20/08/2007

Autre anniversaire

Voila aussi dix ans que j’ai Aimé.

Ca m’a pris à la gorge, dans la voiture, en rentrant chez moi, jeudi dernier, jeudi 9 aout 2007. Deux mille sept moins mille neuf cents nonante sept égale dix.

Une addiction complète et totale, immédiate et définitive. Un shoot d’une puissance inouïe. Un trip absolu, sans retour possible. Une explosion formidable qui aura tout consumé, tout balayé, tout renversé. Le 9 aout 1997, dans un jardin baigné de soleil, a quelques centaines de mètres de cette voiture, j’étais heurté de plein fouet, cloué au cœur, épris à jamais, d’une paire de yeux bleus azurs, d’une voix fraiche et claire, d’un sourire parfait, d’une grâce impossible, d’une douceur inouïe.

Il y a dix ans, jour pour jour, heure pour heure, je percutais de plein front, avec toute la puissance de la certitude, celle que j’attendais depuis toujours, celle pour laquelle j’étais né, celle qui par sa seule présence justifiait plus que n’importe quel dogme, quelle croyance, quel Dieu, l’absolue nécessité de mon existence.  Enfin, en une seconde, un « Je » douloureux d’isolement venait de se muer en un « Nous » majuscule, majeur. Enfin, je n’étais plus seul.

Qu’importe la suite de l’histoire, qu’importe ses rebondissements, ses conclusions, ses épilogues et ses séquelles, a la française comme a l’anglophone. J’ai crié, pleuré, vomi, renié, ri et murmuré son fil sur tant de pages, en tant de mots, qu’il m’apparait dérisoire d’en brosser un énième résumé.  Il ne s’agit d’ailleurs plus vraiment d’Elle… Juste de cette blessure qui n’en finira jamais de saigner, de ce boitement, de cette patte folle a l’affect qui m’empêchera d’aimer encore jusqu'à la fin de mes jours.

 J’ai pourtant tout essayé. Au début, j’ai pensé qu’en l’oubliant, Elle, je survirai. Je n’ai pas pu l’oublier. J’ai cru ensuite qu’en acceptant, je pourrais m’en sortir. J’ai accepté, je me suis résigné. Mais rien n’y a fait. Ensuite, j’ai laissé le temps agir, ce temps qui a lentement détaché deux personnes d’une seule, ce temps qui a séparé celle que j’aimais de celle qui vit, maintenant, heureuse, je l’espère, une autre histoire. Le temps de la véritable prise de conscience. Le moment ou l’on laisse les fantômes du passé en paix. J’ai cru être enfin arrivé au bout de ma quête, de ma peine…

Mais c’était sans compter sur les conjonctions. Cette date. Cette heure. Ce ciel bleu et rose. Ces rues désertes en ce début de soirée. Et Joe Cocker qui me prend en traitre, qui entamé, la voix brisée par tout l’amour du monde, ces quelques mots : « You are so beautifull… to me ». C’était sans compter sur cette addiction, cette putain de mémoire du corps et de l’âme, au delà de la raison, du calcul, de l’effort. Hémorragie. Des tonnes d’eau salée se déversent sur mes joues. Je me liquéfie. Je m’effondre, instantanément. Comme jadis,  je supplie presque pour qu’on m’achève. Ce manque est insoutenable. Ce n’est plus une personne, un visage, un nom, ce n’est plus même une histoire, des souvenirs…  Mais bien un trou béant que plus rien ne comble, depuis tout ce temps. A l’intérieur. Tout ce vide. Tout cet espace immense qui fut jadis plein a en déborder de joie. A sec. Des années. Pétrifiées. Dévastées. Tout ce Mort, à l’intérieur de Moi. Ce tombeau. Calciné. Rongé. Le sanctuaire glacé et douloureux de l’amour disparu.

Combien n’ais je pas prié pour être libéré, lavé de cette tare. Combien n’ais-je pas espéré revivre encore une fois, ne serait-ce qu’une journée, ou qu’une heure même, l’épanouissement total, au delà de tout ce que mes pauvres mots peuvent espérer décrire. J’aurais voulu garder cet amour pour toujours ou ne jamais l’avoir connu.  Mais me voila forcé, depuis 10 ans, de vivre avec ce handicap, cette dépendance définitive à une substance qui ne semble n’avoir eu qu’une seule source, tarie depuis.  Que ne l’ais-je pourtant cherché partout, dans tous les bras, dans tous les lits, dans toutes les voix… mais je n’ai rien pu trouver de semblable.

Je garde encore l’espoir, en dépit de tout. L’espoir, presque mythique, qu’un jour quelqu’un viendra faire renaitre en moi cette puissance irrésistible et réveiller un appétit de vie éteint depuis si longtemps. L’espoir, une petite chose bien cruelle, quand on y pense.

13:44 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

ditto Pas la meme personne, pas les memes dates, pas le meme délai, mais des symptomes assez proches. You're not alone pal !

Écrit par : Somebaudy | 20/08/2007

Message Perso Emi, Message bien recu. Numéro effacé. Je t'apelle.
Biz :)

Écrit par : Onze | 21/08/2007

Ta description de ce manque insoutenable a réussi à me soutirer quelques vieilles larmes enfouies,... Certaines joies extrêmes ne devraient peut-être pas être à notre portée, ou pas avant un certain âge, du moins. (?). chouette blog!

Écrit par : nat | 24/08/2007

...enfuies c'est bien aussi.

Écrit par : nat | 27/08/2007

Pas la meme personne, pas les memes dates, pas le meme délai, en réalité, c'est toujours pareil, en plus, on est six milliards et demi dans le cas, oui,
même le demi !

Écrit par : xian | 12/09/2007

L'union Je viens de te lire, en trombe, comme je suis toujours en retard, comme on tombe du lit pas encore réveillé.
Si seulement avec le temps, nos voix changeaient pour qu'on ne se reconnaisse plus, nos visages n'étaient plus les mêmes, radicalement transformés par le poids, l'âge, l'alcool ou le désespoir.
Quoiqu'il arrive, il demeure cet indéfectible lien.

J'ai cru que la lumière crue et la douceur de vivre auraient un pouvoir abrasif. J'ai arrêté de lutter. Je vis avec chaque jour.

Balcksea, jeunesse, amour, café, cigarettes, LedZep, musique, répétition, au volant... Tout est intact, pour le meilleur et pour le pire.

Pourquoi les histoires d'amour ne pourraient pas s'entendre sur le don de soi, inconditionnel, et l'ouverture de l'autre à la Liberté ?

Je crois qu'on porte, quoiqu'il arrive, nos cicatrices.

Écrit par : catmey | 23/09/2007

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