03/01/2006

L'armée des millions de singes

 
Gloubiblouga Génération... Ado-cadre, célibattant... Je nous croise par milliers dans le métro, dans les lobbys des hotels ou des aéroports que nous fréquentons comme si il s'agissait de notre propre salon.
 
Tous pareils, moulés, formattés, costard-cravate nickel, légerement trendy, Ipod dans la poche, PDA à la main, la Boite le jour, slideshow powerpoint et graphiques excell, Les boites le soir, caiperenhias et electro remix captain flam... Nous sentons bon, nous avons l'air en forme, nous avons de quoi tenir le coup et maquiller nos cernes.
 
Nous consommons au cent bien plus qu'une grosse cylindrée américaine des 60s. Vetements griffés (dégriffés au pire), portable dernier Cri, bracelet montre classe (Breitling, Hamilton, Longilne) ou prestige (Patek Phillip, Rollex, Beaume Mercier, Cartier), des cartes de credit a paillettes (ou noire pour les plus chanceux) et carte de membres dans trois boites branchées et deux clubs de remise en forme. Baise, Ski, Tennis, Playstation et Nuits Blanches a 240 BPM sont nos principaux loisirs.  

Nous n'avons plus de femmes, nous avons des numéros de portables. Le mot "Famille" évoque principalement nos ascendants et éventuellement nos colatéraux. L'avenir, c'est nous, depuis que nous sommes gosses et ce jusqu'a ce que nous cessions de l'être, à savoir Jamais. Nous ne voulons pas d'enfant. Nous occupons sa place. C'est la nôtre depuis toujours.
 
Nous sommes éternels, ou a tout le moins jeunes pour toujours, c'est en tout cas ce que le marketing s'époumonne a nous répéter pour mieux faire s'allonger nos relevés de comptes que nous ne consultons plus depuis longtemps. Nous n'économisons pas. La jouvence n'a pas de prix. Un linceul n'a pas de poche. D'ailleurs, nous n'avons jamais de liquide sur nous, sauf a de rares exceptions, pour des transactions plus douteuses qui ne tolèrent pas encore un débit sur carte bleue.
 
Nous n'avons plus de besoin, nous n'avons que des envies, des désirs-rois qu'il est impérieux de satifaire, instantannément. Nous ne grandirons pas, par ce que grandir nous rendrait raisonnables, par ce qu'être raisonnables ferait de nous de moins bons clients. Dans les statistiques marketing, la ménagere de plus de 40 ans, consommateur fossile d'une ère passée, disparait doucement pour faire place à l'adolescent de plus de 30 ans, dont on flatte le col blanc à coup de chic et de glamour.
 
Nous regardons le monde sombrer depuis le pont de la business class. Au travers des cris désespérants d'une humanité qui se noie inexorablement, nous n'entendons que la musique qui s'échappe de la salle de bal des premières, un pont au dessus de nous. C'est tout ce qui nous importe désormais... Passer en Premiere, passer de la Golden a la Platinium et crever avec eux dans une partouze d'enfer, le pif dans la poudre, la queue dans une bouche d'aristocrate ou de star people pendant que casimir nous chante encore :
 
"Voici venu le temps des rires et des chants,
dans l'ile aux enfants c'est tous les jours le printemps.
C'est le pays joyeux des enfants heureux,
des monstres gentils, oui c'est le paradis..."

Mais c'est une illusion. Les escaliers sont bloqués et bien gardés. Ils ne se noieront pas. Des chaloupes d'or les emmeneront vers une autre fête. Et lorsque l'eau froide et visqueuse commencera a clapotter pres de nos semelles weston, nous nous rendront vite compte que nous savions rire, boire, jouir et chanter, mais que nous ne savons toujours pas nager.
 
Nous sommes l'engrenage doré chéri d'une mécanique a broyer le monde. Brossés, huilés avec soin, nous dépensons notre seule jeunesse a accélérer la pression pour le profit des premieres. Nous sommes la couche intérmédiaire, méprisée par le haut, détestée par le bas, inconsciente, indispensable.
 
Nous sommes les seuls a pouvoir faire se gripper la machine. Mais nous avons peur de perdre nos privilèges. Nous sommes une armée de millions de singes, imitant les manières des grands pour mieux nous moquer des petits. A défaut d'humanité on nous retribue en gadgets et verroterie.
 
J'aimerais que la poudre saute, mais j'ai peur d'allumer la mèche.
 
 

12:53 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Gilliam puissance beaucoup La poudre saute... aux yeux.

(Impressionnant, du Brett Easton Ellis :-)

b.

Écrit par : bergm4n | 03/01/2006

faut lire Generation x douglas coupland
Et bouger!

Écrit par : - | 05/01/2006

... La première fois que j'ai laissé un commentaire sur ton blog, c'était il y a un peu plus d'un an, et le fond de ton post était à peu près le même... Tes mots font toujours écho à mes sentiments. Mais aujourd'hui comme hier, je te le répète: ok pour faire tout sauter, mais concrètement, on s'y prend comment?

Écrit par : Armalite | 07/01/2006

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