22/02/2006

Baby blues

 

Depuis quelques années, pas plus de cinq, beaucoup de mes amis contribuent grandement à l'augmentation drastique de la biomasse* occidentale. En clair, ca pond a tout va.

Tout commence par l'annonce, les VIPs sont avertis les premiers en confidences d'alcove, les autres recoivent un message général ou apprennent la nouvelle lors d'un discours de soirée. La nouvelle alimente les groupes, les témoignages s'entrecroisent. "C'est pour quand ? Ca nous fait quel signe ? Ah non, hein, pas un poisson quand même"

Ensuite on prend le temps de voir le ventre s'arrondir et sa propriétaire s'effacer de plus en plus des listes d'invités des occasions collectives. La grossesse s'épanouit dans le fond douillet des cercles les plus intimes. Seuls quelques rares privilégiés sont encore admis a approcher la femelle couvant en son sein la merveilleuse promesse. Le futur papa veille au grain et passe ses journées a se rendre le plus utile possible. Il se reposera pendant les quarante années suivantes.

Puis c'est le silence. Le calme avant la tempête ou l'éruption. Parfois on se souvient un verre a la main "Tiens, machin devait pas accoucher bientot là ?"

Un beau matin, on recoit un sms fébrile ou un appel hors d'haleine, qui marque la fin de l'attente, la délivrance au propre comme au figuré, les deux éléments de réponse aux deux questions essentielles qu'on se pose depuis des moi : c'est quelle marque et c'est quoi son ptit nom. On prend note du numéro des heures de visite. On se prépare.

J'appréhendais au début de pousser la porte de ces petites chambres de maternité ou on vous acceuille dans une pénombre rassurante sur fond de chuchotis pour éviter que la bombe rosatre de 3 a 4 kilos qui roupille emmitouflée de blanc n'explose en hurlements déchirants avec des sharpnels de décibels dechiquetants tous les tympans alentours.

Ca sent le blanc de poulet cru tiède, le jus de riz mal cuit et le lait rance, au meilleur moment de la journée. Au pire, ca blaire l'indescriptible amalgamme de déjection, vomi, relents de rototo et bouffe d'hopital.

On arrive tout gêné, en marchant sur des oeufs qui viennent d'éclore. On essaye de se trouver une place, parmi les autres sollicitants de la Cour toute fraiche du petit ange. Présentations d'inconnus au pied du lit, les cousins presques germains, du voisin du meilleur ami de la tante de je ne sais ou.

On s'assied prudemment entre les fleurs et les peluches, les dragées et les hochets. On congratule, on flatte, on touche la chose, on s'émerveille au moindre sourire, on essaye de lui trouver un nez, un menton ou un sourcil de ressemblance avec l'un des deux géniteurs, de toute façon le petit bout de gras tiede est le plus émouvant bébé du monde, on a tous la larve a l'oeil.

On demande des précisions, poids, taille, durée de l'accouchement, péridurale, épisio, césarienne ? Selon les cas on recoit en retour des narrations gerbantes dignes d'un film gore de série Z ou des visions enchanteresses sur la beauté de la vie...

Dans un coin de la piece, il y a le papa, l'air béat et épuisé, aux petits soins avec des cernes plein la tronche, fier mais vidé, heureux mais néanmoins un peu inquiet. Il y a quelqu'un d'autre dans les bras de sa meuf, et meme si, théoriquement, il y est un peu pour quelque chose, ce n'est plus lui, tout de meme. On lui demande si il a assisté a tout. En général il répond que oui. En sercet je me demande toujours combien de temps il lui faudra pour récupérer un semblant d'érection. Mais bon, on applaudit en public l'investissement de l'homme moderne qui tient la main de sa femme en essayant de ne pas tourner de l'oeil, pendant que son gyneco lui aggrandit l'orifice a coups de ciseaux.

Enfin, on parle des autres qui ont pondu, et des rejetons des autres. Puis une nouvelle marée de famille ou d'amis vient déferler au pied du lit, emportant dans son ressac les visiteurs de la précédente. On s'embrasse, on félicite encore, on se barre.

Dans l'ascenseur, parfois, il y a un silence de mort qui renvoie chacun d'entre nous a quelque chose d'indéfinissable, entre émotion, bonheur, question et peur...

Parfois aussi, y'a un marrant qui lache comme si il ne pouvait plus se retenir d'exploser : "Mais t'as vu comme il est moche ce bébé ? On dirait le résultat d'un croisement entre un éléphant rose chirrosé avec un pékinois mongol sous chimiothérapie". Eclats de rire. Non pas qu'on le pense vraiment, non, bien au contraire. Mais comme tous les pauvres, on se moque des riches, par envie plus que par méchanceté...

A la sortie, on se sépare, on retourne dans nos vies sans enfants, avec le plaisir conscient de notre indépendance et au creux du ventre tout le vide d'une existence sans devenir.

Et pourtant, j'adore ca en fait... Simon, Arthur, Louise, Gaston, Hugo, Marie, Thomas, Arsène, mes petits chiards en langes, vous qui m'enlevez définitivement les addos attardés qu'étaient vos parents, vous qui venez de transformer mes potes de beuveries en hommes et femmes responsables, je vous adore, je vous trouve tous magnifiques a en pleurer, je n'ose vous prendre dans mes bras de peur de vous briser d'une caresse, je vous admire jusqu'a la peur, je suis fier que vous soyez nés d'amis si extraordinaires et je vous souhaite la bienvenue dans ce monde de fous.

J'espère vieillir assez lentement que pour pouvoir vous offrir votre première biture, vous rouler votre premier pétard, vous parler de l'amour et du cul, des étoiles et des hommes. Vous raconter que vos parents ont été jeunes et qu'a votre tour vous allez manger le monde... Ou au moins ce qu'on vous en aura laissé.

 

 

* en fait, ce que je viens d'écrire est parfaitement idiot. La Biomasse n'augmente pas, elle se transforme. 

11:50 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

hé dis! Educateur ça te tente pas?

Écrit par : Lilimoncello | 22/02/2006

Ben honnêtement OUI, formateur, educateur, psy, écrivain, journaliste, coach, prof, comédien et consort...

Mais tu sais combien ca gagne ?
Argh, je me déteste....

Écrit par : Jorael | 22/02/2006

Un jour tu seras gaga ! comme tout le monde. Et je te jure que tu vas aimer ça, comme tout le monde. J'avais envie d'inciter les jeunes à faire la grêve de la procréation... C'est pas possible, c'est le seul instinct qu'il nous reste. Il ne mourra pas. C'était mon seul but dans la vie: donner la vie, la porter en moi, le nourrir de mes seins. Toutes les femmes sont pareilles, et sans doute les hommes aussi, on n'y peut rien, l'instinct de survie de la race...
Nous sommes tous des gros cons, mais c'est pas grave ! Profitons-en ! et pouponnons....
On en ch... quand ils seront ados, je te l'accorde.

Écrit par : Marirose | 22/02/2006

"Il se reposera pendant les quarante années suivantes." ??? "Il se reposera pendant les quarante années suivantes." avec le gamin/la gamine qui ne passe pas ses nuits, qui fait ses dents, qui est malade la nuit, qu'il faut conduire à l'entrainement de foot le samedi à 8 heures, être père c'est dire en partie aurevoir aux nuits de sommeil - il se reposera dans 18 ans quand il ou elle sera en kot.

Écrit par : Somebaudy | 24/02/2006

Les commentaires sont fermés.