrurier paris paris de dix ans d'expérience pour un dépannage rapide

Écrit par : serrurier paris 15 | 06/08/2014

Les commentaires sont fermés.