16/01/2006

Occasion du Coeur

 

"Le Coeur a des raisons que la Raison ignore..." Et des ratées étranges qui échappent a toute explication mécanique...

 

Le mien vieillit. Il me le dit, le soir, au creux des draps, la lumière éteinte. Il m'invite à compter avec lui les plaies et les bosses que je lui ai infligées tant d'années durant.

 

Il ne saigne plus. Il ne se lamente pas. Il crâne un peu, comme un kador de quartier. Il a le sourire torve, la patience et le détachement de ceux qui ont vécu. Il se moque de moi, me trouve naif, idiot meme d'attendre de lui qu'il batte comme il y a dix ans...

 

Parfois il me fait peur... Il traine la patte, tarde a répondre, s'enfonce dans une étrange noirceur ou disparait tout simplement de ma poitrine.

 

Il lui arrive aussi de se souvenir de sa jeunesse propre et me paralyse de toute sa pesanteur. A m'en broyer la gorge.

 

C'est lourd a porter, un coeur plein de cales, de cicatrices et d'atèles.

On dirait une vieille bagnole. Capricieuse et poussive. Habitée par une ame propre, indépendante, imprévisible.

 

Je me prends a souhaiter qu'il démarre au quart de tour, puis, peu après, j'essaye de le ménager juste assez pour ne pas qu'il se noye.

 

Pas d'échange ni de garantie. Ce n'est qu'apres l'avoir un peu usé, un peu amoché qu'on comprend tout le soin qu'il aurait fallu lui apporter, qu'on espère surtout avoir appris a être assez délicat pour tenir ensemble ce qui reste, pour éviter qu'il vole encore en éclats.

 

 

13:31 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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