16/11/2007

Vu des 80's

Il y avait ce matin un je ne sais quoi dans l'air des quatre-vingts

Un soleil radieux et glacé, très horizontal. De grands rais de lumière fraîche taillés de longues ombres entre les arbres ocres et décharnés. Un sol fauve, laissant s'échapper des fumerolles de vapeur blanche dans l'air vif.

Comme pour répondre à l'ambiance mon baladeur MP3 magique m'a balancé une succession de 3 titres parfaitement adaptés : Avalon - Roxy Music, Dont you (forget about me) - Simple Minds, This Corrosion - Sister of Mercy. Ma caisse s'est immergée dans cette ambiance si particulière.

Les quatre-vingts, un espace temps différent, charnière. Un univers ou les garons avaient finalement renoncé a ressembler a des filles aux cheveux longs ou à des primates barbus babas beatniks shootés a l’hydromel et au cannabis artisanal, pour s’identifier a des pop stars androgynes, a la peau blême, au regard souligné de charbon, aux cheveux courts, en pétard, zébrés de mèches peroxydées, aux tenues étriquées, droites, anguleuses, forcément synthétiques, hésitant entre skaï, vinyle et nylon, entre faux zebre, faux léopard, toujours plus de noir, des babioles en plastique luisant ou fluo. Une époque de chaussures pointues, des Slangs au Creeps en passant par les Tiags.

Une mode synthétisée a l’extrême, le plein boom de la musique électronique, de la cocaïne et du crack. Un univers glamour glacé, qui sentait bon le fric des golden boys, propres, carnassiers et sans état d’âme, eux-mêmes parfait antithèses des neo ruraux du « grand retour aux sources des 60-70’s ».

Un monde fascinant, a la fois net et morbide, froid et follement sexy, aiguisé, décadent, rythmé, dépressif, hype, fataliste, jouissif…

Je me prends a penser que, de l’extérieur, dans ces années là, je me serais plu. Cheveux courts, lunettes de soleil rectangulaires, long manteau noir, jeans, chemise noire dépassant de la ceinture, cravate a dominante grise, juste ce qu’il faut desserrée, veste noire cintrée, au volant d’une Mercedes cabrio SLK 230 grise argent, vieille de presque 10 ans, irrésistible empreinte vintage. Je me serais vu passer, du bout de mon adolescence, peut être aurais-je émis le souhait d’être conforme a mon image… Mais c’est juste une image… de papier glacé. L’emballage, fragile, ne correspond en rien au contenu. Vide de sens et d’ambition. Un corps malade. Une ame encore tourmentée. Une vie déserte. Sous le cliché rutilant se cache la vraie précarité, une existence si mal consolidée qu’a tout instant elle pourrait basculer dans le pire… n’importe quelle tuile, n’importe quelle grosse facture, n’importe quel imprévu un peu encombrant, et je sombre, corps et biens…L’image est toujours traîtresse.

De l’extérieur, on dirait que je file droit sur le Catwalk, sourire et confiance. Sous une autre perspective, j’avance sans oser regarder en bas sur un fil prêt à rompre en essayant désespérément de sauver les apparences.

Qui suis-je en définitive ? Suis-je le reflet vide de ce a quoi je voudrais ressembler ? Une série d’attributs ? Une collection d’images d’Epinal ? Un cliché mal abouti ? Ou suis-je vraiment un être humain, avec des ambitions, des envies, un but… et si oui… lesquels ?

Entre temps, je suis arrivé au bureau. Fin des questions personnelles. 

15:50 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

C'est pas faux... Un petit Simple Minds tout à l'heure sur Classic 21, le ciel qui s'illumine d'orange alors que le soleil se couche... Où sont nos quinze ans??

Écrit par : Nath | 17/11/2007

coucou bonne soirée.

Écrit par : Conducteur de bus | 30/11/2007

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