11/01/2006

Au Bal Masqué (ohéohé)

 

Bon à rien depuis toujours. Lorsque je vois ou j'en suis, je n'en crois pas mes yeux.

 

Voila pres de 10 ans qu'on me paye, qu'on me file des bagnoles, des tickets restos et un salaire de plus en plus gras sans que je comprenne vraiment pourquoi.

 

Je n'ai jamais travaillé de ma vie. Depuis les petites classes jusqu'a aujourd'hui, j'ai l'impression scandaleuse de ne strictement rien branler. Je n'ai meme jamais appris à faire le moindre effort. Je traverse ma vie au hasard, comme un passager clandestin. Sauf qu'aujourd'hui je squatte carrément les premieres en me plaignant de la qualité du champagne.

 

Sentiment perpétuel d'imposture. L'impression de n'être soutenu que par une bonne étoile de compétition. Je passe ma vie a faire semblant d'être ce que je ne suis pas. Un peu de tchatche et de petites capacités rédactionnelles m'ont permis d'éviter les rares éceuils qui ont jalonné cette masquarade qu'en d'autres lieux j'appelle fierement ma "carrierre".

 

Quand je pense que je n'ai meme pas mon diplome de retho (le bac pour nos amis les froggies), que mon seul papier officiel est une simple candi en droit (un deug, pour les mêmes), que je baragouine un sabyr d'anglais et que je ne suis pas foutu de prononcer 3 phrases dans la langue de Vondel sans me prendre les pieds dans le tapis, je me rends compte que ma vie professionnelle relève du miracle.

 

Je gravite dans un univers de gens bardés de diplomes, cernés par les heures supps, investis, impliqués, appliqués, méticuleux, des gens qui bossent a s'en faire pêter les méninges. Je donne le change, mais au fond, tout au fond, j'ai honte.

 

L'effort, le mérite, la récompense d'un travail assidu, la rigueur, le professionalisme... Des notions qui m'échappent complètement. En vérité, c'est un jeu, une vaste farce, une valse aux faux semblants. Il aurait suffit a tous mes employeurs de me virer, de diviser mon salaire par deux et d'engager une paire de mecs compétents pour voir leurs résultats grimper en flèche... Mais non, je suis toujours là, à me demander à quel moment quelqu'un finira par me démasquer en se bidonnant.

 

Presque 10 ans d'injustice révoltante, 10 ans de cache-cache. Autour de moi les têtes tombent et je roupille toujours. Je ne comprends pas. J'en avais parlé a une psy lors d'une des 3 malheureuses séances que comptent ma vie. Je lui ai raconté avec force de détails et d'anecdotes a quel point j'étais creux, vide, a quel point je jouais de l'imposture, sans avoir jamais vraiment pu comprendre ce que j'étais vraiment. Elle m'a regardé avec un sourire et m'a dit "Mais vous savez ce que vous êtes ; un imposteur, un bon imposteur".

 

45 euros pour un retour abrupt a la case départ. En sortant de là, je me suis dit que je venais aussi de financer une belle imposture. Après tout, il s'agit peut-être la d'une vérité universelle. Nous sommes sans doute tous des imposteurs... Ca n'aurait rien de surprenant... Mais à ce point, tout de même...

 

Alors voila, depuis, chaque matin, j'enfile un de mes 15 costumes et une de mes 98 chemises que j'essaye d'assortir avec une de mes 64 cravates. Je choisis une de mes 5 paires de chaussure de ville, au besoin j'attrape une de mes 4 écharpes, un de mes 3 parapluies, je grimpe dans cette bagnole allemande payée par la boite et m'en vais jouer à faire semblant d'être une grande personne sérieuse, responsable et efficace.  

 

Costume, oui, costume de scène. Un bal travesti. Un saboteur passif en uniforme. Il ne me manquerait plus qu'un loup. Mais mon visage lui-même est un masque.

 

Je sais qu'un jour ca se cassera la gueule. Question de temps.

 

Et vous ?

15:33 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

Pareil pour moi Cher Jorael,

Cela fait un moment que je suis ton blog au file de tes écrits et je me décide enfin à faire un commentaire.
Pour ma part, ma vie ressemble assez à la tienne et surtout niveau boulot. Tous les jours je me dis que moi aussi je suis une grande imposteuse et qu'un jour ou l'autre il va bien falloir arrêter cette mascarade et prendre sérieusement les choses en mains. Bref en un mot devenir plus adulte comme diraient les psy…. Mais d'un autre côté, je me dis que la vie est un jeu et que pour une période je joue le rôle de l'imposteur. Le tout est de savoir jusqu'à quand je vais encore pouvoir endosser ce masque... plus très longtemps je pense. Après tout, nous sommes maître de notre destin et de nos choix. Est-ce si grave que ça de jouer un rôle, car après tout, ne sommes nous pas tous des marionnettes ??? Alors comme dirait certain « the show must go on… »

Pourquoi nous posons nous des questions, alors que tellement de gens aimeraient être à nos places. Est-ce dans la nature humaine d’être insatisfait et toujours vouloir briser ce qu’il y a de bien ou est-ce seulement moi qui déraille… ?? Je crois que la grande question que l’on devrait se poser est : « que voulons nous vraiment dans la vie ? ». Je crois que le jour où j’aurai la réponse, j’aurai enfin trouvé la paix intérieure.

Je serai curieuse de savoir comment de personnes sur terre sont comme moi.
Sommes-nous tous des imposteurs ?

Écrit par : bridgetbcn | 11/01/2006

mais qu'est ce que c'est que cette histoire???? Les seuls vrais imposteurs sont à mon sens ceux qui ne sont arrivés là où ils sont que grâce au nom qu'ils portent, grâce à cher papa qui leur ouvre les portes de la boîte parce que quand même tu vas pas te salir les mains mon grand viens j'ai une place toute chaude pour toi... tout ça sans avoir la moindre compétence. Car il est là le problème, ce ne sont pas des bouts de papier attestant que tu as posé tes fesses sur les bancs de l'amphi pendant 5 ans qui font que tu mérites un job. Ce sont toutes tes connaissances même si elles n'ont rien à voir avec ce foutu diplôme, ta capacité à les exploiter au quotidien dans ton boulot, tes qualités annexes, bref les compétences quoi !
alors haut les coeurs on arrête de délirer et de se dénigrer sans cesse. L'efficacité, l'intelligence, la détermination, la conscience professionnelle ça ne s'apprend pas à la fac, cela se saurait ;-)
bisous

Écrit par : Lou | 11/01/2006

hum La veritable imposture c'est de pretendre que cette petite vie 'creuse' ne te plait pas. Car finalement si tu voulais... tu ne pourrais pas tout faire peter (This is your life) mais simplement commencer a changer.

Cheers,

Écrit par : Jolly | 11/01/2006

Et bien non
Cher monsieur,

Je ne me sens pas concerné par ce texte. Je suis consultant. Je bosse de 8h du matin a 22h et j'attends patiemment d'avoir fini mon travail avant de venir vous lire, ce qui explique l'heure tardive de ma réaction.
J'aime bien votre prose habituellement, mais la je suis scandalisé. Imaginez vous comme nous travaillons tous dur a redresser les boites en déficit, plombée par les menfoutistes comme vous, les syndicalistes, les déprimés chroniques et autres sangsues ? Des gens comme vous font tomber la france, monsieur.
Pendant que nous essayons désespérément de rendre nos industries compétitves a l'export, en dévaluant la monnaie du Boudjikistan ou de la République Démocratique du Khualu, vous vous plaignez sans cesse... Vous rigoleriez moins si vous étiez dans les implantations délocalisées que nous conseillons a nos clients, sous payés a coller des basquettes ou a vous niquer les yeux a force d'encoder des données au millieu de centaines de pakis, ou si nous vous foutions tous au chomage pour faire grimper les marges bénéficiaires de votre boite pour enfin recompenser les actionnaires qui sont les seuls a honnêtement se mouiller le portefeuille.
Vous avez accepté de rentrer dans le monde de l'entreprise privée. Respectez en les règles ou barrez vous.
(Je reviendrai quand meme vous lire)

Écrit par : Rako | 12/01/2006

hé bin.... En voila un beau néolibéral. Baron de medef, enlève ton masque on t'a reconnu!!!

Écrit par : L'évêque | 12/01/2006

ouais.... Je suis assez d'accord avec Jolly.... si tu n'es pas heureux comme ça, rien ne t'empêche d'en changer et de donner un sens à ta vie professionnelle. Si tu as trop de cravates, chemises, etc... je t'assure qu'il y a plein de domaines professionnels ou tu ne pourrais pas t'en acheter une par an. Si tu continues dans cette voie, c'est que quelque part ça te convient!

Quand à moi, c'est pas vraiment le même cas de figure, je bosse comme une nègre pour pas grand chose, j'ai fais des études, mais ne suis pas arrivée au bout.
Et je pense que le fait de ne pas avoir de diplôme est une des raisons pour laquelle j'ai tout à prouver en bossant très fort avant de gagner ma vie correctement... Si tu pouvais écrire une sorte de "que sais-je" qui aurait pour titre: "comment gagner des thunes sans diplôme" ou "manuel de la réussite sans diplôme"... ça m'aiderait ;o))

Écrit par : Lilimoncello | 12/01/2006

- La chance par définition on ne la choisit pas, par conséquent la lapidation des uns (c'est honteux, boouuuuuu) et l'auto-flagellation de l'autre (je suis un vilain profiteur) me semblent un peu vaines.

Des gens indécemment chanceux il en faut, autant que ce soit toi,
tant que tu en as conscience et que tu n'oublies pas d'en faire profiter les autres.

Écrit par : Versus | 12/01/2006

Ce n'est pas parce qu'on est tombé dedans.... Depuis l'enfance on m'a encensée, gratifiée, promise aux plus nobles destinées.
J'ai dû lutter très fort contre tous pour être et rester ce que je suis et ...oserais-je dire, "rien que ça".
Mais même là, ça continue : on me prête des qualités que je n'ai pas et on crie au génie quand j'émets une idée ( que j'ai reprise à d'autres cons où juste un peu aménagée).
Alors, imposture où pas, vraiment je m'en fiche bien aujourd'hui, probablement parce que je me suis restée fidèle , tout simplement.
Mais sans doute ais-je eu la chance et l'inconscience aussi de ne me laisser séduire ni par l'argent , ni par les discours,ni par les honneurs.
Je mourrai sûrement pauvre et en toute humilité pour n'avoir pas saisi les richesses et la gloire... mais quel bonheur que ce petit chemin de traverse.
Milles tendresses

Écrit par : muffy | 12/01/2006

Z'avez raison
Je ne me plains pas de ma condition, loin de la. On va pas cracher dans la soupe au morilles, tout de meme.
Et oui, je manque de couilles, évidemment. A force de tout avoir on finit par oublier ce que l'on veut vraiment... Si jamais je l'ai su un jour...
En fait, ce n'est pas tant que je ne fasse "rien", mais mon travail de "commercial" me demande si peu d'efforts que je n'arrive pas a considérer qu'un peu de bagou, un zeste de jugeotte, un brin d'humour et une connaissance des outils bureautiques de base suffisent a faire un job...
Je finirais bien par oser partir a la recherche de ma nature profonde. Question de temps... que me poussent les ailes ou les couilles nécessaires...
Merci pour vos commentaires, je vous adore.

Écrit par : Jorael | 12/01/2006

Tiens, c'est drôle Moi, c'est exactement le contraire !

J'ai tout ce qui faut sur les papiers, beaucoup de grands diplômes avec super mentions, des expériences réussies jusque chez l'Oncle Sam, tout ce qui faut dans la tête, une curiosité à tout va, de grandes qualités mais j'ai un job à la con, un cadre de travail atroce, un salaire de merdre sans augmentation d'un iota depuis mon embauche il ya des années.

Et quand j'envoie des CV dans la nature, on ne me répond même pas...

Du coup, quand je lis ton nouveau post, je me dis que, p*****, touche à rien, prends comme ça vient, c'est que du luxe mon bonhomme !

Tu es ma revanche personnifiée ! Ca me met la banane.

Te poses pas trop de questions, prends l'oseille et prends des cours du soir pour apprendre à lâcher tout. Comme ça tu arriveras peut-être enfin à pondre leS bouquinS que des éditeurs t'achèteront la peau des yeux.

Et comme tout le monde ici ajoute ou fini en chanson, toi comme moi même combat : "J'aurai voulu être un artiste..."

Écrit par : alter ego | 13/01/2006

le syndrome de l'imposteur Typique de ceux qui souffrent en fait de manque d'estime d'eux mêmes. Quand je me mets à penser comme cela, je m'efforce de me rappeler que les employeurs ne sont pas des altruistes et qu'ils trouvent leur intérêt à conserver dans leur entreprise des gens comme toi ou moi. Oui commercial c'est un job où un peu de bagou, de jugeotte, de chance, permettent de signer des contrats en or. J'ai vu des gens être virés alors qu'ils avaient fait des études pour être commerciaux, tandis que l'on me confiait leurs dossiers alors que je n'ai fait que des études de philo. Mais il y a une race de gens qui ont vécu l'urgence comme toi avec tes dettes, et moi avec mes échecs au CAPES pour être prof. On a atteri là dedans, et on a réussi, çà ne fait pas de nous des imposteurs, mais des gens qui ont su rebondir. Après savoir si cela te convient ou pas, si tu veux changer de voie c'est une autre histoire. Bises

Écrit par : Cécile | 13/01/2006

le travail nuit à votre santé et à celle de votre entourage! "Quarante pour cent de la main-d'oeuvre est constituée de cols blancs, dont la plupart exercent quelques-uns des métiers les plus ennuyeux et les plus débiles jamais inventés. Des secteurs entiers de l'économie l'assurance, la banque ou l'immobilier par exemple, ne consistent en rien d'autre qu'en un brassage de paperasse dénué de toute utilité réelle. Ce n'est pas par hasard que le secteur " tertiaire ", celui des services, s'accroît aux dépens du " secondaire " (l'industrie) tandis que le " primaire " (l'agriculture) a presque disparu. Comme le travail ne présente aucune nécessité, sauf pour ceux dont il renforce le pouvoir, des travailleurs toujours plus nombreux passent d'une activité relativement utile à une activité relativement inutile, dans le simple but d'assurer le maintien de l'ordre, la paix sociale - car le travail est en soi la plus redoutable des polices. N'importe quoi vaut mieux que rien. Voilà pourquoi vous ne pouvez rentrer avant l'horaire à la maison sous prétexte que vous avez achevé votre besogne quotidienne plus tôt. Même s'ils n'en ont aucun usage productif, les maîtres veulent votre temps, et en quantité suffisante pour que vous leur apparteniez, corps et âme. Comment expliquer autrement que la semaine de travail moyenne n'a guère diminué au cours des cinquante dernières années? "

Extrait de" l'abolition du travail" par Bob Black
disponible en ligne ici :
http://www.aredje.net/lecture.txt/black1.htm

D'autre textes et livre en ligne sur le thème sur ce site:

Écrit par : Activista | 14/01/2006

Et nous ? J'ai toujours eu la chance de naître sous l'étoile d'un père extraordinaire qui a voué sa vie pour sa famille, et donc, aussi pour moi...
J'ai toujours eu la chance de ne manquer véritablement de rien au niveau de base... j'ai pas été super gaté mais je n'ai jamais manqué à manger pendant 1 semaine d'affilée et même maintenant, ca ne serait jamais le cas s'il devait se produire un incident.

Pour le reste ,j'ai le plus beau métier du monde... commercial.
C'est con un commercial, ca n'a pas de rapport compliqué à rendre, d'analyses suprêmes à faire, juste à se donner à fond, à savoir discuter, ou cerner simplement les gens...

Entre pute et psychologue en fait...
Mais malgré cela, des fois, les masques tombent... on a rêvé d'être autre chose, on se réveille régulièrement le matin en voyant le fard se lézarder, mair on vit, on continue, on avance, parce que c'est déjà ca...


Comme disait un collègue... "c'est ma tartine m'sieur..."

Écrit par : MrP_MrF | 15/01/2006

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