30/01/2006

Flirt à Particules

 

Le cerveau au ralenti. Comme le moteur de la caisse. Nous sommes des milliers, peut-être des millions, enfermés dans nos cages de toles, plus ou moins confortables, plus ou moins bien chauffées, à écouter passivement la radio qui débite, qui répête, qui matraque, tandis qu'un soleil bas et rouge vient froler la crasse de nos pare brises.

 

Mes pensées sont embouteillées. Il est trop tôt. Biologiquement programmé pour vivre de 11h à 2h du mat, je me torture depuis ma plus tendre enfance à m'arracher de mes draps pour me propulser dans un monde de gens actifs, frais et efficaces.

 

Mon diesel mental met du temps a chauffer. Fin de week-end, bien plus que début de semaine. Tout ce que je m'étais promis de faire, trop content de m'en débarasser dans un futur qui n'existait pas alors, est a moitié rongé par l'oubli, a moitié délavé par la vie, la vraie, celle que je mène quand je ne porte pas de cravate. J'essaye de me souvenir, de remettre de l'ordre dans ces "priorités" qui se bousculent, morcelées, incomplètes, pathétiques, insignifiantes.

 

Les deux roues défilent à ma gauche. Ils payent leur ponctualité en se pelant les couilles au grand froid. Pire, pour pointer a l'heure, ils décident d'encourrir le risque vital urbain maximum ; rouler entre les bagnoles sur un périphérique bondé. Un écart et "bang", ils iront bouffer du bitume a pleine rembarde et se désespèreront en regardant a travers leur visière cassée et maculée de sang, de ne pas voir arriver a temps leur ambulance qui ne pourra jamais passer rapidement à travers les cinq bandes blindées de couillons comme moi et moi.

 

De part et d'autre, les mêmes geules d'enterrement. Lundi. Grosse cylindrée, coupé bricolé, break familial, les mêmes faciès, apprêtés, maquillés, rasés, coifés, mornes, dépités. Filtre a particules. Vive le progres. Au moins l'odorat et l'ouie sont épargnés. Sur le bord de la route, quelques arbes rachitiques, déplumés, attendent l'arrivée d'un printemps crasseux qui leur permettra de respirer a pleines feuilles nos vapeurs de gazoil.

 

Je l'ai laissée dans mon lit. Sa peau tendre et ses cheveux blonds doivent encore reposer tiedement à coté de ma place vide. Voila la seule réalité, la seule chose qui échappe a l'absurdité de mon univers immédiat. Pourquoi ne fais-je pas demi-tour, pour occuper une place qui m'appartient vraiment, plutot que de m'agglutiner avec les autres, pare-choc contre pare-choc, en direction d'un monde de masquarade, ou pour quelques zeros bancaires, je prétends etre ce que je ne suis pas, je prétends faire ce que je ne fais pas.

 

Je me rends compte que mon cerveau vient d'absorber cinq messages publicitaires par les oreilles et quinze autre par les nerfs optiques.

 

La Matmut assure, La liposucion de l'institut lazer promet des miracles sur rendez-vous, Les Golfs ne consomment presque rien, Philippe et Régis vont toujours chez Leclerc et M6 diffuse une merde ce soir, Prévôt fait encore des calembours pénibles pour les Magasins U.

 

Je me sens aggressé. J'appuie sur la touche CD. Led Zepplin démarre. Communication Breakdown. Autres ondes. Mon iPaq sonne mon premier rendez-vous. Mon GPS baragouine d'une voix de synthèse que ma sortie est imminente. Deux kilomètres. Tu parles. Immiente a vélo, certes. Mais la une tortue arthritique a ventouse me battrait a la course.

 

Sous un pont d'autoroute, il y a des tentes de fortune rafistolée avec des cartons et des débris de plastique. C'est le signal publicitaire ultime. Le bâton de la Carotte. Quand on se surprend a ne plus désirer ce que la pub nous inflige, on pose le regard de coté et on se prend a souhaiter ne pas se retrouver sous cette tente là. Consomme ou crève. On nous donne envie de vivre dans le panneau, on nous laisse meme l'occasion d'avoir pitié de ceux qui vivent en dessous.

 

Mon envie de dégueuler pêle mêle mes Kellog's Extra (aux pépites garanties 80% de Cacao), mon lait Premier de Candia, mon Nespresso Ristretto, mon Multivitamine Tropicana 12 fruits et mes cachetons d'antioxydants se fait plus forte. J'avale un Pepcidac duo (10mg de famotidine par comprimé avec pansement gastrique instantanné) pour arrêter la brulure.

 

Je passerais la matinée a la regarder respirer doucement, les yeux clos, en donnant quelques baisers sur la peau nue de son épaule, la plus proche de moi, pour ne pas la déranger. De temps en temps, je laisserais trainer une main sur son ventre chaud, sur ses jolis seins, si doux. Je regarderais le matin se lever par la fenêtre. J'attendrais d'avoir faim pour nous préparer quelque chose.

 

Sortie imminente.

Sortie imminente.

Sortie imminente.

16:18 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Wow! Outre le fait que c'est plutôt bien écrit, ca remue fortement les tripes dete lire quand on se trouve dansun bureau grisâtre...

Écrit par : x@ | 30/01/2006

périph attitude Changements de file, regards multiples dans les rétros, passage de vitesse en double debrayage, calcul de trajectoires, optimisation de la vitesse moyenne en changeant de file, observation attentive ...

Vous êtes sur un le périph, LE circuit de course automobiles et de motocycles le plus fréquenté de France.

A gagner: le droit d'arriver à l'heure.

Écrit par : Raf | 13/02/2006

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