08/08/2005

A grand coups de pompes

 

Dimanche 17 juillet 2005

Paris

 

 

Si quelqu’un était avec moi dimanche 17 juillet, merci de me le signaler. Ca m’aidera peut-être a me rappeler de ce que j’ai pu bien foutre ce jour là.

 

A défaut je suppose que j’ai du trainasser entre internet et la playstation, avec un peu de ménage au passage. Il devait faire beau. J'ai du écluser des bieres fraiches.

 

Le « No Problemo » étant fermé le jour du seigneur, je me soupçonne même d’avoir terminé la journée presque à jeun.

 

La seule trace écrite que je garde de cette journée est le post « paradoxe judéo crétin » que j’ai du taper allongé dans mon plumard aux toutes petites heures.

 

Il y a des jours comme ça, ou même en restant couché on ne fait rien de bon.

 

 

Lundi 18 juillet

Paris

 

 

Lundi. Réveil un petit peu plus tard que de coutume du à mon rituel médical hebdomadaire. Rendez-vous à 11h à l’Hoptial cochin, Comme d’hab, en ayant pris soin de chopper au labo les résultas de mon ECBU (nom noble de l’analyse du « pipi dans le pot »). Les infirmières me connaissent maintenant. Le traitement devient familier, comme le personnel qui y est dévolu. Le tout est bouclé avec sympathie et professionalisme en un petit quart d’heure. « A la semaine prochaine » me sourient elles.

 

Au sortir je maudis encore une fois cette sinistre logique qui fait fleurir les échoppes de pompes funèbres le long des rues qui mènent (ou ramènent ou amen) aux hopitaux.

 

Selon l’age et la pathologie, la question que sucitent ces boutiques mortuaires aux vitrines marbrées de regrets éternels  varie fortement. Pendant tout un temps, je me suis demandé « Qui ? », aujourd’hui j’essaye désespérément de ne pas me demander « Quand ? »… Le « Combien ? », plus cynique, vient surement beaucoup plus tard. Quand au « Pourquoi ? », ma foi…

 

Regrets éternels… Qu’y a-t-il de moins éternel qu’un regret, on finit toujours par se remettre de tout, même du pire… In finé, la mort elle-même vient nous délivrer des ultimes regrets dont nous n’aurions pas réussi a nous débarasser dans nos vies au parfum de décharge.

 

Non, je ne regrette rien. Ceux qui sont partis ne me manquent pas. Je continue a en aimer beaucoup, a en oublier certains. Non, je ne regrette même pas mes 18 ans de tabagie qui m’ont collé l’obligation d’une vie « sous surveillance » comme une liberté conditionelle. Mes agents de probation sont habillé en blanc. Ils peuvent décider a tout moment de me renvoyer dans une chambre. A défaut de barreaux et de chaines, j'aurai des tuyaux dans la teub.

 

Parfois je me demande si ces tumeurs ne sont pas le résultat de mon propre programme d’auto-destruction. Une sorte de compte a rebours qui se déclencherait une fois que nos vies ou nos carcasses sont devenues inutiles, peut-être au moment précis où l’on perd le goût, l’envie de vivre, comme l’anticipation d’une réponse simplissime que nous n’osons pas formuler nous meme, trouillards que nous sommes ; un suicide organisé par notre organisme lui-même, notre corps nous exécute par inoculation tumérale, sans en référer au consient. Une sorte de putch. Une révolution noire.

 

Comme dans tous les bons films, il devrait y avoir moyen d’arreter la bombe à l’extrême limite de la détonnation. Et si je tombais amoureux ?

 

Comme d’hab, encore, je reviens en métro a l’appart pour chopper ma caisse. Direction le bureau, enfin, le restau dans lequel nous avons élu cantine. Je déjeune avec Brunello. Une bonne salade assaisonée par les derniers cancans de l’entreprise.

 

Georges ne rentre de bordeaux que tard ce soir, aussi, apres le périph retour, c’est en solitaire pour un solitaire que je fais les courses avec sous le bras, en plus d’un panier rouge, l’espoir imbécile de rencontrer l’amour entre les surgelés et les produits laitiers. J’essaye de varier. Quelques fromages, une bouteille de Puisségur Saint Emilion, une roquette fraiche, du parmesan en copaux, du pain sorti du four, de quoi se faire plaisir a peu de frais et encore moins de cuisson.

 

Je dine en tête à tête avec France Inter qui me parle (encore) des kamikazes de Londres, des barbecues de pompiers en Espagne ou en France et des colons de Gaza qui se sont fait baiser (comme tout le monde) avec cette saloperie de « time sharing ». Ah, France, si tu avais une bouche, quel plaisir aurais-je a la remplir pour t’empêcher de parler, quelques minutes… Ah, France, mais ta gueule, cesse de te plaindre, tu fais chier le monde.

 

Cela dit, je me régale, à mon aise. Le vin coule, le jazz remplace les polémiques. La nuit tombant, je prends toute la dimension de cet appart, de son style, mon univers, abouti... Un vrai desing, leché, pensé, soigné, pas le chaos exutoire, l'explosion jubilatoire de couleurs du 21 flostreet, non, quelque chose de plus mur, de plus serein et d'infiniement plus classe. Avant de travailler sur deux contrats en retard je m’accorde une petite sieste sur canapé. Vers 22h15 un bruit de clé dans la serrure me réveille ; Georges revient de bordeaux, un chouille plus tôt que prévu.

 

Apres les échanges de nouvelles, nous nous retrouvons à table, chacun notre portable allumé. Lui postule un peu partout, surtout aux US. Moi je me contente d’enfin achever le boulot que je traine depuis des semaines. « C’est sympa de chercher du travail ! J’aimerais bien faire ca comme job » Me balance Georges en me jettant des regards entendus par dessus la barrierre de son écran. Il essaye de m’encourager a mettre mon CV a l’eau. J’ai pas envie de quitter ma boite. J’ai la trouille de ne pas retrouver un salaire équivalent. Je gagne 3 fois le salaire d’un pompier professionnel sans le moindre risque, sans la moindre vie a sauver, sans la moindre responsabilité. C’est scandaleux. Je suis camé au fric, enfin plutôt au confort et a l’insouciance, c’est tragique. Mon éthique ne doit pas être bien différente de celle d’un vendeur d’obus ou d’un lobbyiste des industries du tabac.

 

Nous allons nous coucher relativement tot. Un train pour Nantes m’attend demain, presque à l’aube.

 

 

 


20:38 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

17...18 Cliqueti cliqueta, entrée par le trou de la serrure, à reculons presque pour être, comme si besoin était, surprise de découvrir un 17...
Merde, rien le 17...pas un autre souvenir que celui d'un post sur la décrépitude, le péché...
Je me dis : "merde et moi qui..."

Les lignes se lisent mais ne se ressemblent pas...Le 18 est exquis : savant mélange de toi et du reste du monde.
Les hommes en blanc, la france qui, on se le demande, n'ont finalement rien à foutre autour de toi...et si ?....

et puis George, inventeur d'un nouveau genre qui selon moi lui sierais à merveille. Ahh Georges...Utopiste fabuleux !

Et puis peut etre que woody allen avait raison :
"L'argent est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières"...

Je t'embrasse.

Écrit par : emi | 09/08/2005

Les commentaires sont fermés.