18/06/2007

Contraction d'univers et effondrement de masse

 

Quelque chose a radicalement changé. Moins qu’une question, c’est une prise de conscience soudaine qui s’opere alors que je regarde d’un œil torve la pub « Meetic 3 jours gratuits pour essayer les nouvelles règles du jeu » avant de la baquer sans meme souscrire a cette alléchante promo. Et quoi ? Je suis célibataire depuis 3 semaines ! Une victime multi-récidiviste de toutes les bonnes campagnes de marketing direct ! Un gogo de premier choix pour ce type de sites que j’ai d’ailleurs allégrement écumé lors de mes précédente villégiatures du couple ! Et j’ai toujours été motivé par mon besoin quasi obsessionnel de séduire de nouvelles têtes, blondes ou brunes, qu’importe ! Et quoi ? Je ne clique pas ? Je « delete » même ? Je m’en fous ? C’est bien ça ? Non mais dites moi que je rêve ! C’est moi ce type ?

Et oui, c’est bien lui, moi, et inversement… Mon ermitage douillet continue.

 

Ermite de luxe. Reclus du dimanche. Limite autiste. Voila ma vie. Et elle s’achève un peu plus a chaque minute*. Je vis enfermé chez moi depuis mon déménagement. Il faut, pour me faire sortir de ma taniere-duplex, la puissance d’un odieux chantage affectif, au nom sacré de la famille ou d’une amitié vieille de plus de dix ans. Le reste ? Basta ! Point de cafés, point de bars, de restaus, de boites, d’afterclubs, rien, néant, nada, niente, quedalle, zero. La paix.

 

Je n’ai besoin de rien merci, j’ai tout ce qu’il me faut ; Les 120m² du 21Flostreet*, réaménagés avec mon très rouge mobilier parisien de la Georges & Georges Gallery*, pour un confort douillet total vintage, ball-chair et flokattis, l’écran déroulant de 2x2 mètres, livré a domicile et installé avec l’aide astucieuse de Cugel et Nauscaa, le projo au plafond, a portée de télécommande, branché en double sur le lecteur DVD et la Playstation, tous deux bien fournis en titres dans ma dvd/ludothèque, et tout récemment le super PC brutal de la rage monté et installé par un de mes collègues ingénieur informaticien*** avec écran 21 pouces et carte graphique dernière génération. Voila. Rajoutez un peu d’électroménager et complétez le tout avec la transformation miraculeuse de la brasserie serbo-macédonienne d’en bas en faboulosa pizzeria et vous aurez le cadre total de mon plat quotidien, la scène entière de mon inaction absolue.

 

Je rentre, en général avec une pizza toute chaude sortie du four, toujours la même, une Barino, et hop… Musique, bouteille de vin, puis au choix, séance de Cinéma, minimum 2 films ou une flanquée d’épisodes de séries ou de vieux dessins animés (si si, j’assume parfaitement l’achat des intégrales de Cobra et Les Fabuleuses Cités d’Or), Playstation 2, toujours en 2,30 mètres de diag, avec une nette préférence pour l’interminaaaable Final Fantasy XIII ou alors poker a Gogo sur le PC en haut ou, pire encore, partie sans fin de Lotro****. J’ai tellement tout, que j’ai passé deux heures entières chez Médiamarkt sans rien acheter, paniqué a l’idée de sortir de ce temple de la conso masturbatoire sans son sac contenant son pesant d’euros en dvds, jeux vidéos ou gadgets dernier cri.

 

Quand a « Sortir » ? Mais pour quoi faire bon dieu… Voir du monde ? Quel intérêt ? La houle de la foule me donne la nausée, le bruit, les jacassements, les rires aigus, inattendus, me font grincer des dents… Me mouvoir pour me retrouver au milieu d’autres être humains m’apparaît de plus en plus dérisoire, inutile. Je n’ai pas envie ni besoin de société. Même ma libido est prise dans les glaces du zéro absolu. Plus besoin de chasser. Plus besoin de rien.

 

Je suis bien là, vautré, me déplaçant à mon rythme, de canapé en fauteuil, d’écran en écran, de bd en bouquins. Qu’il est doux le soupir exhalé vers le plafond alors que je végète dans ma bienheureuse solitude toute neuve, le « roots » de Stan Getz dans la platine. Le téléphone ne sonne presque pas et c’est plutôt confortable. Certains renoncent déjà a me faire bouger. D’autres ignorent même que je suis de retour au pays. Mes amis les plus intimes me visitent encore avec plaisir et passent une soirée agréable en ma compagnie, sans que je sois contraint de sortir de mes murs… Mais pour combien de temps ? Bientôt, je n’aurai pratiquement plus rien a raconter qui me relie avec la société des hommes. Je serai l’unique interlocuteur de mon univers, de ma bulle.

 

Seul chez moi. Ne rien partager avec personne. Ne devoir rendre de compte de rien a qui que ce soit. Manger, dormir, jouer, boire ou me baigner, à toute heure. N’être empêché de rien par quiconque, ne pas avoir a expliquer, justifier, argumenter, négocier. Jouir en plein d’un cocon d’égoïsme, de solitude. Si je pouvais ne plus travailler, en prime, végéter totalement, sans plus aucune contrainte, sans même que l’aube ou le coucher ne puissent me dicter leur rythme, échapper à tout et a tous, jusqu'à m’oublier moi-même.

 

Oui, cette fois ci j’avoue, c’est bel et bien une dépression. Depuis quand couve-t-elle ? des années sans doute. Certains ont essayé de me prévenir il y a bien longtemps déjà…

 

Il n’y a plus rien a lire, par ce qu’il ne se passe plus rien, tout simplement. Il est parti le roi des dancefloors, il s’est barré, le don-juan de pacotille, il est mort, l’insatiable égotique érotomane d’il y a quelques années… Vidé de toutes ces identités, de tous ces prétextes, il ne reste plus que moi, cette masse informe de désirs faibles et confus, sans grandes ambitions, sans rien a vouloir ni rien a prouver, pataugeant dans le confort gluant d’une vie qui s’enlise, satisfait, repu, digérant, s’endormant sans doute pour un sommeil sans rêve et sans retour. Il ne me reste plus que moi, qui enfin, n’aspire plus a être quelqu’un autre. On aurait pu croire que ce serait un progrès immense. En fait, c’est le début de la vraie décadence. Mes motivations futiles me faisaient encore tenir debout. Mais voila qu’a présent, je m’effondre sous le poids de ma propre réalité purgée de toute ambition.

 

Bonne nuit les petits.

 

 

* et ** : relire ce blog depuis le début, bon courage

 

*** tous en chœur, « Niiignéniuurinnfoooormaticiiieeeen, je suis Niiignéniuurinnfoooormaticiiieeeen…. J’aimelézordinateuuuur…. Windowsquatrevigntdizhuiiiit »

 

**** Lord of the Ring Online

15:15 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Merde alors je suis en dépression depuis 3 Ans ? Mmm j'crois qu'avant tout, on connait tous la lassitude des boites après les avoir écumées de nuits, des années entière, que le confort quotidien d'un "home sweet home" et le plaisir d'un steak avec une bonne bouteille millésimée avec un bon cd sur la platine est tout à fait acceptable.

Pour le reste, n'hésites pas à beeper si tu veux te faire une terrasse...

Mode "sonar" on.

Écrit par : MrP_MrF | 19/06/2007

regarder le plafond tant que tu fixes encore le mur où s'animent les héros de tes mangas ... (et non pas juste le plafond immobile et blanc)
tant que tu passes prendre cette pizza fumante et alléchante avant de monter chez toi ... (et que tu ne sombres pas dans le jeûne, pour éviter davoir à descendre la poubelle)
tant que tu jetes encore des bouteilles à la mer (ou des mots sur la toile) et que tu ne te les envoies pas toutes derrière la cravate ...
tant que tes idées sombres trouvent des exutoires ...

... Tu es parmi nous et vivant !

Accroche toi !
On tient à toi.
On a des trucs à partager ensemble.
Bon courage.

ps : je te trouve un billet pour que tu viennes faire un tour sous les palmiers.

Écrit par : nokanhui | 20/06/2007

La dépression FYI

Écrit par : La Vie de Moi | 21/06/2007

Tu n'as rien perdu... de ton talent !
C'est toujours ça ;-)

Écrit par : Julie | 22/06/2007

1 = 1
1 + 1 = 1
1+ 1 +1 = 1
1+ 1 + 1 + 1 = 1

C'est n'importe quoi, ces équations, mais j'espère qu'elle te font sourire, comme moi quand je te lis.

(:

Écrit par : Anonyme | 27/06/2007

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