19/05/2006

Un jour viendra...

Un jour viendra, un jour où je tiendrai mes promesses. Un de ces quatres jeudis, lors de cette fameuse semaine où les paons auront les boules. Depuis toujours je sais qu'il ne faut jamais me laisser proposer un délai, me faire confiance à date fixe, m'emprisonner dans un engagement quantifiable. Ma patrie, c'est le flou, pas même artistique, juste complèt. Une vie aqueuse et confortable, douillette meme, avec des couleurs qui bavent bien en dehors des traits fixes et précis qui délimitent les existances bien nettes. Une vie de myope qui refuserait de porter des lunettes de peur de se blesser les yeux sur les contours aigus de la réalité. Je ne vis pas, je flotte plus que je nage, comme d'hab, sans rien décider. Je me laisse porter par un courant doux qui me berce fidèlement depuis ma petite enfance.Je n'ai jamais eu le courage d'être vraiment vivant. Rien ne fait mon bonnheur, ou si peu, juste un gout de joie fugace qui s'évanouit au cours de l'instant. Ni une femme, ni une bagnole ni un salaire a quatre zéros ne me feront jamais me sentir complet. Je ne suis pas complet. Je suis une sorte de débris qui s'échoue de plage en plage, une putain de noix de coco stérile rongée par le sel, tannée par le soleil, fatiguée d'errer. Je n'ai rien vu du monde et j'ai pourtant déja l'impression d'être revenu de tout. Cocktail solitaire sur la place rouppe en attendant ma blonde. Un soleil exceptionellement généreux pour cette mi-mai pourrave, tire discrètement sa lumineuse révérence et laisse se glisser derrièrre lui une bienheureuse pénombre, douce, parfumée. Planent dans l'air les fumets des restaurants enterrassés, les effluves des filles courtes-vêtues, un relent de béton chaud, un esprit de ville, qui respire enfin, qui résucite au printemps. Je sirote un Mafioso. Bourbon, Amaretto et cirtron vert, délicieux.Et le temps passe… et je n’écris rien.Pas la moindre ligne, pas le plus petit mot. Je croyais que le temps enfin en ma seule possession, j’allais me tailler à la pointe de la plume un vaste unviers créatif sans contrainte. Au lieu de cela j’alterne des périodes de cavale et de longues plages végétatives. Sorti du monde du travail, de ses frustrantes réalités, de sa contingeance, je me retrouve bienheureux et détendu. Dès lors, en quelle source puiser l’énergie d’écrire, mon encre d’amertume seche et épuisée, sur quel sujet lacher les boucles et les jambages. A quoi bon ?Je ne me sers de l’écrit que comme exutoire. A présent je flotte, c’est une sensation agréable. Je suis financierement autonome pour encore 3 ou 4 mois. Je me levre a l’heure de mon choix, je me promène a Paris dans mon quartier adoré qui respire enfin le lilas et l’herbe fraiche, ou a Bruxelles, profitant des noctures, de l'amour, des petites choses qui rendent cette cité si parfaite. Entre les deux, le Thalys, comme toujours, avec cette fois-ci une vraie sensation de tourisme.Quand je travaillais j’avais toujours envie de faire autre chose.Aujourd’hui je me rends compte que cet « autre chose », c’est « rien ». Envie de continuer a flotter, quitte a bronzer idiot. Des vacances a perpete, allongé confortablement sur le merdier de la vie. Quand je vois des types jeunes en col cravate courrir apres les trains et les taxis, le gsm scotché sur l'oreille, je me dis que je n'arriverai peut etre jamais plus a retravailler normalement. Ni meme à le désirer. Je flotte et je fonds. Je me dilue dans le temps présent. Que restera-t-il de moi dans quelques semaines ? Bonne question.

18:22 Écrit par Jorael | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Ben voilà... ... tu vois quand tu veux...
allez, continue comme ça...
Bon week-end

Écrit par : Nath | 19/05/2006

on se le demande mais qu'en restera-t-il ? quand restera-t-il ? Caressera-t-il ? crasse utile ? què disse gamin ? et j'admire le com de la joueuse de poker : tu vois quand tu veux, jamais on t'a dit ça !

Écrit par : xian | 30/05/2006

et alors ??? impossible de te joindre, impossible de t'entendre...
hou hou, loup y es-tu ???
J'aimerais partager ces derniers mois avec toi aussi...
je t'embrasse de tout mon coeur !

Écrit par : emi | 21/07/2006

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