15/02/2006

Argent : drogue légale nuisant gravement à votre santé comme à celles de vos p(r)oches

Saloperie de fric de merde qui me tient par les couilles. Saloperie de trouille à la con de vivre autrement, avec moins, différement, sans trop d'artifices...

 

Et pourtant le moment arrive, la croisée, la charnière, le fameux "point d'inflexion" que les marketteux et les businessards aiment chatouiller du bout du pointeur lazer dans l'espoir de provoquer un orgasme rectalien d'un patron bien lèché... L'inertie du sommet, la veille du Grand Chambardement, c'est pour bientôt, c'est pour demain...

 

Et j'ai peur, putain, j'ai peur de quitter ce job, poussé ou tiré, j'ai peur simplement par ce que je croise trop de SDFs, que mes comptes sont dans le rouge, que j'aime vivre dans plus de 80m², dans de la déco chiadée, que j'aime le bon vin et le champagne, que j'aime payer au resto quand on est deux, quatre ou six, que j'aime les boites, les cokctails a 3 ou 4 ingrédients, que j'aime ma liberté et ma gratuité de déplacement, de communication...

 

Je suis tenu en laisse par des valeurs qui ne sont pas les miennes, mais qui s'y sont substituées presque complètement, à un point tel que je me demande en fin de compte ce que je veux vraiment.

 

Le fric et le pouvoir sont les baromètres de la réussite, les étalons les plus communs, les plus évidents. On s'y réferre a défaut de rêve ou d'ambition, de vocation ou de passion. Le fric et le pouvoir sont les mesures de l'acomplissement de l'homme creux, de l'homme vide, de l'homme robot.

 

Chaque matin, le fric et le pouvoir me donnent le courage nécessaire pour me regarder dans la glace et oser prétendre que je ne suis pas en train de foutre ma vie en l'air ou, plus tard, de me réconforter en plein coup de blues par un achat délirant ou une soirée a trois chiffres. Lobotomie par excès de matériel. Petit confort rassurant, indispensable. Sérénité par pouvoir de dépense. « J’ai de quoi ».

 

Et puis je croise la X5 de mon « Boss », flambant neuve et bichonnée comme une courtisane, symbole massif et absolu de l’absurdité du signe extérieur de richesse, en plein Paris, en pleine crise du carburant. La sueur au front, les tempes battantes, je vomirais volontiers sur son capot blinquant. Je me retiens, non pas par respect pour la bête, mais juste qu’avec une petite analyse adn, il pourrait remonter jusqu'à moi cet ahuri.

 

Quand on était des pré-ados, des boutons plein la gueule et des hormones débordant des burnes, on se mesurait le popol dans nos chambres de gosses. Depuis qu'on baise, qu'on sait a quoi ca sert et comment s'en servir, les centimètres ont brutalement disparu de l'échelle de nos valeurs. Les mauvais amants se taisent, les bons fanfaronnent (ou est ce l’inverse ?), mais c’est la jouissance de l’amour qui est recherchée avant tout.

 

Aujourd’hui on mesure la valeur de sa vie a l’échelle de son compte en banque. « Combien tu vaux ?» remplace « comment tu vas ?». Comme pour la bistouquette, c’est le symptome de notre névrose ; nous (enfin peut etre pas vous, mais quand meme beaucoup d’abrutis de ma fréquentation) ne savons pas jouir de la vie, que nous n’avons rien d’autre comme référent que ces repères gradués en Euros et en logos. Nous ne sommes pas les amants de l’existence, juste de pièrtres fonctionnaires. J’aimerais tant flirter avec ma vie.

 

Pourtant, comme toute bonne addiction, cerveau lavé, récurré, peigné dans le sens du poil, je n’arrive pas a cesser de claquer des dents en imaginant que ma dose, sous forme de fiche de paye, ne me sera pas injectée dans mon cateter bancaire le mois prochain. Ma banque est une pompe a morphine. J’essaye d’en réglèr le débit, mort de trouille a l’idée qu’elle tombe a sec, mort de trouille a l’idée d’oser devoir m’en passer. Je sais que je me fais du mal, mais je suis incapable de décrocher.

 

J’attends qu’on me vire plutôt que d’oser démissioner. Et meme pendant ce temps, au lieu de me demander ce que je voudrais vraiment faire quand je serai plus grand, plutôt que de me botter le cœur pour qu’il me dise « vas y, fonce, lache tout, prend des risques », je me rends sapé comme un prince a des entrevues avec ces quelques cabinets de chasseurs de têtes qui me téléphonent parfois, dans l’espoir secret d’aller me faire châtrer ailleurs, pour un meilleur salaire.

 

Au lieu de profiter de ce point d’inflexion pour me demander ce que je veux vraiment, ce que je désire faire avant d’aller nourrir les vers ou rencontrer mon créateur, j’établis un plan de bataille serré, des retraites organisées dans d’autres boites pleines de cravates et d’encéphalogrammes plats, pour lesquelles mes (presque) 10 ans d’expérience de prostitution commerciale représentent une vraie « added value ».

 

Dans ces moments de panique, je réduis le bonheur a 10K€ annuels supplémentaires (hors variable et avantages en nature, bien entendu). Je suis prêt a vendre ma chance de vivre mes aspirations contre un peu plus de blé. J’imagine déjà qu’un jour je passerai aux chemises sur mesure, avec boutons de manchette et bretelles sous le gilet. Je foutrai ma chiasse sur le dos des fruits de mer et mes envies de gerber sur le compte de mes havanes de la veille.

 

Judas était de ma race. Pour un paquet de deniers, je trahis ce que j’ai de plus beau et de plus périlleux ; le salut de mon âme.

 

 

19:28 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

C'est déjà bien... ... de t'en rendre compte, mais je ne crois pas que la situation soit si désespérée que ça... putain, qu'est-ce que tu écris bien... envoie les chier et deviens un poète maudit, je crois que ça t'irait bien!!!!

Écrit par : Nath | 15/02/2006

euuuh dis t'as pas de l'argent à placer ?? :D
si oui ...tu vx pas racheter mon appart.?..je cherche désespérement un new proprio......c sérieux hein !
clair que t'écris bien :) je t'avais perdu de vue ,j'avais bcp aimé" la soirée gore ":)

Écrit par : bio | 15/02/2006

Meaning-making machines Nous sommes l'espece la plus ridicule sur terre. Nous ne vivons pas, nous survivons tout comme les autres. On se donne des excuses, des explications, des raisons pour tout ce qui nous arrive, ou ne nous arrive pas. Nous cherchons desesperement un sens a ce qui n'en a vraiment pas. Quand j'arrive a prendre de la distance, tout cela me parait tellement ridicule. Et pourtnat, malgre tout, moi aussi je tremble.

Écrit par : Luna | 15/02/2006

Les théories se rejoignent a l'infini Hélas Luna, croire ou ne pas croire ne change rien.

- Si la vie a un sens, caché, mystique, si rien n'arrive par hasard, si Dieu ou la Force existent et tissent nos destins : Il faut rechercher sa voie... et je ne le fais pas...

- Si par contre la vie n'a aucun sens, si il n'y a aucune mission, si nous justifions nos agitations dans l'espoir d'y trouver une illusoire part de Divin mais que nous sommes en fin de compte juste des parcelles de hasard destinées a rien : autant faire de cette vie un plaisir permanent, autant se consacrer a ses passions... et je n'en ai aucune

Qu'on joue avec les Noirs ou les Blancs, c'est échec et mat

Merci a Nath et a Bio pour vos comments.

Écrit par : Jorael | 16/02/2006

j'ai lu hier soir que chez les chauve-souris, les mâles ayant les plus gros testicules sont aussi les plus atrophiés du cerveau (c'est scen-ti-fi-que-ment prouvé hein!), ceci pour la première partie de ton post.
Pour la seconde, je suis assez d'accord avec Nath; s'en rendre compte, c'est déjà fabulon. Tout ceci est une hsitoire de plan, on ne peut pas claquer la porte du jour au lendemain sous prétexte qu'on a une âme, les âmes ne sont pas la condition absolue de la vie en société. Mais, petit à petit, on peut trouver un moyen de satisfaire son appétit en restant propre, sans se mettre du ketchup sur la cravatte.
Et tu écris foutrement bien.

Écrit par : Fun | 16/02/2006

Come on, on sait déjà que tu AS les boutons de manchette.

Écrit par : Dame | 16/02/2006

"tenu en laisse par des valeurs qui ne sont pas les miennes" mais c'est VOUS et vous SEUL qui tenez cette laisse.....
Si vous êtes sincère, et si vous voulez vraiment connaître vos propres valeurs, ce n'est pas difficile. Ce parcours je l'ai fait. Mais aucune garantie d'être plus heureux......!

Écrit par : Personne | 17/02/2006

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