13/02/2006

Brutal passage en Coulisse

 

Bruxelles. Il est deux heures du mat. Je suis derrierre mon portable à enchainer les Mp3s. Pour le moment on surfe sur une crète Electro Dance. 

 

Cheveux teints en noirs, visage, cou, poitrine, mains et avant-bras maquillés couleur argile, sourcis et yeux soulignés au khol, une fausse moustache qui se décolle sans arret de mon large sourire, collier de fleur blanche et collier de perles de bois autour du cou, je me dandine et juste au bord de la montée de "beat" j'hurle de tout mon saoul "Namasté" a la petite foule qui se défoule dans mon salon-dancefloor. En coeur Elle me répond "Naaamaaastéééé".

 

Lumières colorées et tamisées, bougies et encens. Rien que dans cette seule pièce, il doit y avoir 30 personnes, dont une bonne moitié ont respecté le "dress code" Bollywood. Saaris, turbans, maquillages, tout y est. Voila qui nous promet des photos colorées, mémorables.

 

Juste à coté, au "Bar", une autre trentaine d'invités se rencontrent, picolent et rient. Il y a des gens dans les escaliers, dans les salles de bains, dans les chambres. Il y a des gens partout. Une soirée "Flostreet" de plus à l'actif de cet appartement.

 

Une longue brune en robe chinoise vient se coller un peu trop pour me demander je ne sais quel disque. Tandis que j'essaye de m'en débarrasser poliment, je sens le regard incendiaire de ma blonde m'empourprer les joues.

 

Je traverse la piste pour me resservir un bourbon-coke au bar, en échangeant un mot avec tout le monde. Au palmarès de l'originalité, le "Géniale ta soirée" remporte le podium d'une courte tête devant "Super ton appart".

 

Tous les gens que j'aime sont là, ou presque. Puis il y a tous les amis de cercles excentriques, de plus en plus éloignés, puis il y a les amis de ces amis, a la périphérie de ma mémoire ou même de ma connaissance.

 

Parfois, j'avance vers une tête inconnue, toute surprise de me voir lui demander avec qui il ou elle est venu(e). Il y a toujours un bref moment de flottement jusqu'au déclic, l'instant sublime ou le personne pige brutalement que l'ahuri mal basané et faussement moustachu qui vient de l'aborder est, en fin de compte, l'hote. On passe de la surprise méfiante a une politesse excessive en moins de quelques instants.

 

Un shot de téquila et quelques photos plus loin, je retourne aux "platines" pour faire gigoter les fesses de tout ce petit monde. Je me sens vivant, follement bien, heureux depuis la racine des cheveux jusqu'au bout des orteils. Je nage dans mon élément.

 

Un mec me crie dans l'oreille "mais comment tu fais pour ne pas avoir d'emmerdes avec tes voisins ?". Je tends un doigt vers un petit groupe qui danse hilare, pres de la bibliothèque et réponds "Je les invite !".

21Flostreet. Quatre a cinq fêtes par an, depuis presque 3 ans. Des thèmes débiles, un bar ouvert et virtuellement inépuisable, un mélange improbable de belges, de francais, d'australiens, d'italiens, de grecs, d'espagnols, d'anglais, rencontres et retrouvailles, corps en sueur jusqu'aux petites heures.

 

Tout a coup les gestes se figent, le son se coupe, juste un choc et la pétrification instantannée de toute ce qui m'entoure. Je me retrouve au millieu de tous, comme si une bombe de solitude venait de me projeter hors du cours du temps présent. Je regarde avec étonnement tous ces visages immobiles, ces bras arretés dans des poses étranges, ces verres portés aux bouches, ces sourires en stase.

 

Je me demande ce que je fous là, je me demande pourquoi j'organise tout ca. Je crois que je compense mon immense besoin d'être aimé. En fin de compte, je me mets en scène pour sentir qu'on m'apprécie. Je noie ma banalité, mon manque de profondeur, dans l'impression d'être l'ami de tous, a peine quelques mots échangés avec certains, d'autres auxquels je ne parlerai sans doute pas, des visages que je découvrirai sur les photos, le lendemain, en me demandant a qui diable ils appartiennent.

 

A défaut d'être un VIP ailleurs, je me fais Star dans mon propre univers, une fois tous les trois mois. J'inverse le problème de ma timidité maladive, de mon malaise permanent en invitant la fête sur mon terrain. Je n'ai plus besoin de briller, je suis la cause même, le centre obligé de la fête. Je n'ai plus a regretter de ne pas être convié ailleurs, ni a déplorer la qualité des soirées des autres. J'offre à tous la fête de ma définition, de mon gout. En échange, je recois l'attention, l'affection, l'impression d'être entouré. En clair, je triche, ici aussi. L'imposture me poursuit meme jusque dans ma tanière. Que serais-je sans cet artifice, sans ce costume de paillettes taillé aux dimensions de mon égo délirant ? Qui m'aimerait encore sans ces effets spéciaux périodiques ?

 

J'organise mes fêtes comme mes anniversaires pour ne pas qu'on les oublie, pour ne pas essuyer la blessure ignoble d'une solitude indifférente.

 

Je me sens pitoyable d'être à ce point drogué aux autres, d'être tellement intoxiqué à l'amour sous toutes ses formes, d'être complètement dépendant, accroc jusqu'a m'en cacher sous les déguisements les plus absurdes et inventer  les prétextes les plus fallacieux.

 

Le son revient. Personne n'a vu la cassure, personne n'a compris que j'ai fait le joint entre les deux bouts de pellicule rompus. Les corps hystériques reprennent la vie rythmée de la nuit. Tout est comme avant. Il y a juste une fêlure de plus dans le masque.

 

Je cherche ma blonde, la trouve et viens prendre refuge dans le creux de ses bras. J'ai envie de pleurer sur son saari bleu. Mais je souris. J'ai envie de lui dire que je l'aime, pour la toute première fois. Mais je me retiens.

 

Je l'embrasse, puis repars a l'assaut du bar, m'arrêtant ca et la pour poser ma main sur une épaule, demander si tout va bien, recevoir quelques remerciements et faire comme si j'étais vraiment parmi nous.

 

 

14:03 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

J'aime J'aime ce nouveau blog....j'aime ce nouveau blog....

...

Écrit par : emi | 15/02/2006

Hey, Emi D'abord il est pas nouveau ...
Et toi, ensuite, quand es ce que tu t'y remets ?
Au moins pour exposer ce que tu peins ???? Je serais hyper fier

Écrit par : Jorael | 15/02/2006

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