21/11/2007

Au SuperMarché...

Sur mon futur cercueil, (que j’espère investir le plus tard possible) il y aura un clou tout simple que je préférerai d’entre tous les autres : celui du SuperMercado.

 

Au commencement, tout allait bien. Voila bientôt cinq ans que je vis dans ce quartier paisible. Petit pâté d’immeubles de 4 à 5 étages délimité par les rues de Livourne, de Florence, Veydt et Blanche. Un quartier résidentiel avec quelques cabinets d’avocats laborieux, aux fenêtres éclairées tôt avant mon départ et toujours bien tard après mon retour chez moi, un quartier parsemé d’édifices « Art Nouveau » devant lesquels des grappes de touristes hébétés viennent se pâmer tous les weekends de l’année et, bien sur, un quartier traversé par la longue route du « champagne à gogos » qui zigzague entre les trottoirs pairs et impairs de rue de Livourne, passant par chaque porte gardée des bars a « filles » (aussi vêtues que légales), ouverts de 22h a 6h du matin.

 

Quelques rues plus loin, c’est le « chic » quartier Bailly et la « smaaart » place du Châtelain, la rue américaine et ses nombreux restos et boites. Plus animé. Plus trendy aussi.

 

Jusque la, le quartier était calme, nos nuits tranquilles et notre sommeil long et profond. Les clients des clubs exotiques faisaient parfois un peu de raffut en sortant de leurs bouibouis, tamponnés de gloss et torchés comme des phares bretons, mais étaient vite calmés par les Gorilles de l’entrée avant d’être balancés dans l’un ou l’autre Taxi. Il y a même eu le « Milk », un essai authentique de bar boite branché qui a quelques fois agité nos nuits pendant deux ans… Mais le calme était revenu.

 

Puis il est arrivé.

 

Au coin de la rue de Florence et de la rue Veydt

 

Discret, sans prévenir.

 

Il à repris ce tout petit fragment de bloc, un juste un éclat dans le pâté, au 46.

 

Une sandwicherie, au départ. Minuscule. Un local triangulaire, aussi haut qu’étroit, flanqué de deux grandes vitrines, d’un carrelage tout bête au milieu duquel trône un long bar en bois, un comptoir plutôt… Un « espace » si minuscule que son exploitation à toujours été réputée improbable ou impossible…

 

David s’est installé là. Un coup de peinture sur les murs, une banquette laquée noire aménagée le long d’une des vitrines. Sur le mur du fond, au crayon, il a laissé Karim dessiner un horizon discret qui danse entre faîtes de palmiers et gratte-ciels en béton. Quelques tables de jardin en bois et en tôle, quelques chaises pliantes, quatre tabourets mal assortis, de quoi asseoir au total une quinzaine de sardines bien serrées. Quelques touches de déco, de partout, très légère, comme une carte postale punaisée sur un mur frais. Sans plus. Du bric a brac exotique, en quantité tout a fait discrète. Improvisé.

 

Derrière le comptoir, il a aligné des bouteilles colorées, du Rhum qu’on a envie d’appeler par son petit nom dès la première gorgée, Clément, des petits vins d’Italie, de France et d’Espagne, et puis, arrivés depuis je ne sais quel village de montagne jusque sur le bois du bar, par miracle, il a fait apparaître du fromage, du chorizo, des jambons fumés, quelques aubergines, tomates ou champignons farcis, à s’en faire claquer la langue d’envie.

 

Il n’a prévenu personne. Il a juste allumé la lumière, pas trop violement, et mis un peu de musique, espagnole ou gitane, pas trop fort. Il a sorti deux larges parasols verts, déplié une mini terrasse, puis, patient, Il nous a attendu en souriant. Sans prétention.

 

Et nous sommes tous venus.

 

Tous.

 

Seuls où à deux, en groupe, en couples, pour voir, pour essayer, pour boire, pour goûter. On s’est assis, timides, curieux, incrédules, cyniques même. C’était vers le milieu du printemps. On est revenus. Les mêmes têtes, pas toujours aux mêmes heures. On s’est installé dans des petites habitudes. D’abord un sourire, puis un signe de tête, le jour suivant une poignée de main, une semaine plus tard la bise et la claque dans le dos. Assis, les un contre les autres, on s’est rencontrés. Un vrai bazar. De tous les ages. De tous les coins. On s’est tous retrouvés là.

 

Dans le désordre ; Selim, le franco-tunisien qui tient un resto grec haut de gamme dans le coin, Philippa, la jolie graphiste portugaise aux airs parfois sombres, Romane la jeune française en Ong, Gustavo, le magnifique quinquagénaire séducteur italien, Elisabeth, marketeuse styliste anglaise déjantée, Titan, le poète-rappeur réfugié des banlieues parisiennes et son pote Chesko guitariste d’ici, les deux voix du groupe 16/9, Isabella la plus jolie latino-américaine du Casino de Bruxelles, Pretchel, le Bouddah-Rasta-Portos au timbre de miel, Virginie, l’anthropologue amatrice de trappistes, PolishPaul, notre compositeur polonais, et tous ces autres encore, Bruno, Carmelo, David, Nathalie, Seve, Annmarie, même mes voisins, Alex, Marie et Habib, même Rita, qui tient le Snack « Le Matin Sympa » un peu plus bas dans la rue, même Angelo, le patron du « Chou de Bruxelles », avec sa fine équipe, même Serge qui tient un bar a filles, un peu plus loin…

 

Tous, nous nous sommes retrouvés là. Tous, nous nous sommes enfin rencontrés. Au supermarché.

 

Nous avons arrêté. Arrêté de nous croiser, de nous dévisager fugacement, de nous oublier. Nous sommes devenus un village. Un groupe. Une communeauté mouvante et ouverte. Un Syndicat, selon l’expression consacrée… Nous nous sommes trouvés, sous le regard amusé et malicieux du maître des lieux, David. Avec ses faux airs de Pan, Son sourire toujours prêt à bondir. Ses petites « chupitas » de rhum, sa Samba, ses instruments dissimulés un peu partout : guitares, bongos, tambourins (tiens au fait, ça manque de maracas et de castagnettes).

C’est devenu notre bar, notre carrefour, la succursale de nos apparts. C’est un bout de Barcelone qui a atterri chez nous. Un piège à l’apéro. L’antichambre de nos confessions intimes ou de nos dernières aventures. On y rit, on s’y parle, on s’y détend, on se raconte sur le coin du comptoir… 

 

Et depuis, c’en est fini de mes nuits tranquilles.  Du mercredi au dimanche je suis défait. Combien de fois y suis-je rentré pour cinq minutes et sorti titubant sur le coup des 3 heures du mat. Rien de compliqué. Juste un enchaînement parfait. Oh, je passe juste dire bonjour. Oui, juste un verre de vin. Quelques olives arrivent sans crier gare, parfois accompagnées d’un peu de fromage. Un voisin arrive, puis un autre. On papote et un peu plus loin, la faim grandit.

 

Alors parfois on y mange… Tapas ? Parmigianna ? Petites crêpes a la ricotta ? Ou juste une soupe avec un peu de pain frais et d’huile d’olive ? On est quatre à table, bientôt 6.

 

Alors parfois on y joue, quelques cartes, quelques jetons, ou tout simplement un petit poker menteur. L’ambiance s’échauffe.

 

Alors parfois on y fait de la musique. Quelqu’un sort une guitare. On se met a chanter. A donner le rythme des mains, des pieds. On donne de la voix. On en reçoit. Des Vibes. Des bonnes. Des graves et des aigus. Ca slamme, ca rappe, ca s’envole en Français, en Arabe, en Anglais ou en Portugais.

 

Ou alors, parfois, ça se met a danser… Sur une impulsion. Les lumières se tamisent, les corps s’étirent, s’échauffent, tout le monde se lance, en transe, sans complexe, en famille presque. Le loup gigote avec l’agneau, toute l’Europe transpire, élimine dans les rythmes les plus fous, quelques excès de caipiriniahs ou de mojitos. Quelques tintements plus loin, on prépare une ligne de dés à coudre sur le bar, d’un geste rectiligne, on les remplit de tequila… La folie bonne enfant se perpétue jusqu'à l’épuisement. Ici, tout le monde habite a deux pas. Pas besoin de prendre le volant.

 

Rassasié de fête, on demande l’adition, toujours raisonnable… avec, pourquoi pas, un petit sandwich aubergine-tortilla, pour combler le petit creux de cette nuit presque blanche.

 

Dehors, deux générations souriantes partagent le même bedo. J’en prends une taffe au passage avant de leur souhaiter bonne nuit, pour ce qu’il en reste.

Je songe en titubant dans les escaliers, que ca fait bien longtemps que je n’ai plus mis un pied en boite, pour boire des redbull-vodkas et essuyer dans l’ennui le mépris d’usage des beautés plastiques inaccessibles qui s’y affichent et s’y dandinent sans conviction. Je ne sors plus depuis que le SuperMercado a piraté nos nuits. Et la fête a enfin le gout de l’authentique. Elle arrive sans crier gare, elle explose par sa propre envie, sans la moindre obligation, elle n’unit que des gens qui la désirent…

 

David n’avait rien prévu. Il a juste eu l’envie de se faire plaisir. Avec un petit bout de bar en coin. Quelques petites choses à boire et à grignoter. Pas de concept. Pas la moindre prétention. Aux innocents les mains pleines.

 

Depuis quelques semaines, le SuperMercado est ouvert a partir de 11h le dimanche matin. Un croissant. Un  peu d’huile d’olive. Fromage et jambon fumé. Un café corsé. Un journal qui traîne. J’ai même oublié que le « Pain Quotidien » était à 500 mètres de chez moi. J’ai, au coin de ma rue, retrouvé ma « Joie Quotidienne » qui m’attend du mercredi au dimanche assise sur un tabouret, sous le regard toujours amusé de Maître David.

 

Et merde.

 

On est mercredi.

 

12:23 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Clap clap clap! Encore... encore... le public en redemande!

Écrit par : Nath | 22/11/2007

ça c'est du "grand toi" Just go on
...à propos, c'est quand que tu nous y convie?
Bizzzzzzzzzzzz

Écrit par : moi | 24/11/2007

Bravo ! Vous êtes à la une des Skynet Blogs et de skynet.be cette semaine. Bonne continuation cher Jorael.
Julie

Écrit par : Julie | 27/11/2007

Félicitation pour la une et amical bonjour. .

Écrit par : biglodion | 27/11/2007

Que de l'esprit créatif ici!

Trés interressant comme blog que je trouve riche, relaxant, agréable et bien organisé!!!

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Bonne continuation!!!

Écrit par : kamdou | 27/11/2007

Super bien !!! Notre commune, oui nous habitons la même commune, mais pas le même quartier ( Parvis). C'est vrai que notre commune est très riche par l'architecture, riche en artiste connu et je vois même des artistes inconnus.
Continue sur lancée !!!!

Écrit par : Syl | 28/11/2007

sympa ton blog, je reviendrai ;-)

Écrit par : Lavita | 28/11/2007

sans aucun doute supermercado Sous un air de musique qui nous rappel notre enfance, nanana- nana- na- nana FOIS DEUX qui est il d'où vient’ il ........... A vous la suite ;=)
La fin on la sait SM.

Écrit par : bruno | 19/12/2007

ca donne super envie de vivre habiter dans ton quartier! J'ai decouvert ton blog apres avoir lu qqc sur le supermercado dans un vieux Elle... si l'endroit est toujours comme tu le decris, je passerais bien l'essayer un de ces jours!
Merciiii!
Signe une trentenaire en manque de ce genre de super endroits

Écrit par : Cath | 15/12/2009

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