16/11/2005

Ca part en couilles...

 

 

22h. Petite brasserie parisienne, entre troquet et resto, un bar de quartier, en somme, comme il en existe tant d'autres.

 

David me parle, entre deux bouchées de son petit salé aux lentilles. Comme les autres, il me développe ses idées de droite, son ras-le-bol des fouteurs de merde, de ces « Arabes », plus qu’un mot, presque une injure, qu’on lache avec la bouche de travers et un regard en biseau… J’ai l’air con, moi, a écouter ce disque, les poings serrés d’impuissance en dessous de la table.

 

Et quoi… je suis du coté des « gentils », blondinet, le teint pale, les yeux clairs, l’uniforme de l’armée des cadres fierement porté. Je fais partie de ces gens que les flics controlent avec des guillemets. On m’apelle « Monsieur, s’il vous plait », et on continuerait a le faire meme si on trouvait 2 kilos de blanche dans le coffre de l’Audi.

 

Mais autour de moi, j’entends le craquement des idées qui pourrissent. Je vois la colère monter. Naturellement, je suis sensé être de leur coté.

 

Je n’y tiens plus. Sans la verve de Desproges, j’essaye d’expliquer a mes amis du comptoir qu’ils se trompent de colère, que les amalgammes sont dangereux, terriblement dangereux, qu’il faut se méfier des solutions trop simples, trop radicales, trop confortables. Je leur dit que blanc, beurre ou black, une ordure est une ordure et un mec bien est un mec bien, que la distinction s’opère sur le respect de la règle et non sur la couleur de la peau ou le nom d’un dieu.

 

Evidemment, je suis bobo, déjà catalogué « de gauche caviar » par la moitié d’entre eux.

 

Tout le monde y va de son anecdote, a présent, plus ou moins sordide, dans laquelle il est rarement question d’autre chose que d’alourdir le passif de ces mêmes « arabes ». Vols avec violence, harangue, viols, arnaques, bastons, car jackings, menaces, bandes, tout y passe. Meme le flic du bout du comptoir témoigne, des mains courrantes, tous les jours, toutes les nuits, il n’y a qu’eux, quasiment.

 

Je me tiens a mes idées, défend encore, explique que c’est un aléa de la pauvreté, de la condition sociale, de la « getthoisation », pas de la race, pas de la couleur de peau.

 

Ils répliquent qu’il y a du boulot pour tout le monde, qu’il suffit de vouloir mouiller sa chemise, que ce sont des paresseux qui vivent sur le dos de nos impots, avec les allocs, le chomage, les assistances…

 

J’ai la nausée.

 

J’aimerais qu’ils soient tous arabes, ou blacks, j’aimerais qu’ils sentent le regard des « bienpensants » glisser sur leur apparence, qu’ils voient les moues, les pincements de nez, les yeux qui fuient, qu’ils sentent ce rejet instinctif, cette mise au ban muette, avec une mamie qui ferme discretement son sac, et cette jeune fille la qui baisse les yeux, pour regarder ailleurs… J’aimerais tant qu’ils se sentent exclus d’office, pour un jour, pour un mois, quoi qu’ils fassent, souriants ou pas, bien sapés ou pas…

 

J’aimerais qu’ils craignent d’instinct, juste quelques heures, les uniformes, les sirenes de police. J’aimerais qu’on leur refuse, sous des prétextes bidons, l’acces a des appartements plus confortables ou a des jobs mieux rémunérés, avec dans les silences qui articulent mal les mensonges, l’écho fatal d’une seule vraie raison : « Arabe, bicot, beur, immigré, sale race ». J’aimerais qu’ils vivent dans la réalité des cités, ou l’ennui distrait du désespoir, ou les seuls héros, les seuls modèles au milieu de tant de pères au chomage, sont de jeunes dealers en BM.

 

J’aimerais surtout qu’ils connaissent le parfum chaleureux du thé a la menthe, qu’ils goutent a la pastilla de Leila et au rire franc d’Ahmid, le soir, dans ce petit appartement de banlieue, qu’ils puissent entendre Faridah, leur jolie ainée, en brillante maitrise de droit, parler se sa peur de ne pas trouver de job, et encore évoquer les images dures des flics qui maintiennent contre le capot brulant de leur voiture, le visage effrayé de son petit frère de douze ans…

 

Je sors de ma rêverie. Ils parlent de l’Islam à présent. De cet islam tronqué dont il n’ont que des visions stroboscopiques, des immams barbus, des bombes, des appels a la guerre sainte, des femmes bafouées.

 

J’essaye de leur dire que la colonisation et la néocolonisation occidentale ont crée le reveil du monstre de l’intégrisme islamique, seul élément fédérateur commun a tous les peuples du magreb envahis par les armes et les industries, et que meme aujourd’hui il y a bien plus de musulmans modérés que de fanatiques… J’essaye de leur faire souvenir que Jesus était palestinien, bordel, comme les putains d’apotres. Luc, Marc et Mathieu, basanés… Que Godefroid de Bouillon prenait un bain par mois et se balladait dans une armure pleine de pisse et de merde alors que les Arabes inventaient les mathématiques, la boussole et le sextan… J’essaye tout… mais…

 

Mon col cravate les oblige a m’écouter poliement. Mais je sens la haine qui couve, une haine sourde a proprement parler, sourde a toute raison.

 

Bien sur, les balieues flambent. Rien n’excuse la violence, surtout aveugle et imbécile. Un criminel est un criminel, quelle que soit sa race, sa couleur ou sa conviction. Un criminel est un criminel, quelle que soit sa motivation…

 

La France vit sur un fumier de racisme et de xénophobie de moins en moins voilé. "c'est pas des gens comme nous". J’ai honte. L’idéal républicain, la déclaration des droits de l’homme, égalité, liberté, fraternité, conneries oui… Plus je vis ici, plus j'ai la sensation que les français n'aiment pas grand monde. Ils crachent sur les américains, se foutent des belges, méprisent les allemands, se méfient des ritals, des portos et des ibères... Et comme si ca ne suffisait pas, il leur faut encore se payer la tête des bretons, des alsaciens, des chtis ou des méridionnaux...  Mais ce soir, il ne s'agit plus de plaisanteries au comptoir... Un cran a sauté. La mécanique s'emballe.

 

Leur Ego n’a d’égal que leur peur. Orgeuilleux et trouillard, le peuple fourbit ses armes ; des convictions toutes faites, relayées par intenet, dans les bistrots… Devilliers se risque a quelques phrases chocs. L’autre borgne porcin se tait dans l’ombre ; il attend son heure en souriant.

 

Je sors du café avec une pierre dans le ventre. J’ai mal pour eux, mal pour tous. Je hais cette vérole qui fait son chemin dans des esprits pourtant d'ordinaire si gentils, si généreux. Je n’en veux a personne, sauf à moi-même, de n’avoir pas su trouver les mots qui apaisent

 

 


18:27 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

vain milieu sous l'amer Plus je cotoie de pouf et de fils à papa à Vaugirard, plus j'aime mon 93.

Mais comme le chantait ce matin un SDF alcoolisé en regardant les costards/tailleurs passer dans le métro "Quand on est con, on est con..."

Écrit par : D-ame | 16/11/2005

Les beaux jours du FN WE passé en France, dans la première commune FN des élections précédentes... Non, on ne voit pas des vieilles dames avec des caniches dans les rues, mais des gens relativement jeunes avec des chiens d'attaque, même les clodos. Et puis les discours ! Ce n'est même plus les français de vieille souche qui sont xénophobes, c'est les émigrés des anciennes générations, des années où règnait le plein emploi, d'un temps révolu où les émigrés pouvaient élever leurs enfants dans la dignité et où l'intégration et le respect avaient un sens.
Tout cela me rappelle le livre écrit par un journaliste allemand. Héroïquement, il s'est transformé en turc et a vécu sans jamais tricher la vie d'un émigré turc débarquant en Allemagne pendant une année complète. Son témoignage est édifiant !
Tu as fait preuve de courage en défendant tes opinions dans un tel climat, c'est toujours difficile de nager à contre courant...
Bisous.

Écrit par : Mrose | 17/11/2005

Les flics Le flic dont tu parles ça fait trois semaines qui se paie de la caillasse sur la tronche par une/des bande/s de blaireaux finis.
De leur faute, plusieurs communautés voient s'effondrer des années d'acalmies et de construction d'un avenir plus juste. Tout est à l'eau.
Même les pompiers se font prendre en embuscade... et ça se passe ici... en République.

Je trouve leur réaction quelque part normale.

Je défendrais bien mon opinion plus longtemps, mais ce débat n'a pas de fin.

Écrit par : Raphael | 17/11/2005

... Anti-xénophobe par défaut, je citerais une phrase d'un certain Killer d'une époque...

"Nous avons tous nos faiblesses, nous avons tous nos préjugés".

Personellement, je ne me suis fait agresser que par des personnes d'origine maghrébine, je ne vois que des personnes d'origine maghrébine insulter des femmes, des faibles rue neuve, je n'ai entendu qu'une seule personne d'origine frapper une amie d'enfance et violer une autre de toujours...

D'un autre côté un soir où j'étais en difficulté, ce furent 2 personnes d'origine maghrébinnes qui me vinrent à l'aide alors que le reste du peuple belge restait coit.


Qu'on le dise où pas, cela reste ancré dans mon âme, dans la mémoire, par les coups, par le vécu...
Certaines personnes s'adaptent et l'on se doit de les aider... d'autres sont à exterminer, désolé pour le mot...

Écrit par : MrP_MrF | 18/11/2005

... Tes mots, pourtant, tu les trouves très bien quand il s'agit de les coucher par écrit.... Alors soit ils te viennent à retardement (c'est souvent le cas pour moi), soit les gens que tu fréquentes sont déjà sourds à l'appel de la raison et du bon sens.
Quoi qu'il en soit, une fois de plus, je partage totalement ta révolte et ton dégoût.

Écrit par : Armalite | 20/11/2005

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