28/06/2005

L'aUTRE

 
L’autre, là (sans majuscule, à ne pas confondre avec l’Autre avec majuscule) m’a
dit que je devrais prendre une plume, qu’à tout prendre au point où on en était,
le monde n’en était pas à une mièvrerie près et que si moi j’avais trouvé
agréable de le lire, ma foi, tout pouvait arriver. Je le lis, tous les jours un
peu plus, pendant qu’il vaque à ses occupations de Monsieur Huppé et Désaxé,
pendant que le montant de son compte en banque se déroule avec la même
inexorabilité que les pages de ce calendrier qu’on exècre tous les deux, et que
son âge, qu’il déteste plus que moi. Aucune envie de parler de moi, je m’en rend
compte, alors soit, tant pis, je parlerais de lui, c’est un début. Il ne s’en
prive pas, lui, d’ailleurs, de parler des autres, à coup d’initiales disséminées
à chaque ligne qui achèvent de convaincre que Monsieur est un être épanoui dont
le repertoire, au même titre que ses revenus, en laisse plus d’un rêveur, voire
jaloux. Soirée étrange, première fois aussi. Première fois que je rencontre le
soir même quelqu’un à qui j’ai parlé pour la première fois dans la journée. Non
je n’étais pas qui il pensait que j’étais, il n’imaginait rien pourtant dit-il
un peu plus tard, reste toujours que le moi qu’il imaginait si peu me devancait
de cinq ans. Laissez moi vivre mes années, laissez moi les boire, même. Quel
bonheur, je m’en rends compte, si à mon âge encore j’arrive à tromper mon monde,
et celui des autres. C’a été ma passion dès que j’ai été présentée à Internet.
Quelle déception quand je me suis dit assez récemment (sur l’échelle de ma vie): 
« Ciel. A 14 ans je m’amusais à en paraître 18, quand j’en aurais 18 ce sera
terminé, tout cela n’aura plus rien d’exceptionnel, une fois adulte, je n’aurais
plus le plaisir de me faire passer pour une adulte. Et merde, dans quoi vais-je
donc noyer mes longues soirées d’hiver ? » En avance sur mon âge et en retard
sur mon temps, avec mes idées rétros - ah, ma bien chère sœur, quel bonheur de
t’entendre me dire que j’avais un balais dans le cul, je donnerais à peu près
autant pour t’entendre à nouveau me dire ça que j’en donnerais pour revoir la
tête de Monsieur lors que j’avouais mon âge. Parce que oui j’ai des idées
rétros, oui, décider sciemment à 21 ans qu’à 45 on fera un gosse seule j’ai
trouvé ça moyen. Je ne comprends pas encore très bien pourquoi ce dandysme que
tu affiches, Grande Sœur, m’écoeure et à peu près autant que me ravit celui des
autres Hupés que le hasard m’offre de cotoyer. Snobber est tout un art, avec
quelques années d’entraînement de plus, peut-être t’accorderai-je un peu plus de
crédit. Revenons à l’autre, un peu trop libertin pour elle d’ailleurs, mais dont
je ne douterais pas si ce n’était le cas qu’il finisse avec elle – dieu ait son
âme. L’autre m’attire et me repousse à la fois. Je fuis chez lui ce que je
retrouve chez moi, cette soif d’intérêt et d’attirance dans le regard de
l’autre, cette passion dévorante pour l’admiration, l’envie incommensurable
d’être aimé, de charmer, à défaut – et c’est là toute l’horreur – d’aimer soi
même. Il m’attire pour le reste, pour les annés dont il me nargue, c’est
indéniable, pour tout ce qu’elles laissent plâner et qui m’échappe encore, assez
peu pour ces flatteries qui me laissent insensibles, davantage pour cette
provocation que je m’amuse toujours à retrouver chez les gens de son âge qui
sondent les petiots sur les terrains qui fachent, en vue de savoir si certains
mots leur font peur. J’en cache encore à peu près autant, sous mes mains pleines
de mots, que j’en cachais hier à l’ombre de mon chapeau, par conséquent, à suivre.


(Je n'ai pas résisté, tu vois... J'étais sur que ta plume vaudrait le détour... J'adore avoir raison. Au plaisir de te rencontrer encore.)

 


22:28 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

hé bé ! Je vois que tu fais (encore ) des émules !
Ah toi..eternel seducteur ...!
et puis après les mots, ce sera la voix...si ce n'est pas déjà fais !
en tous cas une chose est sure...plume commune sans nul doute !

chui contente tiens !

Écrit par : emi | 29/06/2005

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