18/08/2005

Georges...

Mercredi 17 aout

Paris

 

 

Ca y est, le bonhomme tendu, un peu stressé, a fini par rentrer. Il fait des aller-retours entre le salon et sa chambre. Dans le hall des cartons béants ont éclos, grosses fleurs brunes carrées, qu’il remplit de son mieux, jusqu'à la gueule. Sa longue silouette farfouille dans les DVDs, trie ses papiers. Ca y est, Marc s’en va. Ce n’est plus une idée, un projet, ce n’est plus un futur qui se rapproche a grands pas. Ca arrive, là, sous mes yeux, devant mes bras ballants, impuissants à l’aider.

 

Demain il prendra la route, avec mon Espace, pretée pour l’occasion, et descendra entreposer dans un grenier bordelais tout ce qui n’est pas strictement indispensable à son départ, tout proche désormais. Demain, il roulera jusqu’en Gironde, pour passer quelques jours avec sa famille et ses amis, faire des aurevoirs, des vrais. Des adieux presque, de ces moments de rupture que quelques heures de route ou de train ne peuvent plus résoudre…

 

Marc est arrivé de Bordeaux il y a un an et trois mois. Son embauche, atypique pour notre profession, avait eu lieu dans une boite de nuit de Saint Maur. Toute l’entreprise s’y était retrouvée, émechée, joyeuse, apres un barbecue chez notre boss. Mai 2004. Marc a eu droit a son interview, assis dans un canapé en velours rouge, avec sur la table basse laquée devant lui, son CV froissé, un cendrier débordant, des verres remplis et une bouteille de JB en fin de vie. Il avait du défendre ses compétences dans un vacarme de mauvaise disco. Sans le savoir il était déjà adopté.

 

Car c’est tout simple ; on embauche pas Marc, on ne fait pas copain avec Marc, on ne lie pas connaissance avec lui; on l’adopte, tout simplement, avec des envies monstres de lui ouvrir les bras. Tant de simplicité, tant d’intelligence, de culture, de calme, de réserve, de gentillesse concentrés dans un long bonhomme, brun, aux yeux de malice, une bouche faite pour les demis sourires entendus, une démarche humble et pourtant large… Marc, avec ses faux airs de Keanu Reeves, Marc avec 22 ans a peine, portés sous le manteau, comme une drole de surprise.

 

J’ai adopté Marc des la premiere minute. Nous habitions a quelques boulevards l’un de l’autre, lui dans 25 metres carrés, rue de Charonne, moi dans un studio a peine plus grand, flanqué de Mademoiselle Hell, place Gambetta. Marc a été mon seul ami à Paris pendant 15 mois et sans doute le meilleur compagnon de vie que j’ai connu, au quotidien, de mai jusqu’à ce 10 septembre qui l’arrachera à nous pour nous le débarquer outre atlantique, à Baltimore ; il y a des occasions professionnelles qu’on ne refuse pas. Impossible de lutter.

 

Marc a été ce camarade, présent, droit, généreux et fidèle, de toutes les occasions, des meilleures fêtes comme des plus pénibles moments… J’ai partagé ma vie avec lui et il m’a ouvert la sienne. Si discret pourtant ; un mot de Marc, rare et si concentré, pese lourd rapportés a des paragraphes entiers de ma prose volatile.

 

D’apres lui, j’en sais beaucoup… Pour moi, il reste ce mystère de calme et de maturité que je vois parfois s’enflammer sur une piste, sur un morceau de musique, ou un grand cru à la main. Marc, génial et humble, enfant et mature, Marc, comme un frangin d’intérim, tu me manques déjà couillon.

 

Et pendant que je tape ces mots derriere la porte close de ma chambre, je l’entends, aller et venir, reprendre tout ce qu’il a déposé dans ce « chez nous » que nous avons bati ensemble il y a à peine quatre mois, et Nina Simone me chante « Cry me a river » comme pour m’enfoncer un peu plus dans ce blues, le cœur au débord des levres. Oui, Marc quitte notre « Georges & Georges Gallery ». Rien ici n’a été acheté sans son avis, sans son approbation discrete. J’espere qu’une partie de son ame tranquille aura impregné ces lieux, pour qu’aux soirs de spleen, je retrouve la chaleur silencieuse de son regard qui veut tout dire et son petit sourire de biais, moins enfant sage que sage-enfant.

 

Il me trouverait con de pleurer, la, alors que Jeff Buckley me soupire son Hellelujah. Il me trouverait con de pleurer du haut de nos dix ans d’écart, sur son départ. Mais des amis, des vrais, je n’en ai pas tant que ca. Lorsque le manque devient trop fort, je saute dans ma voiture que je finis par jetter devant chez eux, quelques heures plus tard, pour retrouver leurs mains, leurs voix, leurs sourire. Mais lui fait le grand saut, et a défaut de pouvoir le suivre ou m’offrir la tranquille certitude de le revoir a l’envie, je le pleure un peu, juste un peu, pour ne pas avoir l'air trop idiot.

 

Marc ne me quitte pas vraiment, Marc s’en va juste grandir ailleurs, poursuivre son jeune destin la ou il l’avait volu ; aux US, le plus près possible de New York dont il était tombé éperduement amoureux cet hiver.

 

Georges, GeooooOOOOoorges, tu me manques déjà, couillon… Take Care, comme ils disent. Take Care et reviens nous parfois. Ce ne sera plus pareil sans toi, mon ami. Il n’y aura pas une bouteille de Grand Bordeaux que je déboucherai sans t’adresser un soupir, pas plus que n’écouterai Desproges sans rire avec toi, en secret…

 

Meme ton sommeil de sépulture, tes moments d’autisme ou tes douches de 50 minutes finiront bien par me manquer.

 

Raconte moi encore Georges, comment que ce sera, quand on sera riches, racontes les lapins Georges, les lapins…

 

 

 


00:34 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

American dream Toujours des envies d'ailleurs nous trottent dans la tête ...
Bon vent à Georges !
Bonjour à toi !

Écrit par : Lou | 18/08/2005

Pour Mowgli Baghera - "Vas-y..."
Balou - "... reviens...."

Écrit par : Baghera (ben ouais, on se refait pas... même 10 ans plus tard) | 23/08/2005

quelques mots d'amours dieu qu'il va me manquer à moi aussi....
"raconte les lapins georges....."

Écrit par : emi | 23/08/2005

VOTEZ Please, VOTEZ pour elle il suffit de cliquer sur le lien , de confirmer le vote par mail .....et vous aiderez Kathy ( et moi aussi) à partir en we.
Je sais que c'est un peu " cavalier" mais pour une fois et pour la bonne cause, mon grand Lo, tu ne m'en voudras pas.
En plus, le message et le petit mot de Kat sur le site sont SUPER !!!!

http://takeabreak.smtp1.net/selection.asp?lng=fr&pro=18
Votez pour elle , merci. ......votez TOUS

Écrit par : Muffy | 24/08/2005

Paris Bordeaux En passant par Nantes, la digue...
c'est vague
Voyage
voyages
Vive la vie

Écrit par : xian | 05/09/2005

Dur de... pleurer deux fois dans la même nuit.
Tu manques, Georges. Tu manques.

Écrit par : Georges | 08/01/2006

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