05/12/2007

The Little Ugly Duck Strikes Back

 

"Tu n’es pas beau mais tu as énormément de charme !"

Je n’oublierai jamais cette petite phrase de ma mère, prononcée avec une vraie fierté dans la voix et un sourire plein d’amour. Je suis convaincu qu’a l’heure ou elle lâchait cette affirmation malheureuse, elle avait l’impression de me faire un compliment ou de partager une admiration sincère. Mais hélas, il s’agissait pour moi de la confirmation de l’irréfutabilité de cette laideur que j’ai toujours porté comme un fardeau. Je n’ai entendu que la première partie de la phrase, comme un écho de ma conscience. Non. Pas « Laid », le terme est trop fort. Pas beau. Ca c’est certain. En tout cas pas selon les canons traditionnels.

Complexe du vilain petit canard, depuis les toutes premières classes. Je ne sais pas si je préfère la cruauté des enfants ou la perfidie des adultes. Toujours est-il que, tout jeune, je n’ai jamais attiré a moi ceux ou celles que je désirais. Au mieux, j’étais absent, invisible, comme effacé de la petite société des récrés de maternelle ou de primaire. Au pire, j’étais raillé. Je marchais avec les pieds un peu en dedans, sans doute un peu trop réservé, un peu trop solitaire, rêveur, certainement pas assez « sportif » que pour être préféré dans les constitutions des équipes de foot. J’étais toujours le dernier choisi, une forme de handicap, une future excuse si l’équipe perdait, un mérite supplémentaire si elle gagnait. Etre le dernier qui reste. A chaque fois.

Sentiment de rejet général. Sauf au cours de Diction. Petit atelier hebdomadaire, lieu de naissance de mes premières capacités d’expression. Annick André, notre prof, qu’on pouvait tutoyer et appeler par son prénom, a ouvert devant nous des espaces ludiques précieux. Déclamations, scénettes, sketches, bouts de pièces, tout était bon pour rire. C’est au sein de ce petit groupe interclasse que j’ai tissé mes premières amitiés scolaires, dont certaines perdurent encore aujourd’hui.

Mais au dehors… moche, encore et toujours. Les filles me fuyaient. A « Bleu Blanc Rouge », j’avais droit a la main, rarement a la joue, jamais a la bouche. Et elles courraient les garces, tellement plus vite que moi… Enfin… Quand JE les poursuivais. Parfois je les regardais se faire volontairement rattraper par d’autres pour mieux se laisser embrasser. Et sans même attendre que Brel me le foute dans l’oreille, je rêvais déjà d’être une heure, une heure seulement, beau, beau et con à la fois. Même a ma propre Boum, la plus réussie d’entre toutes, qui restât légendaire encore deux bonnes années, je n’ai pas eu droit aux lèvres de mes partenaires de Slows.

A la veille de rentrer à la « grande école », j’étais bon acteur, excellent comique, parfait organisateur de « soirées », de gouters et  d’après-midis festifs. Mais les filles se débinaient toujours avec des gloussements idiots. Et je restais la, comme un con, avec des fringues que je détestais, mes pieds en dedans, a regarder mes petits camarades footeux essuyer d’un lointain sourire les soupirs des plus jolies de la classe. Seul sur un banc, passant des heures à observer de loin et à rêver qu’on fasse attention, ne fut ce qu’une seconde à mon existence, je souffrais en silence d’une plaie vive dans mon jeune égo.

Depuis je me suis vengé.  Ma mère avait raison.

Le charme, ce putain de charisme, oui, je l’avais, en gestation. Vers 13 ou 14 ans, j’ai pris de l’ampleur. J’étais sans doute encore plus laid qu’avant, dans mon corps allongé d’adolescent crétin, mais je ne laissais plus indifférent. Je me suis mis à ma mode, un brin « cheap new wave » a l’antithèse des « Chipe – Chevignon », du diktat absolu des marques. Je me suis mis à fumer (mauvaise idée), a fréquenter des gens plus âgés, a écouter de la musique différente… Je me suis délié, redressé. J’ai commencer a exister, puis, a attirer a moi des amis, un gang, une popularité… et des filles.

Je n’ai plus arrêté. Une boulimie. Une revanche. J’ai cessé de me détester dans la glace pour réussir enfin a m’aimer a travers les regards tendres de celles qui ont partagé mes jours et mes nuits. Je ne puis m’en passer désormais.  Et Jean Schulteris exulte dans un coin de ma tête à chaque nouvelle conquête. Il danse de mépris et chante en boucle « Confidence pour Confidence, c’est moi que j’aime à travers vous ».

Aujourd’hui plus que jamais, je reste affligé par ma laideur. Les années passant, mon visage prend des marques intéressantes. Mais j’ai toujours ce front immense, ces grands yeux un peu tristes et cernés, ce nez proéminent, caractériel, cette bouche trop pleine, trop féminine, qui reste scellée sur des dents imparfaites, ce menton fuyant. J’y ajoute des kilos, beaucoup de kilos. Rond et Rubicond, m’a-t-on dit il y a peu.

Non, je n’ai pas changé, je suis toujours aussi vilain. Mais je sais à présent que rien ne m’est impossible. Comme pour un handicap, j’ai compensé mon absence de beauté par le surdéveloppement de mon charme. Depuis longtemps déja la séduction est devenue une seconde nature. D’ailleurs,  n’en ais-je pas fait ma profession ?

15:29 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

"On m'avait assez répété que j'étais laid : il me fallait le devenir, et j'avais, à quinze ans, assez de jugeote pour deviner que tout se jouerait dans le domaine amoureux, à tout le moins sexuel, puisque, je le savais déjà, j'étais de ceux à qui l'amour est refusé, et qui, par conséquent, doivent séparer ce sentiment du désir qui en est la dimension incendiaire, et consolatrice."
Richard Millet "le gout des femmes laides"

depuis un même point de départ ... des trajectoires différentes.
peut être n'avait il même pas pu charmer sa maman.


Écrit par : nokanhui | 05/12/2007

Très cher, comme je vous comprends bien! Et dire que vous ne racontez que des conneries... J'aimerais vous rassurer en vous disant: je pense (ou j'espère) que les vraies femmes sont attirées par la présence. La beauté, on la regarde; la présence, on la vit.
bien à vous

Écrit par : Valérie | 06/12/2007

salut, je viens de finir de lire ton article et je doi avouer que par moments je m'y reconnais.
je suis une fille pas forcément belle mais ni laide enfin on me dit mignonne et jolie pourtant je me sens quelconque depuis toujours.
aujourd'hui je m'assume pas encore à 100% mais je me trouve du charme meme parfois je me surprned a me trouver jolie d'ailleurs le fait de plaire à un garcon m'a beaucoup aidé mais le manque de confiance que j'ai en moi a gagné et je ne l'ai pas tjrs cru!
bon j'arrete de raconter ma vie mais je voulais juste t'expliquer que t'es pas seul dans ce genre de situation et que facon chacun a sa moitié il suffit de pas baisser les bras!
bye

Écrit par : love-song | 27/12/2007

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