12/11/2007

Un post par jour...

Voisin de la fameuse technnique de "bébé fait un pas", je m'auto-inflige le "One Post a Day" dans l'espoir un peu flou de reprendre possession de mon écriture qui ne me sert aujourd'hui qu'a rédiger de la prose commerciale insipide et répondre à des tonnes de mails idiots par d'autres tonnes de mails encore plus cons.

Je profite d'une heure indolente entre midi et une, pour réexplorer une utilisation ludique et créative du saint clavier. J'ai décidé d'arrêter d'attendre les idées. Elles ne viennent plus. Ou alors elle débarquent, sournoises, dans des circonstances qui m'empêchent tout simplement de les saisir au vol et de les plaquer, quelque part, sur un bout de papier ou une messagerie vocale.

Je m'étais offert un nouveau Moleskine pour essayer d'en chopper quelques unes. Mais je n'ai réussi qu'a y noter un famélique "Synthétisation du Monde" (avec un tirait devant, tout de meme ! Devant une telle indigence, chaque caractère compte) en 2 mois de trimballage innintérompus.

Pourquoi ce vide, tout a coup ? A la croisée de différents facteurs (qui sont encore en grève aujourd'hui), je stagne dans l'inertie.

D'abord je vis moins, ou moins intensément. Ensuite le temps libre "connecté" que je possède est principalement réinvesti en Poker On Line ou en gestion chronophagique de mon beau profil sur FaceBook. En comparaison de ces deux passe-temps sans fond, une page blance déposée sur un traitement de texte n'a strictement rien de bandant, croyez moi. Et puis, depuis que j'ai installé un écran déroulant de 2,10m de diagonale en face du projo, je m'enquille des séries TV jusqu'a en vomir des rétines, par galettes de 4 avalées l'une après l'autre a grand renfort de verres de vin. Ainsi j'ai pu découvrir dans un demi comma douillet comment vivaient les Agents du CTU, les prisonniers les plus déjantés de Fox River, les survivants du vol Oceanic 815, les bouffeurs de pates du New Jersey ou les joyeux mutants du docteur Suresh. Comblé d'aventures à rallonges (parfois grossières), je finis pas trouver le quotidien bien trop réel et plat au gout de mes papilles anesthésiées.

Enfin je pense que ma déprime s'aggrave, a un point tel que je n'ai presque plus envie de rien si ce n'est de bouffer ou de dormir. Même le cul m'ennuie (celui des autres, hein, le mien il m'emmerde, c'est pas pareil). J'aimerais essayer de pioncer le plus longtemps possible, voir combien de jours d'affilée, je serais capable de ne pas lever une paupière. Quand a la nourriture, ca devient problématique. J'ai des envies de gavage. Je ne me sens enfin apaisé que l'estomac lesté. Oui, j'ai arreté de fumer. Pour de bon ce coup-ci, semble-t-il. 10 mois d'abstinence. Avec parfois quelques taffes prises sur des joints de passage, rien de plus. La cloppe ne me manque plus. Mais j'ai tout de meme une énorme sensation de vide depuis que j'ai réussi a m'en défaire.

Depuis tout ce temps, je n'écris plus, ou alors une page horrible et puis, c'est le vide pendant des semaines. Un exemple ? Voila le genre de loghorée pesante qui tombe de la plume les soirs de spleen :

Je suis le fruit pourri d’un monde à l’agonie. Je suis suspendu dans le vide, au bout de la chaîne alimentaire. Je suis le prédateur rongé par la vermine de sa paresse, dégradé par sa propre stérilité, par son inutilité grossière. Je n’ai envie de rien par ce que tous mes besoins sont satisfaits. Je suis fat, lâche et ingrat.

Je porte avec plaisir et réconfort les oeillères dorées qui cache a ma vue les horreurs de ce monde. Je fais semblant de ne pas savoir.  Je laisse ma matrice, la société de consommation, me déculpabiliser, contre quelques euros de plus. Je ne suis plus qu’une carcasse creuse qu’on a rempli de spots et de prospectus. Je loue mon âme aux diables, aux plus offrants. Je n’ai même pas l’amour de l’argent ou du pouvoir. Je n’ai pas d’amour. Ce sont des ersatz, des substituts, des choix par défaut, des conséquences de l’ennui et de la peur. Je voudrais un destin, mais je suis trop faible et trop insignifiant que pour m’en créer un. Alors je cultive mon égo misérable a renforts de masques et de frusques, de fêtes et d’alcools, de plaisir fugaces qui occultent les vraies nécessités.

J’ai perdu le goût du pain. J’overdose de brioches. Ma connerie est aussi obèse que moi. Je me dégoûte. Je me dégueule. Ici même. Je me vomis en noir sur blanc. Mon vrai miroir, ma vraie cuvette. Je pleure de honte alors que j’aperçois le vague reflet de ce que je suis devenu. Je pleure de honte sous le regard de l’enfant qui espérait devenir autre chose que ce refus d’humanité. Et je me vomis encore, mot après mot, essayant de me trouver un peu d’amour dans toute cette haine. Je vomis ma laideur sans pouvoir m’en détacher. Je vomis mon inépuisable lachêté, ma désespérante inconséquence, ma peur immense et toutes les poisons de ce monde. Je vomis ici tout ce que je devrais livrer calé dans le sofa d’un psy. C’est ma décharge sauvage, mon parc a immondices. J’exploserais, chacun de mes orifices suinterait des larmes de merde et de sang souillé, si je ne déversais pas ici toutes ces ordures… Et je repars ensuite me gaver de plaisirs idiots, de nourritures fades et grasses, d’alcools débilitants, de jouissances oblitérantes, encore plus de négation, d’excès, d’horreur. Car ce sont les seules preuves tangibles de mon existence. Me remplir comme une outre, a sentir mes flancs s’étirer, a en dépasser l’apaisement pour baigner dans la nausée, et me vider par la suite, malheureux, furieux, mais vivant, au moins par la douleur et le dégoût.

Bon appétit...

Voila pourquoi il est important que je me remette a écrire, n'importe quoi, plutot que d'attendre qu'une fleur naisse sur les tas de fumier qui s'accumulent dans mon réservoir a mots.

A demain peut etre. Qui sait. Peut etre arriverais-je à tenir une autre bonne résolution.

14:37 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ca me rappelle l'esprit de la rivière dans le voyage de Chihiro, une nausée similaire mais par la puissance des mots cette fois.
Je reviens demain mais pas a l'heure du déjeuner.

Écrit par : Luna | 13/11/2007

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