09/08/2005

En revenant de Nantes

 

 

Mardi 19 juillet

Paris-Nantes-Paris

 

 

Et merde… voila. C’est inratable. Mon voyage retour est foutu. Adieu le délassement, le calme, la sérénité. Une longue blonde turquoise est venue s’installer dans mon champ de vision. Jeune. Gurere plus de 20 ans, de longs cheveux lisses copieusement dorés par le soleil de juin, comme sa peau d’ailleurs, des yeux d’eau fraiche, un corps gracile et étiré, d’une finesse exquise, des seins pleins, ronds, odieux de jeunesse, de fermeté, des jambes interminables, toutes gantées de jeans. Un bon metre soixante quinze de plaisir léger, croustillant, a moins d’un bras de ma bouche, affamée, comme toujours…

 

Merde, merde et merde. Pourquoi ne puis-je pas trouver pour une fois un compartiement sans créature a fantasmer ? Plus le temps passe plus j’envisage le bromure ou la castration comme une véritable option. C’est épuisant d’avoir en permanence le radar brouillé, les sens retournés, dès qu’une belle se met a exister a proximité. Déconcentration maximum, pour rien, rien qu’une envie sans espoir de toucher, de gouter, de caresser, d’entendre cette peau dorée glisser sous mes doigts. Il parait que depuis des siècles, sur le mont Athos, les moines ne laissent pas la moindre femme pénetrer leur domaine. Peut-être accepteraient-ils de me louer une chambre à l’année ?

 

Ce matin, au moins, ce genre de torture m’avait été épargné. Dans le métro,à 6h du mat, le silence regnait en maitre. Pas d’invectives, de rires, de téléphones portables, rien que des gens, au saut du lit, un peu pressés, se croisant ou marchant de front, sans échanger le moindre mot… Coretège curieux qui m’accompagna jusqu’au quai de la gare. Pas de nana potable. En tout cas pas a portée de mon radar encore sur mode « veille ».

 

Mon billet m’a ensuite relégué au cul de la voiture de queue (si même les tgvs commencent a devenirs obscènes...). Le fond du fond. Jusque la pas de soucis. Meme si j’étais loin de la voiture bar (donc loin de mon éventuel petit déjeuner) j’avais au moins pour moi de quoi prendre mes aises. Ma place originelle ne comprenant pas de tablette, je décidai de m’installer dans un « carré » vide. Dans celui d’en face, un jeune type, costard et laptop case, comme moi, lisait en souriant large un bouquin s’appelant « one year in the merde » d’un certain parker… Au vu de la couverture (tour effeil et escargots) l’auteur devait offrir a ses lecteurs une carte postale française haute en couleurs.

 

20 minutes plus tard, notre TGV eu la mauvaise idée de s’arreter en gare de Massy et la voiture 20 ouvrit ses portes a une famille lampion au grand complet. J’ai rapidement sexé les chiards et les morveux ; 4 gamines et 2 gamins. Puis les cadres en tenue sport ; un père, rougeaud et goguenard, un ami de la famille, une biere a la main, la bouche faite de pivots et de chicots usés et une mere d’au moins 100 kilos parlant a sa marmaille comme on gère un chenil : des mots secs, brusques et violents.  J’ai levé le camp sans demander mon reste. Il y a des expériences que je suis content de vivre par « Strip Tease » interposé, bien au chaud devant un écran.

 

Le train étant des plus bondés, j’ai pris traversé les couloirs de je ne sais combien de wagons surpeuplés en maugérant sur tous les lambins qui trainaient devant moi avant de prendre mon petit dej dans la voiture bar bourrée de cadres bruyants. J'ai fini le voyage sur un strapontin dans un demi comma.

 

Ensuite j’ai glandé a Nantes. Ca vaut toujours mieux qu’au bureau. Au café de la gare, une brunette, modèle ado sage, a échangé avec moi des regards et des sourires pendant au moins une bonne heure. 17 ans, ais-je appris, lorsqu’elle parlait d’autorisation parentale avec une de ses amies au téléphone. 17 ans, merde. A son age, je pesais 65 kilos, je portais des perfectos, des santiags, une boucle d’oreille. 17 ans, un age merveilleux ou l’on se sent enfin adulte par ce que capable de faire de vraies conneries, pas juste des bêtises.

 

J’ai fini par me décider à prendre un taxi. En me levant je mourrais pourtant d’envie de lui parler et je pense qu’elle m’aurait invité a le faire. Mais… 17 ans, bon dieu… Je l’ai laissée a ses pages, penchée a écricre comme seuls les ados peuvent le faire, couché-vouté… Elle m’a regardé partir par en dessous de son stylo. A la table d’a coté une petite vieille engueulait son petit vieux. Elle a commandé deux café. Il s’est ravisé « non, pour moi un pastis ». Elle a remis un disque usé « oh, un pastis, a cette heure, t’as pas honte, ca alors, oh, et c’est pas moi qui le paye, ca non, oh, alors toi, hein ». Je vous passe la suite. Pauvre vieille conne. Si j’avais osé te beugler dessus et offrir une pleine bouteille a ton vieux, je l’aurais fait en jubilant. Mais j’ai été trop bien élevé. J’espere juste qu’il picole assez pour te supporter, si c’est encore possible. Ma brunette m’a souri une derniere fois et j’ai filé.

 

J’ai choppé un taxi. Bien trop tot pour mon rendez vous de 14h. J’ai pioncé comme un loir pendant 40 minutes, avant qu’il ne me dépose devant chez mon client. Mon avance m’a autorisé une balade estivale dans le village, un bled paumé auquel l’entreprise que je suis venu visiter doit founir 60% de ses emplois fixes. Bled paumé mais agréable sous le soleil de juillet. Un air si pur qu’on a peur de se faire mal en le respirant. Des fragances plein le nez, boisées, fruitées, fleuries…

 

Pour le reste, j’ai fait mon job. Sourire, vendre, défendre le bout de gras, donner confiance, préparer, plannifier. Sauf que j’avais oublié de manger. Ce genre d’exercice est épuisant, le ventre vide.

Et puis voila, un autre taxi de 40 minutes, la meme gare en sens inverse, un autre TGV, et cette blonde turquoise qui ne daigne même pas faire semblant que j’existe, un peu, pour elle.

 

Je la nie tant et si bien qu’arrivé a Paris Montparnasse, je n’arrete pas de la suivre, jusqu'à la bifurcation de métro. Je pars vers la 4. Apres les longs tapis roulants qui répetend des phrases robotisées « gardez les pieds a plat » Nos destins se séparent sans même s’être touchés. Fuck.

 

La petite Uncut devrait me rejoindre en cours de soirée. Elle se barre demain a genève mais n’a plus un pecos pour financer son billet. Je me suis proposé de le lui financer en gage de notre amitié qui dure depuis plus d’un an. Et puis, qui sait, j’y gagnerai peut etre un massage.

 

Arrivé a l’appart, je pénetre un monde silencieux et endormi. Pas de Georges visible. Curieuse impression de vivre avec un zombie. Des allers retours audibles entre les toilettes et sa chambre dans laquelle il avait décidé de se réfugier depuis 20h30. Confiné dans ma solitude, je suis pris d’une fievre ménagere.

 

Uncut arrive tard avec un pied completement niqué, une porte de frigo lui est tombé dessus. Pauvre petit peton. La chose est rouge-jaune-mauve avec une entaille réparée a la hate par un pharmacien bienveillant (qui ne lui a donné qu'un seul steristrip, la vache). Ajouter au tableau la crasse du 20eme, du métro et du 18eme, les 30 ° ambiants et ses godasses ouvertes. Je l’envoie se laver le pied au savon médical dans la salle de bains. Instincts paternels en hausse on dirait.

 

Nous sortons ensuite faire une mini promenade dans le quartier pour chopper son fric et boire un verre. Mais le No Problemo avait déjà tiré son rideau d’acier. Minuit et demi. Etant donné sa mobilité réduite, nous décidons de rentrer nous coucher. Uncut épuisée me fait un massage de principe avant de s’effondrer. Je ne m’en souviens pas vraiment. Je dormais déjà moi-même.

 

 


15:20 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

je reviendrai

Écrit par : | 09/08/2005

juke-box Suis-je le seul à qui le titre de ce post évqoue heu... quelque chose de vaguement musical ?

Écrit par : Somebaudy | 11/08/2005

la digue du cul! :-)

Écrit par : Maïs | 23/08/2005

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