06/10/2005

Carmel Bitch (mon amour)

[retour sur un Mac, pardonnez le texte monobloc]Le cabrio n'a pas bouge de la nuit. Je le retrouve a sa place, pret a continuer la balade. Les sieges en cuir on bien dormi sous la capote et m'ont garde un peu de fraicheur. Le soleil presque a la verticale donne a la voiture de allures d'arme blanche. Je m'offre, juste pour le sourire, le celebre "saut par dessus la portiere" vu et revu mais jamais eprouve, avant de lacher les chevaux sur le bitume de plus en plus chaud et quitter dans un gemissement pneumatique le parking du motel. Le vent revient vite foutre le souk dans ma tignasse (qui n'a d'ailleurs plus vu un peigne depuis une semaine) tandis que je sirote le cafe fade et brulant recu a la reception apres mon check out. "Enjoy the road sir" m'a dit la chicano derrierre le comptoir, avec un regard aller retour plein d'envie sur moi et su la caisse ouverte... Enjoy, oh oui, compte sur moi baby. Je remonte plein nord la 101, en traversant les terres cette fois ci. Une longue droite a travers la Californie rurale ou poussent, a perte de vue, avec une regularite symetrique, demesuree, parfaitement americaine, des milliards de fraises, de salades et bien sur tout autant de pieds de vigne. Les ranchs et les vignobles se succedent, sans rien de bucolique, sans la moindre trace d'amateurisme attendrissant. Ici, l'agriculture est un business, buddy. Et le business ca se respecte, buddy... Les paysages sont splendides. De part et d'autre des lignes interminables de montagnes encadrent sans faillir les champs jusqu'a l'horison. Des parallaxes parfaits. La plaine et les collines. Des dizaines de miles sans croiser la moindre maisom, et ce ciel azur, demesure... Ma came, ma jouissance, mon ivresse. Un cri se libere d'entre mes levres scelles depuis ce matin. Je suis la liberte incarnee filant a 75mph au mileu d'un reve. D'une main je salue les Trucks luisants et rutilants. Les monstres d'acier et de trubines me repondent avec des voix de cargo, par quelques coups de sirene. Mon visage brule sans souffir, mes cheveux sont fous de joie, ma barbe que j'ai laisse libre de croitre a son envie depuis mon arrivee epouse parfaitement le contour de mon large sourire inamovible et en me regardant a travers mes lunettes fumees, dans le retro, je me demande par quel miracle je me trouve tout a coup si parfaitement beau. Arrive a Salinas, je me laisse gagner par la tendresse qu'a du eprouver Steinbeck en ercivant dans sa ville natale "les raisins de la colere" et des "souris et des hommes" inspires par ces paysages ruraux et la condition misereuse de ses contemporains. Comme quoi ca sert un guide bleu. En arrivant a Monterrey, je decide de gaspiller mon avance en bifurquant vers Carmel. La montee tout en epingles est hallucinante. Bientot je me tetrouve au sommet du monde entre vallons, plaines et forets de cypres. Des barrierres blanches courrent ca et la delimitant joliement mais fermement autant de jolie vastes proprietes. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Carmel, situee sur un versant pentu se deroulant jusqu'au seuil de l'atlantique est une petite agglomeration privilegiee et tres bien nantie. D'ailleurs les panneaux de bois qui signalent habituellement les maisons a vendre ou a louer sont tous, comme a Stanta Barbara ou a Malibu, sous le logo de Sotheby's, c'est tout dire. Je trouve mon chemin vers le coeur de la modeste ville en suivant le flux de plus en plus dense de porshes, cadillacs, mercedes et autres Bms. Finalement, Ocean Road m'offre une desecente confortable le long des petites maisons d'a peine un etage, toutes en bois peinturlures qui prennent de leur mieux l'ombre sous les longue branches tranquilles des cypres. Fraicheur ou timidite, leurs motivations m'echappent. Au bout de la rue, il y a un minuscule parking serein ou se prelassent quelques caisses a cinq zero, et juste apres il y a la plage parfaite, celle dont j'ai toujours reve. Large, pentue, blanche, grignotee par une mer azur, gourmande et maternelle et bordee de ces merveilleux cypres aux branches epaisses, noueuses, venerables, tendues a l'horisontale, comme pour essayer d'embrasse le monde et le vent, projettant de longues nappes d'ombres sur lesquelles mangent ou paressent quelques rares badaus, a peine un etre humain par kilometre carre. En me retounant, j'apercois, entre la vegetation dense des flancs des collines qui protegent la longue cote, plein de petites residences, discretes, sans doute bien plus vastes encore qu'on ne croirait le distinguer... Clint Eastwood me regarde peut etre. Il habite ici. Dirty Harry a meme assume deux mandats de maire de la ville. Rien d'etonnant lorsqu'on voit, entre deux pubs pour des assurances de bagnoles ou des complementaires de sante, le gouverneur Swartzy faire du racolage pour des projets d'amendement... La realite de la Californie elle-meme nage en pleine fiction.Je prends quelques photos, de celles qui finissent en fond d'ecran sur le portable business, qui permettent le detour du souvenir avec un collegue ou un client, avec un soupir blaze, " Ah, oui, Carmel Beach, c'est splendide... J'aimerais finir mes jours la bas". Mes photos doivent me rappeler qu'un jour j'ai goute a la liberte absolue d'etre seul, de me taire, de rouler sans me depecher, mes photos devront me rappeler que je suis moins un esclave carvate rase et mort d'ennui que ce type la, hirsute, presque barbu, au teint dore, a la chemise flashy sixties ouverte sur 3 ou 4 boutons, au jeans elime et troue aux genoux, aux Converses usees et flottantes, ce type que j'aime comme ca... Je regarde ma montre en pensant qu'il est deja minuit, a Paris comme a Bruxelles, je regarde ma montre en souhaitant ne plus jamais etre attache qu'a un seul fuseau horaire, celui de mon temps present.Je saute a nouveau dans la caisse toujours decapotee. J'aurais pu laisser les clefs sur le contact. je roule a travers les routes sineuses de Carmel, m'amusant a me perdre en roulant a du 5 a l'heure et en demandant mon chemin ca et la... Finalement je rejoins la One et retrouve l'ocean a ma gauche. De Larges Panneaux verts m'annoncent San Francisco a quelques 200 miles. Survient un embouteillage imprevu, sur une seule longue file que je vois bruler au soleil sur des kilometres de cote devant moi. un ''U-turn" et je remonte chercher la 68 pour retrouver une de;ie heure plus tard la 101 et ses 3 a 4 bandes fluides. 200 miles, soit 300 bornes, tout juste le temps d'arriver a Frisco entre 7h et 8h, a la nuit tombee... Plus d'escale cette fois, je bloque le cruise control sur 75mph (soit 10mph au dessus de la limite) et me lance a l'assaut de la plus belle ville du monde (ou des US)... J'attrape mon portable et lache sur la messagerie de Luna "Hi Baby, je serai la pour le diner... Je t'apelle des que je suis en ville" puis poussse le volume de la sono a fond ; Lenny Kravtiz m'emporte sur la rythmique magique de "Mister Cab Driver" tandis que j'expluse un long cri de joie. To be continued

05:07 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

on the road again reprends 15 kilos, reperds 10 ans, repoussent tes cheveux, retape ta santé, repars à l'aventure. la route à perte de vue.

Écrit par : catmey | 06/10/2005

Océade Carmel s'étend jusqu'au bord de l'Atlantique ? ;-)

Écrit par : Somebaudy | 06/10/2005

...en apnée... complètement envoutant

Écrit par : Mr Bu | 06/10/2005

Aaaah quel bonheur de lire un pareil récit dans la grisaille de Bruxelles! Je sais je me répète mais ça me fait trop penser à mon voyage là bas, même à deux, quelle sensation de liberté avec un ptit air de musique derrière tt ça!
Vive les States, hipiyeaaaaaaaaaaaaaah!!!! :-)

Écrit par : nauscaa | 06/10/2005

pendant ce temps là, à Paris ARTE 22h40 05/10/2005

Las Vegas Parano
Durée : 01h58 - 1998 Couleur VO Accord parental indispensable

Écrit par : Dame | 06/10/2005

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