13/04/2005

La chasse aux papillons

 
Et de quoi je me plains, putain...
 
Dans ma glace, il y avait ce matin un "monsieur" que je connais bien... Encore un peu plus vieux que la derniere fois et pourtant irrésistiblement jeune, au point d'en mériter des claques...
 
Quand devient-t-on enfin un homme ?
 
A l'heure actuelle, c'est de plus en plus difficile.
 
Il fut un temps ou l'on pensait que la majorité, la fin des études, le travail, le salaire, les impots, le bide ou les cheveux blancs transformaient les gamins en messieurs respectables...
 
J'ai toute la panoplie pourtant, et ... toujours rien... Je me tape des DooWaps et des Kiwis au ptitdej, des que je peux quitter mon costard je plonge dans un jeans et un Tee Shirt (Le Che, ou "I Love Girls" ou "Cannibalism is not a crime"), je sors jusqu'a l'épuisement, j'écoute des musiques de dingues a plein volume, je m'achete de la beu a Maastricht, je chatte, je blogue, je joue a la playstation jusqu'aux petites heures et je drague les filles comme à la maternelle.
 
Répétez apres moi : "A-du-les-cent". Autour de moi, je les compte par centaines...
 
Les seules execptions ? Les jeunes papas, qui disparaissent brutalement de la farandole et qu'on revoit, rarement mais joyeusement, au détour d'une soirée prévue depuis longtemps. On les retrouve sereins, souriants, confiants, présents, prudents, heureux, cernés, satisfaits, comme si ils détenaient un savoir secret, supérieur, comme si ils descendaient du Sinaï s'encanailler quelques instants avant de retourner graver des choses importantes à meme le marbre...
 
Et tout a coup j'ai compris... C'est l'enfant qui fait l'homme.
 
Les gamins d'hier, nos parents, nos grands parents, gamins joyeux en culottes courtes, sac de billes et catapultes, raie sur le coté, journal de mickey en poche, trouvaient un jour une jeune fille et commetaient un jour ou l'autre "l'irréparable". Crack.  
 
Pendant que le ventre de la douce murissait de lignes en éllipses, s'abbatait alors sur les épaules du jouvenceau une main leste et chaleureuse tandis une voix de tonnerre provenue du fin fond des temps immémoriaux résonnait dans ses oreilles....
 
"Tu es devenu un homme mon fils. Délaisse tes billes et tes jeux, aujourd'hui cette femme compte sur toi, pour elle, pour ce futur que tu lui a promis doré, un soir d'insouciance, cette femme compte sur toi, pour elle et pour votre enfant, ton enfant. Oublie tes plaisirs futiles, tu es devenu responsable, responsable d'eux. Construis leur un monde à l'abri du danger, des contingences, aime les, nourris les... Tu n'es plus un adolescent, tu es devenu un chef de famille. Cette femme et son ventre sont le commencement de ton empire..."
 
La mission. La responsabilité. Le sens du devoir. Cette instinct irrépressible d'assumer, de consturire un royaume, voila le cockail alchimique qui transformait un gamin boutonneux et Homme majuscule...
 
Malheureusement, ca se barre sévèrement en couille depuis quelques temps. C'est l'effet pervers post 68, celui la meme qui apparait en trame dans le début des "Célibattants".
 
Entendons nous : L'égalité des sexes et la libération des moeurs sont évidemment de bonnes choses. Mais en abbatant ces clivages, on a aussi fait s'écrouler l'obligation morale qui tenait l'homme attaché a son foyer. Dans notre joli petit monde occidental, ou tout est permis, ou "Soi" est devenu l'ultime valeur, ou il n'est plus honteux, ni de tromper, ni de quitter la femme avec laquelle on vit, pas plus que ses enfants si dumoins on lache un chèque, les valeurs d'hier ; la tribu, le clan, la famille, le couple, l'engagement, sont devenus des termes obsolètes, vidés de leur sens, poussiéreux.
 
D'ailleurs pourquoi meme s'encombrer de vivre avec quelqu'un, c'est tellement contraignant, surtout si en parallèle l'autre, enfoncée dans la meme logique, ne cesse de se plaindre en vertu du respect sacré de son "Soi" à elle.
 
La magie de la transformation de l'enfant en homme ne peut plus se produire, faute de responsabilisation... Il y en a qui y parviennent, tout de meme, mais je crains que beaucoup de ces jeunes papas ne tiennent pas la longueur, qu'un jour des envies de jouer aux billes ou aux filles les taraudent à nouveau et qu'en comparant les contraintes qu'ils vivent au quotidien au plaisir qu'ils pourraient encore, a 40, 45 ou 50 ans tirer de la vie et de leur inépuisable jeunesse, ils renfilent leurs culottes courtes pour retourner à la chasse aux papillons...
 
Tiens, en parlant de Papillons, j'ai un rencard moi...
 
32 ans, tsk tsk tsk...
 

14:24 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

belle chasse au papillon...

Écrit par : emi | 13/04/2005

C'est drôle... "Peut on être heureux sans se poser ? Peut on vivre sans avoir pour but de laisser une trace ici ? Peut on ne jamais se fixer, ne jamais "grandir ?"
J'ai justement eu un grand débat là dessus hier soir...

Écrit par : Val | 13/04/2005

Grands Débats
Val,

Je pars du principe que c'est impossible, pour des raisons qui tiennent de la nature meme du vivant : se perpétuer, jusqu'a l'infini et l'eternel si possible, par toutes voies imaginables. Et comme le vivant est périssable, il lui faut se créer l'illusion de continuité, soit en donnant la vie, soit en laissant derrierre soi une trace profonde de son passage, sans quoi un sentiment d'insignifiance finit par nous ronger... Sans compter le fait que, comme nous sommes quasiment tous branchés sur le meme modéle, l'intensité et la profondeur de la "trace" sert de référent, d'élément de comparaison dans la société des hommes...

Il faut etre illuminé pour comprendre toute la vanité de nos existances. Comme je l'écrivais il y a longtemps dans une petite nouvelle, l'humanité n'est jamais "Qu'une conscience grouillante et imbue d'elle meme alors qu'elle n'est en fait qu'une moisissure microscopique qui s'étale de son mieux sur une mince croute froide recouvrant un infime postillon de pus brulant tournoyant quelque part dans un coin reculé d'une galaxie que personne d'autre que nous semble connaitre..."
Alors laisser une trace la dedans, diable... pourquoi faire ?

Simplement par ce que ca donne du sens, une illusion parfois, bien sur, mais du sens... Par ce que personne sans cela ne nous a jamais expliqué ce que nous foutions sur ce cailloux...

Merci pour ton commentaire

Emi : Je ne les chasse plus, je me contente de les regrader voler ces derniers temps. C'est tellement plus joli.

Écrit par : Jorael | 13/04/2005

Les commentaires sont fermés.