03/07/2005

Sur Un prélude de Bach

 

 

6h03, L’appart est soudainement calme, baigné dans une atmosphère rouge et tendre. Un piano et la voix de Mauranne recouvrent à gros flocons de douceur les vestiges de notre nuit. Dans ce salon confiné à cette pénombre carmin, il neige quelque chose de bon, de sincère, de velouté, d’un peu nostalgique, d’infiniment calin, comme d’un cœur qui déborde de sourire.

 

Je suis bien. Juste bien. Le corps défoulé par l’hystérie de la danse, le ventre plein des rires échangés, l’ame enfin calée dans un moment présent, ni trop en avant, ni trop en arrierre, comme la bulle d’un niveau d’eau à l’horisontale parfaite, non pas en équilibre, mais bien posée dans une sorte de stabilité, éphèmere, certes, mais bien réelle…

 

J’ai dans le sang de l’alcool parfaitement dilué, intégré, de l’alcool qui ne me laisse que du plaisir tiede, infiniement confortable, doux… Voila des instants précieux, pour moi, des minutes, des pepites, des gemmes, laissées a meme le sol. Invisibles à tous, apparement, sauf pour mon petit cœur, comme une éponge. Dans le silence des autres, des partis, des couchés, des absents, nous partageons ce trésor, Maurane, Bach et moi.

 

Je suis pieds nus, assis sur une peau de mouton, douce, un cadeau clin d’oeuil de Raphael, pour coller avec ma déco 70ies. En tailleur, je tape ces mots sur ce potable, encore connecté à la chaine, je tape ces mots comme j’ai tapé, empilé, envoyé, poussé, joué des tonnes de sons, de rythmes et de voix, tout au long de la nuit. Je suis a présent le deedjay de mon propre mood, que je mixe en mots pour venir le déverser ici, pour vous dire de faire tres attention a ces petits moments fragiles, apres les climax, les loopings et les orages, ces creux qui suivent les explosions de joie, les dénouments, les coups tragiques, ces minutes qui s’égrainent au millieu de tout le reste, éclaté, dispersé, calmé, étrange état ou tout le potentiel enfin épuisé n’est pas encore redevenu un autre potentiel. J’avais écrit quelque chose sur l’inertie des sommets, des milieux, du calme avant la tempête, du silence d’avant le coup de feu, de l’instant d’or ou le potentiel va devenir réel, action…

 

Aujourd’hui, c’est l’inertie de la fin que je savoure, de cette fin qui n’est même pas encore le début d’autre chose, seulement le merveilleux abbatement de tout…

 

Je pense à mon Marc, qui est parti en zigzaguant retrouver son lit, il y a quelques minutes, en me demandant de ne pas le réveiller avant lundi matin, en me priant aussi de laisser le bordel en l’état. Je pense aussi à ces trois bordelais, traversant le sourire aux lèvres les couloirs déserts des premiers métros pour chopper sur la ligne 4 une rame qui les déposera a Montparnasse 1, dans les fauteuils d’un TGV qui bercera leur reste de nuit blanche jusqu’en gironde, je pense à Raphaëlle qui, dans ce même instant, ramène aux quatre coins de Paris ses 3 amis, à Nicolas qui a du prendre le chemin de son 5eme arrondissement, un peu gris, un peu seul, un peu heureux aussi, à Constance, cette voisine charmante qui est courageusement venue s’amuser avec nous lorsqu’elle a compris que la fête avait élu domicile pour de longues heures en dessous de chez elle, à Emma qui doit encore avoir sur les levres le parfum des levres de Vincent qui lui en a volé un joli, pour la route, à ces autres qui nous ont quitté plus tôt, fauchés par la fatigue, Dephine et Alexandra qui ont du partager leurs derniers baillement comme la note du taxi, Raphael et Anne Cécile rentrés contents d’être venus… Je pense a tous ceux là qui communièrent avec nous, rassemblés autout du même plaisir de vivre, tout simplement, sans but, sans attente.

 

J’avais peur, pourtant, que la fête manque notre rendez-vous… Manque de préparation de ma part. Panne d'envie apres mes aventures médicales. Tout au plus une quinzaine d’invitations envoyées a la va vite, vendredi a 17h, sans précision…

 

Je craignais que nous nous retrouvions en dessous de la dizaine. C’était oublier qu’avec un peu de volonté et des invités de qualité, on arrive a tout…

Nous étions encore seulement 6 quand j’ai démarré le « Blind Test » films à 23h. Mais au fil de l’eau, nous avons été rejoints, presque une vigntaine… En bon monsieur Loyal, distribuant les invectives, les rires et une grosse dose d’énergie, j’ai réussi a les faire s’amuser, rire, boire puis danser, danser et encore danser…

 

J’aime ca, putain, comme j’aime ca… donner vie a un groupe, les animer, les chauffer, les gaver d’une énergie qu’ils finissent par me rendre au centuple, les voir se renconter, se lier…

 

J’ai foulé les sons sur le parquet, pieds nus, j’ai serré dans mes bras toutes celles qui voulaient bien essayer d’apprendre ma curieuse façon de valser sur un slow, j’ai bu de tout, beaucoup mais juste assez pour ne jamais sombrer, j’ai fumé, oui, j’aurais pas du, mais quelques malheureuses taffes glanées cà et là, une ou deux entires aussi, avec aussi peu de volutes avalées que possible, sale habitude, gros con, imbécile heureux, oui, imbécile mais heureux, mais sacrément imbécile quand même.

 

Il y a une demie heure, nous étions assis par terre, achevés, rompus, heureux, à écouter Cali, puis Delerm, puis Nougaro, puis Aznavour, puis Gainsbourg, puis Aznavour encore, puis Brel… Le dernier groupe nous a quitté alors que Mauranne entamait ses premiers mots. Marc a filé, et me voila seul avec elle.

 

Dehors les pigeons roucoulent alors que le ciel dévore ses derniers labeaux gris sous fond blanc. Parfois un vol d’Alouette zebre leur murmure d’un cri délicat, allongé comme un fil. Je salue le matin qui s’installe en maitre sur cette fête morte et m’en vais terminer son deuil dans ma chambre, mon portable dans une main, une bouteille de badoit dans l’autre…

 

Alors je me retrouve dans mon lit, toutes les lumieres eteintes, les artificielles et les naturelles, coincées derrière le volet fermé…

 

Alors je passe un casques sur mes oreilles.

 

Alors j’y laisse couler, au note a note, tous les Ave Maria en stock, celui de Bach, bien sur, sans Glen Gould, malheureusement, puis celui de Shubert et celui de Beetoven, … et ce sont des torrents de magie qui se fracassent dans mon cœur qui gonfle, gonfle jusqu'à ce qu’elle revienne par suprise, sur un retour de boucle, sacrée Mauranne, avec ses images plein la tete, avec sa voix à faire taire le cahos…

 

Alors, « ca » explose vraiment, quelque part, a l’intérieur, comme un barrage cède tout à coup… Et ce sont des larmes qui roulent de mes yeux, en continu, sur ces paroles là, tellement proches que j’en volerais bien quelques unes pour en décorer mes propres souvenirs.

 

Alors ce sont des larmes qui se jettent hors de moi, coulent sur mes joues, meurent dans mon oreiller pour baigner ce sommeil qui cesse enfin de me fuir…

 

 

Lorsque j'entends ce prélude de Bach
Par Glen Gould, ma raison s'envole
Vers le port du Havre et les baraques
Et les cargos lourds que l'on rafistole
Et les torchères, les grues patraques
Les citernes de gasoil

Toi qui courais dans les flaques
Moi et ma tête à claques
Moi qui te croyais ma chose, ma bestiole
Moi je n'étais qu'un pot de colle

Lorsque j'entends ce prélude de Bach
Par Glen Gould, ma raison s'envole
Et toutes ces amours qui se détraquent
Et les chagrins lourds, les peines qu'on bricole
Et toutes mes erreurs de zodiaque
Et mes sautes de boussole

Toi, les pieds dans les flaques
Moi, et ma tête à claques
J'ai pris les remorqueurs pour des gondoles
Et moi, moi je traîne ma casserole

Dans cette décharge de rêves en pack
Qu'on bazarde au prix du pétrole
Pour des cols-blancs et des corbacs
Qui se foutent de Mozart, de Bach

J'donnerais Ray Charles, Mozart en vrac
La vie en rose, le rock'n roll
Tous ces bémols et tous ces couacs
Pour Glen Gould dans c'prélude de Bach.

 

 



08:10 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

4 mots : Variations Goldberg. Glenn Gould.

(C'est un ordre, moussaillon !)

Écrit par : Somebaudy | 04/07/2005

pfff c'que t'écris bien...dieu c'que t'écris bien !

Écrit par : emi | 04/07/2005

Hésiter J'ai hésité à t'appeler sur les coups de 6 heures, quand je ne pouvais plus dormir, en pensant que peut-être tu allais te coucher.
J'ai pensé à ta tête, si en fait tu dormais.
J'ai hésité.
Je n'aurais pas dû.

* l'ami Julien

Écrit par : dis lui que c'est elle* | 05/07/2005

Il n'y a Pas de mots en plus pour ces images là.
C'est magique.

Écrit par : Muffy | 06/07/2005

Bon courage! Ahhhh Internet. On ne sait pas ce qu'on y cherche mais on trouve tout ce qu'on ne cherche pas ;-)

Je viens de voir ton site… pas mal, vraiment, BRAVO ! Bonne idée…

A bientôt,
http://www.kdotv.com/fansite/index.htm

Écrit par : Hello! la forme? | 12/07/2005

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moi aussi j'aime Maurane, et cette chanson est une de mes préférées... émotions pures et si bien décrites... bravo!

Écrit par : nanou | 18/07/2005

Ma favorite après "ça casse"

Écrit par : pierre | 10/11/2007

Les commentaires sont fermés.