06/01/2006

Traces de Soi


Je suis moche. Houlalala, qu'est ce que je suis moche, bon dieu... Mais comment fais-je pour être aussi moche, incroyable.
 
Voila, c'est dit, croyez moi ou pas mais c'est un discours que je me tiens, les yeux dans le mirroir depuis pres de 20 ans. Chaque jour, je trouve ma laideur stupéfiante. Certes, je rencontre parfois des gens bien plus laids que moi, des gens qui portent sur le visage ou sur le corps comme un mauvais coup de carricature, mais rien ne peut ôter cette sensation diffuse de laideur, de laideur banale, pas révoltante, un inesthétisme fade, insipide, commun, presque vulgaire.
 
Que n'ais-je pas rêvé d'accrocher le regard, de séduire sans meme avoir ouvert la bouche... Que n'ais-je pas déja désiré être remarqué, de face comme de profil, suciter le trouble de femmes que je n'aurais même pas aperçues, mais qui déja, de loin, me dévoreraient des yeux. Que n'ais-je pas jalousé mille et mille fois ces "bogoss" qui n'avaient qu'à tendre un bras nochalent pour attraper de la volaille frétillante.
 
Mais non, indéniablement, je reste en marge des standards de la beauté masculine. Je ne serai jamais un minet, un beau brun ténébreux, un sportif au corps sculpté, un dandy au sourire ultrabrite.
 
Un visage un peu trop ovale, un front haut de parenté frankensteinienne, un nez familiall, long, de "caractère" comme on dit, terminaison en poichiche, comme Cicéron, on se trouve les gloires qu'on peut, de grands yeux, beaucoup trop grands, entre ovidés et bovidés, d'un vert glauque, meme pas franc, d'un vert sombre comme des mares, des joues tombantes, une bouche trop charnue pour etre vraiment sensuelle, prompte a la lippe, un menton timide, presque fuyant, souvent couvert par un bouc roux, en contraste avec ma tignasse chatain...
 
Quand au corps, mis à part de bonnes épaules et un (...) que la décence m'interdit de détailler ici, je n'ai pour moi qu'une taille raisonnable, un peu au dessus du metre quatre vingts. Pour le reste je suis plombé de kilos en trop, placés tout autour de moi, dans un inesthésisme mou, adipeux, des courbes au kilometre... Dans ma meilleure forme, on me trouve une ressemblance (lointaine) avec Kieffer Shutterland... On est loin de Brad Pitt.
 
Voila comment je me vois, depuis toujours. J'ai tout essayé, les cheveux longs, les cheveux ras, le 3 pieces cravate, le streetwear, le décontract-trendy, des lunettes de tous les genres, indéfiniement, je me trouve laid, a coté de la plaque.
 
Depuis que j'ai un appareil digital je prends régulierement des shootings de mon visage, entre 10 et 40 prises par séance, improvisées, à l'occasion d'un instant miracle ou tout à coup, je me moins affreux... J'en accumule des paquets dans un répertoire appelé "photomatons et narcissisme". On pourrait croire, voyant cette gallerie de centaines de portraits, que je m'adule, que je me voue un culte... Bien au contraire, je cherche désespérément a réaliser UNE seule bonne photo de moi...
 
Le vilain petit canard espère vainement qu'un jeu de lumière ou un effet de flou lui permettra de ressembler, le temps d'un déclic, au Cygne qu'il ne sera jamais.
 
So fucking what ?
 
Et bien non, détrompez vous, je suis beau, je suis irrésistible, je le sais tres bien. Toute la description qui précède ne sera pas remise en cause, au contraire. Cette disgrace m'a permis d'apprendre à compenser, à user de charme là ou je ne suis pas capable de plastique, à émouvoir ou à faire rire plutot que d'interpeller le simple plaisir des yeux.
 
Je suis devenu un séducteur insatiable, presque un vampire, cherchant de le soupir de celle qui s'abandonne à moi, la certitude fugace d'être beau et digne d'être aimé. Pire, j'en suis arrivé à comprendre que chaque miette d'amour reçu, chaque tendresse acquise, étaient d'autant plus méritées qu'elles étaient les fruits d'un vrai travail et non pas le bienheureux résultat d'un hasard esthético-génétique.
 
Pourtant, je n'aurais pas du. Plutot que de me servir d'un média, de l' "autre", pour me prouver toutes ces choses, j'aurais du moi-même accepter ce visage et ce corps, les acceuillir comme des cadeaux, les comprendre comme une partie de mon identité, non modifiables.
 
Peut etre alors n'aurais-je pas été obligé de m'aventurer dans les labyrinthes complexes de la séduction et y perdre mon chemin à tant et tant de croisées de routes, peut etre me serais-je évité bien des détours, pour aujourd'hui être mari et père plutot qu'un adulescent toujours a la course, toujour a courre, peut-être aurais-je pu garder un peu de ce "goût des autres" qui me manque si cruellement depuis longtemps, tant j'en ai fait, tant j'en ai consommé, sans faim, sans fin, sans plus la moindre excitation, peut etre aurais-je réussi a conserver cet émerveillement, cet enchantement de l'amour, de cette naiveté touchante et fraiche, plutot que de me retrouver blasé, gris et parfois amer, astiquant mes trophées devenus sans valeur a mes yeux, cherchant en mémoire a ronger sur les os de mes disparues le moindre petit reste d'exaltation, le moindre petit souvenir de joie spontannée.
 
Et puis, contre tout attente, un jour, un matin tôt, tout défraîchi, la gueule burinée, mal rasé, fagotté avec mes fringues de la veille qui venaient d'essuyer un tour complet de cadran en nigthclub, j'ai croisé une femme, dans des circonstances improbables. Quelques jours plus tard, une amie m'apelle pour me dire que cette fille, en un coup de vent, en un clin d'oeuil, m'avait trouvé beau, craquant...
 
Aujourd'hui chaque heure passée près d'elle m'apprend a m'aimer tel que je suis, un peu comme avec toi, Charlotte. Elle ensoleille mes jours, sa main dans la mienne. Fier et heureux, avant toute chose, je nous trouve beaux, tout simplement irrésistibles.
 
Elle est superbe, lumieuse, fraiche, accomplie, douce, patiente et m'enchante chaque minute un peu plus.
 
Depuis qu'elle est entrée dans ma vie, les yeux clos, l'âme apaisée, le corps au repos, je respire, en souriant, le merveilleux parfum de la sérénité.
 
Pourvu que ca dure...
 

13:26 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

non, rien Je te tenais juste à être la prems.

[Je n'en dirais rien, tu sais tout le bien que je te souhaite.]

Écrit par : Carole | 06/01/2006

Qui l'eut cru. Ça fait plaisir.

Écrit par : Georges | 08/01/2006

J'ajoute même... beaucoup

Écrit par : Georges | 08/01/2006

Je suis persuadée... que ça marchera!
Crois en cette main tendue...

Écrit par : nauscaa | 08/01/2006

Génial, fais durer On est toujours beau pour quelqu'un, le tout c'est de le trouver. Mais on peut être beau pour seulement soi-même aussi, ça c'est l'extase...
Que l'heureuse soit heureuse et que cela rejaillisse sur toi, indéfiniment...
Contente je suis, pour toi...

Écrit par : Marirose | 08/01/2006

Rien Sui tombé sur ton blog par hazard, mais jte le di.

Respect man :) t un bon ^^

Et bonne continuation a toi.

Écrit par : Alex | 14/05/2006

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