27/07/2005

Au Carrefour des Possibles

 

 

Barbes, 19h, 30°… Barbes, en pente douce, la foule odorante, bigarée, mulatrée, vient s’éclater mollement sur le carrefour de Tati avant de se diviser en autant de rivieres humaines, rochechoir, magenta, ligne 2 aérienne, ligne 4 souterraine. Barbes de toutes les langues, Barbes de toutes les peaux, Barbes de tous les parfums, Magnoc et thé à la menthe, cuir et kebab, Mais grillé et cigarettes d’import douteux.

 

Je me faufile Barbès, je bouscule Barbès, je transpire Barbés. Bijouteries toc en liquidation, echoppes a téléphones portables en promotion, fat food, snack food, hallal food, et Virgin, qui se demande parfois ce qu’il fout là… Barbes gueule, rigole, crie ou dispute, Barbes frole, touche, pique, interpelle. Une alarme, une sirene, un avertisseur, un téléphone, des voix qui se projettent par dela les trottoirs, des rires comme des bombes… Barbes a un cul de black, un sourire de beurette, des cheveux d’asie et un regard bien de Paris, rapide, incisif, absent et méprisant…  

 

C’est à Barbes que je comprends...

 

C’est dans cette file, dans cette faune, dans ces frolements, de milliers de corps sans autre consistance que l’infime fraction de seconde nécessaire a mes yeux pour les faire exister avant de les reléguer dans le néant, c’est parmi toutes ces options, ces regards, ces déclinaisons, ces possibilités, fugaces, présentes, qui proposent une réalité d’un instant microscopique, que je comprends que le monde est infini, que les possibilités sont inépuisables et permanentes, qu’il suffit de faire, un pas, un geste, un cri et tout bascule…

 

Je peux m’arreter et demander pourquoi ce type fume immobile, les yeux rivés deux étages plus haut sur une fenetre aux rideaux tirés, tendre la main vers le cul offert d’une gamine qui déambule, ingénue et provocante, bousculer d’une épaule mauvaise ce groupe de pseudo rappeurs braillards qui trainent devant moi, piquer le sac de la vieille et cracher sur la poussette de la bourgeoise, je peux tout faire, tout le temps, Barbes est le symbole grouillant de mon écrasante liberté de vivre.

 

Un clochard ronge a meme le sol un épi de mais déjà becqueté par un autre. Je peux au choix lui foutre mon pied dans la gueule ou lui donner 20€ pour qu’il bouffe et boive a loisir, rien ne m’interdit, dans l’instant de barrer la route de cette blonde pour lui voler un baiser, sa montre ou son numéro de téléphone.

 

Je me rappelle l’admiration que nous avions pour certains jeux vidéos qui permettaient parfois d’intéragir avec le décor, créant des possibilités… Trouver l’endroit « interactif », cliquable, bonheur suprême. Dans ces univers linéaires, rassurants, avoir parfois le choix fait figure de luxe…

 

La jouissance c’est la permission dans un monde d’oppression. Le sexe est jouissif par ce que tabou, la drogue idem, l’interdit est savouré…

 

Mais ici bas, en fin de compte, apres avoir fait sauter les barrages des interdits implantés, apres avoir décidé d’éclater les chaines des peurs et des conséquences, tout est permis, tout est à portée…

 

Le monde est la, qui demande a celui qui ose, de le ceuillir, du bout des doigts, du plat du poing, du long de la queue…

 

Pourtant je n’ose toujours pas

 

Je porte ma prison en moi

Mes barreaux sont a l’intérieur

 

Comment espérer le miracle de la guérison, ou meme le miracle tout court, alors que je ne peux meme pas profiter de la réalité, dans tout ce qu’elle m’offre ?

 

 


11:43 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

merci cela t'a peut-être paru pas grand chose, mais ton aide m'a été précieuse.
Encore une fois merci .

Écrit par : Cécile | 27/07/2005

le silence aussi est un acte de communication.
Take you time.

Écrit par : ses bas blancs | 28/07/2005

lalala
Cécile : de rien, avec plaisir

Ses Bas Blancs : de quoi parles tu ?

Écrit par : Jorael | 28/07/2005

comme l'impression d'y être ausi tant la description est juste....
t'as quand même oublié qu'en sortant du métro, des génies de pacotilles sortent des lampes magiques et sont capable en deux coups de cuillères (a soupe) de résoudre tous tes soucis ! (si si j'ai encore le tract de Monsieur Silla, grand medium que nous avions rencontré en rentrant le samedi après-midi !)...

Je t'embrasse très fort.

Écrit par : emi | 28/07/2005

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