08/09/2005

Somebody nuke me please !

 

J’attends quelque chose qui ne se produit pas. J’attends un miracle en continuant a foutre le feu. J’attends qu’on m’arrache les alumettes des mains, qu’on me sauve des flammes et qu’on fasse de moi un adulte heureux. Mais personne ne vient. Et je n’ai pas assez de force, pas assez de courage pour cesser de me détruire.

 

Pire, j’ai envie que tout s’accélere. J’aimerais devenir alcoolique, camé, rongé jusqu'à la moelle, la conscience bousillée, tout en sensation. Je voudrais enquiller les nuits blanches a m’en faire trembler les mains, a en puer des aisselles, a n’en plus supporter la lumiere du jour, je voudrais que ce corps se pollue encore plus vite, a renforts de plaisirs toxiques, que ce cerveau qui boite s’effondre enfin, que la raison cesse, que les questions cessent, que la peur cesse, que la vie cesse, que je finisse par m’oublier, la gueule enfoncée dans l’oreiller, partir, a travers la douceur du tissu, loin dans le confort des plumes, un sommeil éternel, matelassé, moletonnée, pour mon ame de gosse qui tremble de trouille a l’idée de se blesser.

 

Comme une grosse burne j’attends la princesse qui fera repartir mon myocarde, qui me fera cambrer la poitrine a coup de kilojoules, comme on défibrille un mourrant, dans tous ces feuilletons de merde. J’attends la Princesse qui me donnera l’envie de construire un royaume. Mais au millieu de ces rêveries, il n’y a que mon esprit niais, empoisonné a l’eau de rose, a la fleur bleue, à la magie blanche, tout autour, il y a mon corps qui se déglingue, qui pourrit sur pied, et tout alentours il y a ce monde qui fout le camp. Pauvre con.

 

J’attends un miracle en regardant jouer l’orchestre du Titanic. Je ne pense meme pas a me débattre, a fuir, a trouver une bouée, un canot. J’attends en pensant avec le sourire que je suis unique, que je suis un morceau de dieu, qu’il y a forcément une bonne étoile qui me veille dessus, que je suis le héros de ma propre histoire et que les héros s’en sortent toujours. Mais j’ai de l’eau jusqu’aux chevilles, le bateau gémit comme une baleine torturée, se brise, m’entraine… Je ne fuis pas. Je ne suis pas résigné non plus. Je ne comprends pas, tout simplement, je ne comprends pas que l’heure est grave et que chacune de ses minutes me tue d’avantage, que chaque seconde m’aspire vers la fin.

 

Je n’ai pas de valeur, pas d’utilité, pas de destin, pas d’étoile, pas d’histoire, pas de magie. Je ne suis rien et je retourne a ce rien. Je suis né par la souffrance et je partirai a travers elle. C’est encore plus imbécile qu’un suicide, oui, c’est une folie, la meme qui entraine les prisonniers a s’automutiler, a la recherche d’une sensation qui les lie a la vie… La preuve par l’absurde, par la négation. Je suis une cellule pourrie dans un corps malade. Un kyste, un furoncle, un polype, pas meme une tumeur, ou alors une pas bien maligne puisque je n’entraine personne dans ma décrépitude.

 

C’est la fin de l’imposture, le début d’une nouvelle ere ; accepter le monstre que je suis puisque je suis incapable d’en faire un être Humain. Accepter cet amas de peurs, de faiblesses, de vices, d’addictions, d’égosime, accepter la vérité vraie de ma condition misérable au cœur d’un confit puant d’orgeuil et de faux semblants. Ouvrir les yeux. Sortir du reve pour s’éveiller dans le cœur du cauchemar. Pas même un hasard, une abération.

 

Les étoiles existent. Je ne fais que passer. Sourire en pensant que je trouvais miraculeux, jadis, que la lumiere d’étoiles mortes depuis des millénaires nous parviennent seulement maintenant. Mon étoile est morte. (Je n’ai plus de feu, prete moi ta plume, pour l’amour de dieu) Je ne percois plus sa lumiere. Je sais qu’elle a toujours été morte. Je m’en rends compte aujourd’hui. Et je ricane entre mes larmes par ce que je sais que ma lumiere a moi n’atteindra jamais la moindre étoile, je n’existe pas. Je n’ai pas de lumiere.

 

Si vous saviez comme l’amour me fait souffir. Si vous saviez comme je désirerais ne jamais l’avoir connu. L’absence d’amour me ruine, l’abondance d’amour me brise. Je sais que je ne puis etre aimé. Je sais que tout ceux qui m’aiment se trompent, se pervertissent, sont les victimes aveugles de ma trahison. Je vous hais de ne pas m’aimer. Je me hais de vous laisser m’aimer. Je vous déteste de me faire aussi mal. Je vous méprise d’exister aussi fort.

 

Flinguez moi, flinguez moi vite, flinguez moi bien. Faites moi disparaitre. Dissolvez moi de votre mieux. Mangez moi, que je devienne enfin un peu vous en cessant d’être ce « Je » qui me fait horreur. Exécutez moi, je n’en ai pas la force moi-même. Ne me laissez pas crever dans ma propre merde sur le bord de la route, écrasez moi, étripez moi, ou alors sauvez moi, je ne me débattrai pas. Je ne ferai rien. Je ne suis rien. Je ne veux rien. Je n’existe pas, ou a peine, déjà trop. Si je n’ai pas de destin, autant nourrir les vers ou les vents. Utile pour utile.

 

Ou alors passez une annonce, au micro du supermarché, que tout le monde entende : « La gente Dame du petit prince charmant qui s’est perdu entre les jouets et la mort au rats est priée de venir le récupérer a la caisse avant que nous le foutions a la DAS ou que nous l’euthanasions »

 

Ne me dites pas que ca n’arrive qu’une fois. Ne me dites pas que la chance de sentir la Vie envahir le monde ne se présente qu’a un seul moment. Laissez moi emporter mon conte de fée dans la chambre a gaz. Trépannez moi, eviscerez moi, mais laissez moi encore l’espoir qu’un baiser viendra me sauver, à la fin.


20:48 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

faut rigoler EL DESDICHADO


"Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée."

Gérard de Nerval

fais gaffe quand même, ce vieux gégé a fini pendu a un réverbère

Écrit par : adalbert tirouflon | 09/09/2005

Et si...
Et si tu arrêtais de penser...
Ne regarde pas en bas, tu n’auras plus peur de la chute…

Écrit par : r. | 09/09/2005

et si tu arrêtais de penser qu'à toi ! arrête d'être le nombril du monde, arrête ce spectacle que tu passes ton temps à mettre en scène. Sois toi, sans artifices ou simili-supériorité ! ne sois plus pédant et prétentieux !
Tu sais être autre chose, tu sais être grand sans être quelqu'un d'autre.
Respecte-toi, et les autres te respecterons forcément.

Écrit par : x | 09/09/2005

Avec autorisation, je reproduis ici un des mail reçus en réaction a ce post (Jorael)
Ton dernier post m'a renvoyée en arrière... loin... pas dans le temps, mais dans un état d'esprit tellement différent de ce qu'il est aujourd'hui !

Les sentiments que tu sembles ressentir m'ont été tellement présents, je les ai vécus avec tellement d'intensité: envie de ne pas me réveiller, envie d'en finir, tentative(s) de mieux en mieux préparée(s), et rage et désespoir du réveil. Non, quand c'est pas l'heure, c'est pas l'heure.

Je suis dans la pente descendante de ma vie. Une grosse moitié est derrière moi. Je n'ai plus d'appréhension de la mort, elle est inéluctable, elle arrive toujours. Jusqu'à demain ? Jusqu'à la mort !

Je vis entourée de quelques personnes condamnées qui en sont conscientes, et tous les autres sont condamnés aussi, et n'en sont pas conscients. Je constate une attitude qui semble constante et propre à ces personnes conscientes du terme, conscientes qu'il ne leur reste plus que... quelques mois, voire, si la chance est là, quelques années. D'abord, il n'est plus question de masque, on est ce qu'on est, avec des défauts, des qualités, des difformités, en fait on s'accepte sans doute beaucoup mieux, et puis on n'a plus envie de jouer un rôle. L'envie dont on fait une priorité est seulement: faire les choses dans le seul but de se faire plaisir. Contraintes minimales, faire ce qu'on aime, parce qu'on l'aime, plus par appât du gain, plus par fanfaronade. Et si l'envie disparait, on trouve une autre envie, et on recommence.

Je m'offre le luxe de fonctionner aussi au maximum selon ce principe. A l'approche de la cinquantaine, j'ai dans mes baggages une tonne d'envies: "quand je serai grande, je ferai ceci, ou cela...", puis on devient grand, et en fait on part dans d'autres directions, alors on dit: "quand j'aurai le temps, j'apprendrai ceci ou cela...", et le temps, on passe surtout son temps à lui courir après. Et le temps passe très vite, alors on se dit: "quand je serai pensionnée, j'en profiterai pour enfin réaliser ceci ou cela...", et quand la pension arrive, on est vidé de toute envie, on est fatigué d'une vie de contraintes, on est atteint par la maladie qui tombe sur tout le monde à un moment donné. Parfois la maladie frappe tôt, parfois elle prend son temps, mais elle arrive toujours et change la donne, irrémédiablement. Alors, à ce moment-là, il n'y a plus que l'alternative de se dire: "Maintenant je n'attends plus, maintenant je le fais, maintenant j'agis dans le sens de mon envie (en vie)". Faut-il absolument attendre ce moment-là pour commencer à vivre ? Et si on supprimait tout le superflu, tout l'ostentatoire, toute la frime, pour ne garder que l'essentiel: un être humain qui n'a rien d'un monstre. Il est comme il est, il plait toujours à quelqu'un, pas besoin de jouer à vouloir plaire à tout le monde, c'est vain. Et cet être a des rêves inassouvis, enfouis, rejetés aux oubliettes.

Pourquoi pas les réaliser alors ? En fin de comptes, nos besoins ne sont pas bien énormes, et puis, plaie d'argent n'est pas mortelle. Partant de là, je m'investis dans mon métier, non parce qu'il me rapporte de quoi vivre (alors là, c'est pas top), mais parce que je m'y plais. Quand il ne me plaira plus, je ferai autre chose, j'ai déjà bifurqué quelques fois, toujours avec plaisir et enthousiasme. Je me sens encore apte à prendre des tournants. Et si tu vis dans tes choix et tes envies, c'est étrange de constater que ton enthousisame déteint sur les gens qui partagent ta vie, et ton rayonnement grandit et tu t'accordes l'importance que tu as, et tu t'acceptes tel que tu es, enfin !

Ton auto-dévalorisation m'attriste. Tu es un jeune adulte, ta route commence encore. Je n'ignore pas que la maladie te fait douter, mais elle fait aussi partie de toi. A défaut de pouvoir la mater, il faudra que tu l'apprivoises, il faudra que tu apprennes à vivre à ses côtés, tout en ayant conscience de toi, de tes limites, et des autres possibilités qui s'offrent à toi, malgré tout. Et l'amour d'une personne n'est pas une finalité en soi. C'est pas ça qui va tracer ton existence future, ce ne sera qu'une parcelle de ta vie, un petit coin de béatitude, à côté de tout le reste !

Allez, un grand sourire, un grand coup de pied dans ce qui ne sert à rien, un grand sondage de tes envies, et lances-toi mon grand ! (j'ose, mon fils à presque 27 ans..., mais il est autiste, et ne rencontrera jamais les mêmes problèmes que vous tous que j'ai rencontré le 23 août dernier au stade Fallon). Tu vois, mon envie d'avoir un enfant n'a pu être satisfaite correctement, ceci explique sûrement l'attention maternelle que je vous porte.

J'espère vivement te retrouver un peu plus optimiste dans un prochain post hein !

Bisous à toi.

Écrit par : Mme X | 09/09/2005

Très beau Mme X, très touchant, très... juste aussi... En fait baisser les bras c facile, on se laisse aller,... c tellement tentant par contre combattre la vie, la maladie, la tristesse, le bonheur parfois aussi (car il est super mais bien souvent difficile à apprivoiser) est plus dur, demande plus d'énergie!

Et je crois que cette lutte vaut la peine de la vivre à fond!

Écrit par : nauscaa | 09/09/2005

Et en plus... ... tu te crois seul!
-> http://www.fluctuat.net/blog/article.php3?id_article=2234

Prends un bon bouquin (pas du genre Houellebecq, hein!), remet toi à écrire sans vouloir ressembler à Beigbeder mais en étant toi-même, apprend à jouer de la guitare, à chanter, à profiter des premiers rayons du jour... la vie, c'est ça aussi!

Écrit par : l'Archange | 10/09/2005

Il y a pire qu'attendre la Princesse Charmante... ...C'est l'avoir trouvée et se rendre compte que ça ne suffit pas.
Qu'au bout d'un moment, le bel amour qui soulève et transfigure ne résiste pas à la pression du quotidien. Qu'il devient souterrain, assez profond pour faire partie de toi et te retenir là où tu es, mais pas assez pour t'empêcher de rêver d'ailleurs multiples et flous. Pas assez pour que tes pulsions d'auto-destruction ne se rallument pas inexplicablement en toi. Et là, tu comprends que rien ni personne ne viendra te sauver de toi-même. Que si tu continues à vivre, ce sera toujours clopin-clopant, en te traînant un jour après l'autre, le coeur et l'esprit à vif. Que nul évènement, nulle révélation n'apaisera jamais ton mal-être et ton insatisfaction, parce qu'ils font partie de ton essence et ne peuvent être mis que brièvement en sommeil. Chassez le naturel...

Écrit par : Armalite | 11/09/2005

oui ? Tu me demandes de te nuker donc ?

Écrit par : Somebaudy | 11/09/2005

lend me some l*ve Réclame don. D’amour. Que les choses soient claires, je ne demande pas qu’on aime, je demande à tous ceux qui aiment et aiment un peu trop de me prêter un peu de cet amour amoureux. Je veux de cet amour douloureux qui plante ses griffes haut les cœurs et s’y laisse pendre doucement en déchirant avec tendresse des sillons sanguignolents où semer encore d’autres histoires sans retour. Je veux de ça, et pourquoi pas ? A voir tous les autres tomber par légions, se faire abattre par l’Amour vermillon, j’ai envie, moi aussi, à la fin, de m’en évermeiller un peu. Pourquoi toujours les autres ? Faîtes moi souffrir, bon sang, puisque je ne demande que ça ! Pourquoi s’acharner toujours sur tous ceux qui s’en plaignent ? Je reste plantée là, en face du charnier de toutes mes connaissances qui y sont passées, par l’Amour dévastateur, les plaintes s’en élèvent encore, les râles de souffreteux qui péniblement demandent grâce. Et pis non, voilà ! Je tape du pied et vous la refuse, la grâce ! Pourquoi aurais-je pitié, moi qui suis tenue à l’écart ? C’est qu’à l’article de la mort, même, vous ne m’en lâcheriez même pas un peu, de ce poison infâme, de l’elixir vicieux. Radins ! J’embrasserais pourtant chacune de vos bouches comme une amoureuse l’a fait célébrement, et bien avant moi, si je pouvais y ceuillir dans votre expiration un peu de ce sublime supplice, mais je ne m’y trompe pas, votre dernier souffle m’échapperait encore pour se sacrifier tout entier à l’être qui vous ignore. Ah mais soit ! Pour faire dans l’original et échapper à cette foule enchaînée, je finirai par me pendre, moi, non par amour, ni peut-être même parce qu’il m’échappe, mais seulement pour faire taire la foule d’écorchés vifs que l’Amour n’a pas raté, eux.








(Na. Moi aussi je gueule.)

Écrit par : Dame | 13/09/2005

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