17/01/2008

Délectable Election

 

Il y a chez moi comme une odeur nouvelle. Un parfum qui flotte. Quelque chose d’étrangement familier. Une empreinte de femme. Discrète. Légère. Des notes de Bach tranchent l’air de mes habitudes Jazz et s’invitent a danser, joyeuses, dans la solitude de mon salon éclairé aux bougies. Je l’attends. Elle va bientôt rentrer. Rentrer. Dans ce chez moi qui l’épanouit de jour en jour. Délectable élection de domicile.

Depuis quelques matins, je mange. Vous dire combien serait idiot. J’en perds le fil, et je ne les compte pas. Non pas que j’aime. Pas encore. Pas officiellement.  Il est trop tôt. C’est trop dangereux. Mais ils sont encore trop peu nombreux pour flirter avec l’habitude, la lassitude ou l’ennui.

Il traine, des souvenirs de ce matin, un fumet de café corsé, frais moulu et des envies de pain grillé. Puis, patient, je perçois enfin consciemment les arômes délicieux qui me taraudent. J’hume  les volutes d’un  bonheur nouveau, un bonheur frais comme une surprise en plein hiver, un bonheur auquel j’assiste plus que je n’y participe, enfin spectateur patient et heureux, séduit, sans maquillage, sans artifice. Etat de grâce au creux du moment le plus inattendu. Elle est le perce-neige de mon hiver. J’ai presque l’impression de vivre un morceau de bonheur volé, comme un temps précieux qui ne m’était pas destiné.

En quelques jours, elle s’est installée. Tout est temporaire, bien sur. Une affaire de circonstances, suspendue entre un déménagement obligé et un emménagement reporté. Mais elle est là, dans ma vie, à ma table, dans mon lit. Des objets inconnus me rappellent à elle quand elle s’absente. Je suis toujours chez moi. Mais plus tout seul.

Sommes-nous déjà un couple ? Peut-être. Nous aimons a dire en riant que nous partageons le même célibat. Mais l’évidence s’impose, peu à peu. Nous nous entendons beaucoup trop bien, de façon beaucoup trop naturelle, pour ne pas, doucement, glisser dans une réalité de plus en plus douce, de plus en plus tendre, ou nous troquerons nos noms, bientôt, pour d’affreux petits sobriquets qui écorchent toujours autant les oreilles de ceux qui n’aiment pas.

Mon quotidien  se modifie de lui-même, sans le moindre heurt. Me voila en train de me lever plus tot qu’a l’habitude, pour partager avec elle ses expressos brulants. Me voila désireux de me coucher près d’elle plutôt que de trainer encore et toujours jusqu'à mes deux heures du mat coutumières.  Me voila plus frais, plus éveillé, plus fringuant au boulot. Me voila même en train de m’y investir, de reprendre en main la gestion de notre unité, en attendant de pouvoir, au soir tombé, retrouver celle qui commence déjà à me manquer.

Se pourrait-il que ce soit vraiment aussi simple ? Je me refuse a laisser mon esprit vagabonder, analyser, se promener dans les lignes trompeuse d’un avenir, si court soit-il. Je suis présent. Je goute à pleine bouche ce que ma vie a décidé de m’offrir en cet instant. Je ne me pose pas de question. Je ne me vautre dans aucun espoir, je ne nourris aucune attente. Je suis simplement détendu dans un présent continu qui me donne a chaque instant une superbe envie d’encore.

A suivre.

 

13:20 Écrit par Jorael dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Chouette Un joli post fait de petits plaisirs, de ces petits plaisirs du quotidien dont trop de personnes ignorent le sens, ou ne le distinguent plus...
Tu vois que tu es capable de ressentir aussi du bonheur !
Bises

Écrit par : Marirose | 17/01/2008

Bravo pour ce texte rempli de poésie.
Je vous souhaite tout le bonheur du monde (mais n'est-ce pas le titre d'une chanson ?).
Les mots utilisés sont les mots justes. Ah l'Amour....

Écrit par : Fleur | 19/01/2008

"Je me refuse a laisser mon esprit vagabonder, analyser, se promener dans les lignes trompeuse d’un avenir, si court soit-il."... Mais y arrives tu vraiment??? Dur hein! Aller, courage ;-)

Écrit par : mag | 22/01/2008

un petit post qui fait plaisir, et qui permet d'avoir des nouvelles de loin, ça fait longtemps que ta plume n'avais pas été aussi gaie, et cela fait chaud au coeur. Bon bonheur à toi :)

Écrit par : ¨Positif | 25/02/2008

c'est un plaisir, réel, de découvrir ce blog et ce très beau texte,qui me donne envie de relire Le petit Prince, je ne sais pas bien pourquoi. Je vis la même chose aussi, "petits sobriquets qui écorchent toujours autant les oreilles de ceux qui n’aiment pas."inclus, déjà. Et oui c'est surprenant d'être heureux à ce point là.

Écrit par : Six | 15/03/2008

zut tiens, mon adresse mail apparait dans le comm précédemment posté!

Écrit par : Six | 15/03/2008

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